Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome I, de Ransom Riggs.

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Habituellement, je préfère lire un livre avant d’en voir l’adaptation cinématographique, ci celle-ci me dit. Mais je dois admettre faire quelques exceptions par moments, et Miss Peregrine en est une. Cette lecture me faisait envie depuis loooongtemps, mais je ne m’étais pas lancée dedans, un peu par peur vu la renommée de l’oeuvre. Alors, à la sortie de l’adaptation par Tim Burton, je suis allée le voir et le lendemain, on m’offrait le tome 1. Un geste tout simplement magique qui me permettait de prolonger ce voyage dans cet univers, et surtout de connaître ce qu’avait créé Ransom Riggs. Pour ceux qui n’ont pas vu le film mais lu le livre, ou inversement, ou qui n’ont pas découvert ce monde particulier, je tiens juste à vous prévenir : gardez en tête qu’il s’agit de deux entités très différentes, l’adaptation cinématographique a prit de grandes libertés donc il faut réussir à distancer les deux pour les apprécier à leur juste valeur.

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Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé un partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ».
Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ? Et s’ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela paraisse…

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Mais ma vie n’avait jamais été ordinaire. Seulement, je n’avais pas remarqué ce qu’elle avait d’exceptionnel.

Quand je viens à parler de ce roman, j’ai pour habitude de l’appeler « Miss P. », comme-ci ce personnage éponyme prenait à mes yeux le rôle qu’elle a auprès des enfants, celui de « deuxième mère », de protectrice. Comme si je lui accordais ce diminutif car j’entretenais un lien spécial avec elle, comme si nous étions proches. Et j’ai l’impression que c’est un petit tour de maître de Ransom Riggs, celui de nous inclure dans ce pensionnat, de nous faire sentir quelque peu particulier – du moins, assez pour connaître l’histoire de ces enfants -, et c’est probablement grâce au personnage de Jacob. Au premier abord lambda, adolescent normal, il parvient à faire partie de la boucle de Cairnholm, a faire partie de l’histoire de ce 3 septembre 1940 tout simplement parce que lui aussi possède un don, qui est un des plus rares, des plus exceptionnels. Il a la capacité de voir les monstres. La narration étant faite à la première personne, nous  immergeons d’autant plus dans le récit, et la description de ces créatures nous donne mine de rien l’impression d’être comme Jacob. Parce que nous avons une idée de l’apparence de cette source de peur, nous savons où ils sont, ce qu’ils font à travers les yeux du personnage principal, ce qui n’est pas le cas des autres enfants. En lisant ce roman, nous aussi, nous faisons partie de la boucle. Nous faisons un retour dans le passé, à cette époque très compliquée de l’histoire qui est narrée avec justesse : les éléments nécessaires sont présents, la part historique est selon moi bien dosée. La métaphore entre les monstres vus par Jacob et forcément les nazis, est bien sûre très appropriée bien qu’un peu simple, je préfère encore le lien fait dans la bd Maus d’Art Spiegelman. Mais j’ai tout de même beaucoup aimé ce côté critique, qui est tout de même plus poussé que « monstres=nazis », toute l’histoire des Estres voulant devenir des dieux enrichie la métaphore.

Alors vous pouvez avoir peur de ne pas rentrer dans l’histoire à cause du contexte de 1940, que cela vous gâche le plaisir si vous n’êtes pas trop historique, ou autre. Mais la vie du pensionnat prend le dessus, et on s’imagine plus de magnifiques jardins qu’un chaos total. Le dramatique du passé fait certes partie entière de l’univers, mais n’entache en rien la facilité à rentrer dans ce monde. Le lecteur voyage dans le temps, loin de tout, et cela fait naître une étrangeté en plus de ces enfants aux dons fantastiques qui nous emporte, qui nous fascine.

Et bien sûr que ce côté étrange, quelque peu dérangeant de ce roman vient de l’association texte et anciennes photos, qui sont parfois retouchées. C’est un mariage qui fonctionne parfaitement bien, nous laissant entrevoir les personnages qui ne sont d’ailleurs pas décrit physiquement; ou très peu. Mais ils ne sont qu’entrevus comme ces images sont sombres, pas très nettes, et en noir et blanc. L’imaginaire a donc toute sa place, disons juste que ces photos sont un coup de pouce pour nous aiguiller dans la magie.

