Le Livre des choses perdues, de John Connolly

img_20161126_101531

Apprêtez-vous à rentrer un univers tout particulier… Dans une Europe chamboulée par la Seconde Guerre Mondiale, nous poursuivons l’aventure de David, que toute cette histoire de guerre dépasse. Il a d’autres préoccupations en tête : la perte de sa mère, puis le murmure de ses livres… L’appel d’un être cher pour être envoyé dans un tout nouveau pays où les cauchemars prennent vie… Bienvenue dans un lieu qui n’a pas de nom, mais que je pourrais rebaptiser pour cet article : coup de coeur !

sans-titre-2L’Europe est sur le point de basculer dans la guerre. Le jeune David est trop petit pour comprendre la politique, mais il n’en ressent pas moins l’inquiétude qui, chaque jour, mine un peu plus les traits de son père. Le garçon se retrouve livré à lui-même, seul avec Rose, celle qui a remplacé sa mère défunte. Mais un jour, la voix de cette dernière l’appelle, elle est là, toute proche, quelque part au fond du jardin, dans ce tronc creux qui, hier encore, n’était pas là… Et voilà David aspiré dans un autre monde, peuplé de créatures tout droit sorties des contes qu’il lit à longueur de journée. Un lieu magique et violent où, au détour de chaque chemin, le guette un danger qu’il doit affronter s’il veut un jour rentrer chez lui.

sans-titre-2

Avant toute chose, j’ai lu ce livre en VO et ce qui est très intéressant, c’est qu’à la fin (peut-être seulement de mon édition, je ne sais pas trop. ) se trouve une interview de l’auteur ainsi qu’un dossier sur les contes qui ont été revisités. Si vous avez un bon niveau d’anglais, je vous conseille de vous procurer cette histoire dans sa langue originelle afin d’avoir ce complément à la fin qui permet de savoir d’où l’auteur puise son inspiration et ce qu’il a retravaillé.

Cependant, la plus grosse partie du livre est abordable mais il regorge tout de même de pas mal de mots littéraires que l’on ne croise pas dans l’anglais de tous les jours. Donc au cas où, munissez-vous d’un dictionnaire, mais cette lecture est très intéressante.
Je ne sais pas trop comment vous parler de ce roman, puisque je ne veux pas trop en dévoiler. Le titre étant déjà un peu mystérieux, croyez-moi que l’intérieur l’est d’autant plus, et on ne sait pas tellement ce qui nous attend à chaque chapitre. J’aimerais laisser persister ce mystère afin que vous vous lanciez à l’aventure, que vous découvriez la trame par vous-même. Je profite de ce petit aparté pour dire que certains éléments de la trame sont assez flagrants, mais que les rebondissements sont tels que cela n’est pas gênant, vous vous laissez surprendre par d’autres choses.  De ce fait, je ne vais pas approfondir les faits du récit, laisser tout cela assez flou pour tenter de me concentrer sur la constitution du livre par une multitude de contes revisités.

Car il y a en chaque enfant un adulte en devenir, et en chaque adulte l’enfant qu’il fut.

Une des choses capitales à savoir pour ce livre, c’est qu’il ne s’agit ni d’un livre jeunesse, ni même d’un livre pour adultes. Quand on parle de contes de fées, de suite on veut mettre ça dans la littérature jeunesse, mais John Connolly a su en faire une version plutôt noire. ( bon, déjà que y’a des contes bien dark oui. ) Malgré cela, ce n’est pas non plus un roman destiné aux adultes. Pas spécialement young adult, disons qu’il ne correspond pas à une tranche d’âge en particulier, et que les enfants (bien qu’il y ait des passages assez gores… ) comme les adultes y comprendront des choses différentes. Pour schématiser afin de vous aider à comprendre, disons que la tranche d’âge « jeunesse » y verra majoritairement cet aspect fantastique, tandis que les plus grands seront plus touchés par ce côté « psychologique », la perte d’un être cher et l’état dans lequel on se retrouve suite à cela. Les enfants peuvent également comprendre ce point là mais d’ordinaire, il reste plus rare qu’ils aient déjà perdu quelqu’un.

Le début du Livre des Choses Perdues est assez classique, peut-être même un peu longuette mais je ne l’ai pas trouvé déplaisante. Elle joue un rôle dans le reste de l’intrigue, même si à certains moments on peut se dire  » Je ne vois pas forcément le lien « . Mais prenez votre mal en patience, cela constitue environ les 50 premières pages du récit et permet de faire de notre narrateur un être assez perdu, noyé dans ses peurs et son chagrin. Une manière détournée d’en faire une future proie pour ce pays sans nom…
Le récit prend donc au fur et à mesure qu’il avance une tournure pour le moins originale dans un monde où les contes son repris, puisqu’une dimension pas mal glauque dans son genre se développe, et à certains moments, atteint des pics. ( Si vous l’avez lu, le chapitre avec la chasseuse, c’est quand même terriblement pervers et ignoblement gore. )
Une chose que j’ai principalement aimé, c’est que bien que l’on soit dans un univers fantastique, avec le narrateur qui passe dans une autre dimension, hé bien il n’est pas soudainement doté de magie. Comme ses alliés au cours de son aventure, ce sont juste des êtres humains munis d’armes pour aller combattre. Le narrateur n’est pas soudainement l’héritier d’une grande prophétie qui sommeille depuis des siècles, son arrivée dans ce pays inconnu ne lui fait pas prendre conscience de pouvoirs insoupçonnés, non. Il reste un enfant de 13 qui est confronté à un univers où les démons de l’esprit, soit les peurs, prennent vie. Les seuls fragments de magie viennent de ses ennemis, et encore, ce n’est franchement pas dominant.
En parlant de David, le narrateur, profitons-en pour s’éterniser un zeste dessus. Il s’agit vraiment d’un personnage très intéressant et plein de réalisme qui tient bien son rôle de personnage principal. Il est possible qu’au début il vous tape un peu sur les nerfs à cause de certaines choses ressassées, ou encore avec les TOC dont il souffre au début du roman, mais il apprend à surpasser tout cela, son caractère change. Il apprend à mûrir assez rapidement mais tout de même d’une croissance logique, ce qui change des prises de conscience soudaine que l’on retrouve souvent dans les livres.

