Mr Gwyn, d’Alessandro Baricco.

img_20161123_121453

J’ai pas mal flâné sur le blog de U Lost Control, fascinée par ses chroniques merveilleuses et si bien écrites. Sans aucun doute, il s’agit là de mon blog littéraire préféré. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai découvert Alessandro Baricco, auteur italien, avec tout d’abord son roman Soie qui est sans doute le plus connu, ensuite avec Mr Gwyn qui a été une totale révélation et qui me faisait énormément envie pour découvrir cet auteur. Prêts à découvrir Jasper Gwyn, écrivain surprenant ?

sans-titre-2

Romancier britannique dans la fleur de l’âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus, la dernière étant: écrire un roman.
Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu’il appelle l’écrivain, il comprend que ça n’en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé.
Simplement, il ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Au terme d’une année sabbatique, il a trouvé: il veut réaliser des portraits, à la façon d’un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions.
Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l’ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C’est le début d’une expérience hors norme qui mettra l’écrivain repenti à rude épreuve.

Qu’est-ce qu’un artiste? s’interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant. Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s’il nous livre la clé du mystère Gwyn, l’issue sera naturellement inattendue. sans-titre-2

Un jour, je me suis aperçu que plus rien ne m’importait, et que tout me blessait mortellement. 

Vous vous retrouvez dans ce roman où vous faites le rencontre de Jasper Gwyn, auteur britannique a succès, qui décide de rédiger un article pour The Guardian. Envieux de renouveau, de se mettre au pied du mur et d’être confronté à de nouvelles situations, il rédige la liste des 52 choses qu’il ne veut plus faire, dont la dernière est : écrire un roman. Là, vous riez doucement. Vous vous êtes lancé dans cette lecture, pensant suivre un auteur, et au final, il ne veut plus écrire ? A quoi va mener ce roman alors ?
A toute une réalité, et surtout, une nécessité. Celle de l’écriture, et du processus de création.
Vous vous retrouvez éventuellement là-dedans. Si vous avez déjà goûté à l’écriture, il y a des jours où vous avez l’envie irrépressible d’y retourner. En tout cas, cette lecture est de celle qui vous donne envie de prendre une feuille et un stylo pour rédiger le flux de vos pensées, et donner vie à des univers secrets.

Parlons donc écriture, pour le moment, celle d’Alessandro Baricco. Il faut que je vous avoue un secret… Au début, je n’aimais pas, et je trouvais quelque chose d’insultant dans sa manière d’écrire. Je vous explique. Le point de vue est omniscient, mais forcément, s’axe sur les pensées de Mr Gwyn. Omniscient, le narrateur sait tout, bref, je ne vous refait pas vos cours de français, mais cela explique pourquoi nous savons la vision qu’à ce personnage sur un autre. Notre protagoniste fait la connaissance de Rebecca, assistante d’édition, une femme plutôt ronde. Et là, on découvre les pensées de Jasper Gwyn, comme quoi la manière élégante dont Rebecca s’habille « limitait les dégâts », ou encore des choses comme « à cause de corpulence », « la manière qu’ont les gros de se mouvoir. » Et là, c’était juste : non ! Dégradant et dérangeant, je me suis dis que ce personnage était une ordure fermée d’esprit, un mec hautain comme pas deux, et je n’appréciais absolument pas sa manière de penser. Mais au final, croyez-moi, j’adore le personnage de Mr Gwyn. Certes, ces mots sont désormais teintés d’une connotation péjorative parce que dans notre société, « gros » n’est jamais utilisé de manière neutre, mais de façon insultante. Or, en apprenant à découvrir le personnage, j’ai su n’y voir d’une description, une constatation. Non, elle n’est pas grosse de manière insultante, elle est grosse tout simplement parce qu’elle a des formes. L’auteur nous confronte a une réalité, il ne cherche pas d’euphémisme, il rend les mots neutres, pose les choses telles qu’elles sont. De plus, sachez qu’il ne s’agit là que d’un avis temporaire, Jasper Gwyn étoffe sa pensée, et trouve justement que ces rondeurs font la beauté de Rebecca. Au final, l’écriture de cet auteur italien se fait très minutieuse, comme on l’imagine chez son personnage, et parvient à créé tout un fond magique à son oeuvre.

Jasper Gwyn m’a enseigné que nous ne sommes pas des personnages mais des histoires.

Ce personnage principal est une petite pépite, contrairement à l’image que j’en ai eu au début. C’est un être très intriguant qu’au final, on ne connaîtra jamais complètement. Il entretient un certain mystère autour de lui qui n’est franchement pas désagréable et rajoute à la poésie et à la magie de ce roman. Il m’a fortement touché, en partie parce que je me suis retrouvée en lui pour son goût à la solitude, mais surtout, son goût à disparaître par moment, qi me semble d’une grande justesse. Il disparaît et revient sans crier gare, il mène sa vie comme bon lui semble. J’aime son audace, et cette sorte de dégoût pour les situations fixées, constantes, cette volonté de nouveau, de surprise. Le fait qu’il mette tout en l’air, qu’il se confronte à lui-même est dans un sens séduisante. Au final, c’est un moyen de partir à sa propre recherche, et de réaliser un rêve plein d’humanité.