Et les enfants particuliers, alors ? Et notre ombrune Miss P. ?  Je vous ai déjà parlé de Jacob, qui est un personnage plutôt agréable. J’ai tendance à trouver les personnages à priori quelconque plutôt fade, mais peut-être grâce à ce que je vous ai évoqué plus haut, je l’ai trouvé intéressant, et bien que ce soit un garçon, ça n’a bloqué en rien le fait que j’avais l’impression d’être à sa place. Il reste très humain et cohérent dans ses réactions face à ses nombreuses découvertes. De manière générale, je trouve que les personnages ne sont pas assez exploités. On se doute en avoir toute une flopée, parce qu’on est dans un pensionnat. Les principaux restent Jacob, Emma qui maîtrise le feu, Bronwyn a la force herculéenne, Enoch pouvant ressusciter les morts, et Millard, l’homme invisible. Les autres sont vraiment secondaires, ce qui est dommage : Olive, légère comme l’air, est peu présente dans ce tome alors qu’elle semble être intéressante, une petite perle. Ce qui est étonnant, c’est que le personnage d’Emma, je ne le supporte pas. Elle est très contradictoire, et j’ai eu le sentiment tout du long que son « amour » pour Jacob n’était qu’une projection de ses sentiments pour Abe, le grand-père du protagoniste. Elle m’a dérangé moralement, étant heureuse que Jacob reste avec eux, et ensuite lui reprochant tout ce qui arrive, lui laissant entendre que s’il ne serait pas venu, tout cela ne serait jamais arrivé. Je n’ai pas su adhérer à son caractère. Cependant, et si vous avez lu le tag de présentation, vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de coeur pour un personnage, qui n’est autre que Millard. Je le trouve très vrai, et son caractère me charme, dans le sens où j’aime son goût pour l’étude, sa sensibilité qui accompagne sa force, la solitude qu’il doit ressentir d’être invisible et donc parfois oublié, son sarcasme, sa répartie. Bref, je me suis beaucoup attachée à lui. Ce qui est étonnant, c’est qu’aucun ne se ressemble, les dons sont déjà différents, mais il en est de même pour le caractère, de ce qu’on apprend d’eux. On pourrait croire que certains sont identiques mais l’auteur a su leur donné une existence à chacun, sans similitude. Le personnage de Peregrine Faucon est très énigmatique, mystérieux. Je  ne sais qu’en dire, outre que je l’apprécie et que pour sûr, j’aimerais qu’elle soit approfondie, mais en gardant tout de même du mystère. Son rôle d’ombrune, pouvant se changer en oiseau et contrôler le temps me fascine, et les charges qui se posent sur elles sont tout simplement colossales. Et pourtant, elle endosse tout, sans pour autant être intouchable comme  le montre l’intrigue. Et ça c’est un point génial, car elle n’est pas non plus déifiée : oui, elle peut être dans une situation très compliquée.

Je ne parlerais pas beaucoup de l’intrigue parce que je ne veux pas plus la spoiler que ne le fait la toile tellement cette histoire est à présent connue. Je dirais juste que l’action quant à elle, est… Plutôt mal dosée. Alors oui, ce tome sert à placer le décor, et il le fait très bien, mais je comprends que pour certains se puisse être un peu long. L’action peut commencer un peu tard pour certains, et même si j’ai adoré cette histoire, elle m’a véritablement tenu en haleine, elle m’a mise dans un rush incroyable… Lors des 100 dernières pages. J’étais incapable de poser le bouquin à ce moment précis ( bon, déjà avant c’était compliqué tellement j’étais dedans… ), mais j’étais tellement prise par l’action qu’elle en était insoutenable, ça me semblait éclater de partout, faire un feu d’artifice de « oh mon dieu, oh mon dieu, mais qu’est-ce qui va arriver ? ».

Alors c’est sans surprise que je vous fais part d’un énorme coup de coeur. Miss P. est un de ces livres que j’ai serré contre moi après l’avoir refermé, et m’a bizarrement fait versé quelques larmes. Parce qu’après autant d’action, la fin était d’une douceur incroyable, teintée de nostalgie. Ce premier tome m’a fait un bien fou.

Nous étions le 4 septembre ; pour la première fois depuis très longtemps, les jours avaient recommencé à s’égrener. Certains affirmaient qu’ils sentaient la différence ; l’air leur paraissait plus épais, le sang courait plus vite dans leurs veines. Ils se sentaient plus vivants, plus réels.
Moi aussi.

Je vous souhaite une merveilleuse lecture en espérant que Ransom Riggs saura vous charmez comme il a su le faire pour moi.
Bien à vous,
La Récolteuse. 

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17 réflexions sur “Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome I, de Ransom Riggs.

    • Oh c’est vrai, il y aura une seconde trilogie ? Alors là tu m’apprends une bonne nouvelle sérieusement !
      Je suis hyper pressée de lire le tome 3 aussi, je ne pense pas être déçue tellement cette saga me plaît x)

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  1. j’ai vu le film récemment sans avoir lu le livre. Il est dans ma Pal depuis un bon moment pourtant mais je n’ais pas encore pris la décision de l’en sortir. Je devrais le faire très prochainement, tous les avis que je croise sont élogieux (le tien particulièrement) et m’incite de plus en plus à le lire.
    Belle chronique !

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup, ton commentaire me fait très plaisir !
      J’ai vu quelques avis mitigés, d’autres qui n’avaient pas du tout accroché. Disons que l’univers est très spécial, donc si on accroche pas au fond, malheureusement il est facile de décrocher de la trame. J’espère dans tous les cas qu’il te plaira !

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  2. De mon côté, je ne suis pas parvenue à considérer le livre et l’adaptation cinématographique comme deux entités différentes… Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas été emballée par la deuxième partie du film, celle qui interprète et imagine librement la suite des aventures des enfants particuliers… J’étais tellement déçue que je me suis endormie –‘

    Aimé par 1 personne

    • Les couvertures sont vraiment originales et très intrigantes. Je suis ravie si mon avis te donne envie, ça me fait très plaisir. ^^ Personnellement je ne peux que te conseiller de te lancer dans cette lecture comme je l’ai adoré, puis c’est le seul moyen de se forger son propre avis de toute manière.

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