– […]« S’enfuir et ne jamais revenir » signifie en réalité « être mangée ».
— Hum… reprit David, hésitant. Et « heureux pour toujours », alors, ça veut dire quoi ?
— « Mangée en deux coups de cuiller à Pot. »

Enfin, le Livre des Choses Perdues est une panoplie de réécritures de contes, surtout ceux des frères Grimm. Celles-ci sont très intéressantes et originales, elles peuvent rendre une histoire sombre, comme lui donner une dimension drôle. Bref, John Connolly a su donner une nouvelle vie à ces récits et à les exploiter d’une manière plutôt innovante.
L’image principale de ce roman, le conte central, est celui de Rumpelstilskin. Nom assez méconnu qui s’est tout de même développé grâce à la série Once Upon A Time, il est traduit en français par « nain tracassin ». Ici, il est retranscrit par l’homme biscornu, figure majeure avec David, qui se joue justement de ce dernier. Bien qu’il soit d’une importance capitale, il n’est pas assez décrit physiquement selon moi, peut-être afin qu’on laisse notre imagination germer pour lui donner le pire visage possible, comme s’il s’agissait d’un de nos cauchemars. Les passages sur lui sont vraiment très intrigants et intéressants (je ne compte plus le nombre de fois que j’ai employé cet adjectif… ) et montrent à quel point ce personnage peut-être tordu, l’auteur a vraiment poussée la perversion de son caractère.
L’eau de la vie, toujours par les frères Grimm, est évoqué dans le chapitre II, en rapport avec la peur de perdre ses parents qui se révèle vraie lorsque sa mère décède.  Cependant je ne peux vous en dire plus là-dessus comme cette histoire m’est purement inconnue.
Le Petit Chaperon Rouge est réécrit d’une manière totalement particulière mais purement innovante, et permet d’expliquer l’origine des Loups (mot utilisé en français dans la VO ), qui permet de rejoindre le contre mais également la légende des loup-garou. Une réécriture plutôt dérangeant puisque ici, un lien sexuel va unir le loup avec le petit chaperon rouge.Chose encore plus surprenante et dérangeante, c’est qu’il s’agit de la jeune femme qui s’éprend du loup, tandis que lui essaie de ne pas être séduit par elle.. Elle devient donc l’agresseuse sexuelle, et procréait avec ce loup. Une analyse est faite dans les dossiers qui suivent le roman, très intéressante, qui fait un lien entre la sexualité dans la vie de David, notamment celle de son père et de sa belle-mère – chose qu’il ne supporte pas, surtout lorsque l’homme biscornu lui montre un moment où ces deux personnages vont avoir un moment intime, pour développer la colère du narrateur. L’histoire d’Hansel et Gretel est racontée au narrateur, pour rappeler le thème de l’abandon ( celle de la perte de sa mère, mais également que sa belle-mère et son père on eu un enfant ), mais surtout, pour celui de l’indépendance. La réécriture ici fait que Hansel est beaucoup plus fragile et peureux que sa soeur qui elle, comprend qu’elle doit apprendre à se débrouiller seule et à survivre sans ses parents, choses que David doit apprendre à faire dans ce monde, il doit prendre son exemple.
Un conte norvégien est également inclus, The Three Billy Goats Gruff, afin d’utiliser cette image du troll sous le pont, mais je ne crois pas qu’il apporte un sens supplémentaire au récit.
D’autres éléments, légendes et contes sont inclus, et vous parler en détails de chacun serait terriblement long. Dans ce livre riche, vous trouverez donc la légende du centaure, celle des harpies, le personnage Childe Roland issu d’un poème, d’autres contes peu connus comme The Three Army Surgeons ( qui n’a pas de traduction française me semble-t-il ) ou encore la Gardeuse d’Oie.
Mais il reste quatre grands classique. La tendre et belle Blanche Neige qui ici est la princesse aigrie à souhait, qui ne fait que manger et râler, qui se fait servir par des nains – communistes, en passant -qui se sentent opprimés, décident de la tuer mais ratent leur coup. Autant dire que cette réécriture est bourrée d’humour, amène une grande légèreté à ce livre, tout comme le conte de Boucle d’Or qui est raconté par les nains. En effet, elle n’a pas de happy end, mais une fin très noire mais qui devient drôle de par la naïveté du narrateur qui veut une jolie fin et ne comprend pas la subtilité des mots, mais aussi par cette franchise qu’on les nains en donnant leur réponse. Enfin, les deux derniers contes exploités sont ceux de la Belle et la Bête et de la Belle au bois dormant. Pour ceux-ci, je veux vous laisser la surprise, sachez juste que pour le deuxième, la réécriture met ce conte dans le camp des ennemis. Et pour le premier, je préfère ne pas vous en parler simplement parce que je ne saurais vous en parler sans vous dévoiler quelque chose qui est chouette à découvrir sur le coup.

Il va s’en dire que pour moi, ce fut un énorme coup de coeur !
Et vous alors ? Les contes et leurs réécritures, vous aimez ?

Bien à vous,
La Récolteuse. 

Publicités

2 réflexions sur “Le Livre des choses perdues, de John Connolly

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s