L’idée qu’il était en train de dilapider toutes ses économies au hasard d’un métier dont il ne savait même pas s’il existait plaisait à Jasper Gwyn. Il voulait d’une certaine manière se retrouver au pied du mur parce qu’il sentait que c’était le seul moyen d’avoir une chance de trouver, en lui-même, ce qu’il cherchait.

Les autres personnages, surtout Rebecca et Tom sont tout aussi agréable, de merveilleuses relations se tissent au cours de ce livre. Ces relations caractérisent un des mots majeurs qui selon moi, définissent ce roman : humanité.

Car oui, tout est très humain. L’écriture des portraits est d’une beauté, d’une délicatesse et d’une poésie intense. Il y a une merveilleuse éloge au processus de création, moment qui peut être solitaire, mais qui ici se fait grâce à autrui, le tout avec une regard bienveillant de l’homme sur les autres. Peut-être que le création des portraits peut sembler rébarbative car après tout, cella se fait sur une vingtaine de jours, avec une simple observation de la personne dans l’espace qu’a créé Jasper Gwyn, sans aucune parole, juste une bande son en fond. Et pourtant, croyez-moi qu’il y a nombreux échanges, juste par le regard, et juste par la participation à ce projet à priori totalement fou.

 Je ne sais que trop vous dire de plus, outre de vous lancer dans cette lecture. Ce livre est dorénavant l’un de mes préférés, une merveille inattendue, un petit trésor caché. L’atelier s’imagine très bien, et chaque portrait est une de ses lumières dont Jasper Gwyn rêvées, réalisées par ce vieil homme qui met un univers entier dans ses ampoules : des étoiles accessibles afin d’émerveiller un chacun.

Bien à vous,
La Récolteuse. 

Publicités

24 réflexions sur “Mr Gwyn, d’Alessandro Baricco.

    • Je ne peux que le conseiller vivement, je trouve que c’est une petite perle ! Je ne connaissais pas ce titre, il faut dire que je n’ai entendu parler que des plus connus : Soie et Novecento : Pianiste ( et dernièrement je suis tombée sur une adaptation de l’Illiade sur un blog, je me demande ce que ça peut donner. ) mais le résumé m’intrigue en tout cas !

      Aimé par 1 personne

      • Bon, je vais vite me procurer cette petite perle alors, je suis certaine qu’elle va me plaire. J’ai lu aussi Soie, mais il y a un certain temps et je ne m’en souviens plus trop (honte à moi). Récemment j’ai lu Océan mer, qui est très très étrange mais qui a beaucoup de charme! Je ne savais même pas qu’il avait écrit une adaptation de l’Illiade, ça m’intrigue aussi tiens!

        Aimé par 1 personne

      • Je suis pressée de lire ton avis dans ce cas !
        Ce que tu ressens pour Sylvia Plath, ton envie de lire tout ses écrits, je le ressens avec Alessandro Baricco pour le coup haha. Au vu du résumé, rien qu’en lisant  » un roman à suspense, un livre d’aventures, une méditation philosophique et un poème en prose. « , Océan Mer semble vraiment intriguant oui !
        Tout ce que je sais pour l’Illiade, c’est qu’il a coupé les interventions divines, et j’admets que je me demande bien comment il a pu retranscrire tout ça sans la présence des Dieux.

        Aimé par 1 personne

  1. Superbe chronique ! J’avais lu Soie (que j’ai beaucoup aimé) et j’hésitais à acheter ce livre là qui ne m’attirait pas tant que ça, mais là c’est bon je suis convaincue je ne vais pas résister longtemps !

    Aimé par 1 personne

    • Ooooh, merci pour ce commentaire tout doux ! Tu fais mon bonheur ce soir dit donc ! ♥
      Je ne peux que te le conseiller en espérant qu’il te plaise autant qu’à moi ! Y’a certaines choses qui sont frustrantes au début mais si on parvient à se détacher, logiquement ça passe crème et c’est vraiment un très beau récit. Si je peux te permettre de craquer pour cette perle, je ne suis pas contre du tout ! 😉

      J'aime

  2. Pingback: #7 – Throwback Thursday Livresque | La Récolteuse de Mots

  3. Je n’ai pas encore lu ce roman en particulier mais je retrouver quelques pensées dans les tiennes, j’ai lu Océan Mer et je l’ai trouvé magnifiquement poétique et humain, gros coup de foudre avec une énorme palette d’émotion !

    Aimé par 1 personne

  4. Pingback: Océan mer, d’Alessandro Baricco. – La Récolteuse de Mots

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s