Ode Maritime, de Fernando Pessoa.

img_20161229_123433S’il y a bien un auteur que je devais découvrir, comme s’il s’agissait d’une évidence, c’est sans conteste Fernando Pessoa. Découvert grâce à multitude de citations, pas forcément très gai d’ailleurs, ses mots me parlaient d’une telle manière que j’étais en quelque sorte fascinée par cette personne. Je rêve très clairement de m’acheter le Livre de l’Intranquilité, trouvant une forte résonance rien que dans le titre. Mais pour  le moment, je me suis contentée d’un emprunt à la bibliothèque, en découvrant ce poème de 50 pages, Ode Maritime.

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Parue en 1915 dans le deuxième numéro de la revue Orpheu, l’Ode maritime est la plus importante d’Alvaro de Campos, l’hétéronyme  » alter-ego  » de Fernando Pessoa. Texte sublime et furieux, texte de l’imagination flottante, emportée par la vision des bateaux qui entrent et sortent des ports, portée par la mélancolie de ceux qui restent à quai. Poème du rêve et des époques, entre le modernisme des machines et la nostalgie d’un temps où tout était plus grand car on allait plus lentement ; poème de l’âme emportée dans le large, au loin de sa vie, c’est à dire là où l’on ne peut imaginer sa vie..

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Le hic dans tout ça, c’est que moi, la poésie, j’ai du mal. C’est un genre qui me frustre parce qu’on a tendance à accepter les analyses faites en cours, et toi, si tu y comprends quelque chose d’autre, et bien : t’es nul et t’as rien pigé. Or, je suis d’avis que pour toute oeuvre, du moment où il y a une explication qui se tient, toutes les interprétations sont bonnes, surtout en poésie où il s’agit de quelque chose de très personnel, de très intérieur au final. Alors je me suis dis que j’allais décomplexé, y aller sans me prendre la tête, laissant la peur de côté : et j’ai bien fais. Parce que même si ce poème est troublant, il est d’une grande beauté.
L’écriture joue énormément là-dessus. Les vers sont sublimes, la traduction est vraiment magnifique. Il y a un côté intellectuel, les grands mots sont de sortis mais sans aucun narcissisme : juste parce que pour l’auteur, il s’agit du mot qui convenait, dans ce vers-ci. Forcément qu’il n’y a aucune certitude à ce que je vous dis là, mais c’est la manière dont je l’ai ressenti. Une justesse, une précision du mot choisi, même s’il n’est que peu usé. Au final, la patte de l’auteur.

Mes sensation sont un bateau dont la quille a chaviré
Mon imagination une ancre submergée à demi, 
Mon anxiété une rame brisée, 
Et le tissu de mes nerfs, un filet qui sèche sur la plage ! 

Le soucis majeur, c’est que je ne sais pas vous ressortir les thèmes majeurs , outre le monde maritime. ( Obviously. Toujours là pour vous aider haha. ) Ce qui m’a perturbé dans ce poème, c’est cette impression que l’auteur ne parle de rien, que les vers ne veulent rien dire, mais en même temps signifient tellement de choses. C’est cette contradiction qui m’a suivi au long de cette lecture. Contrairement aux lectures de cours où on peut y trouver une lecture commune, j’ai l’impression que ce n’est pas le cas ici, et qu’il n’y a qu’un ressenti très personnel.

Bien qu’il s’agisse d’une Ode au monde marin, je n’y ai pas vu que des bateaux, la mer etc. J’y ai vu un fort rapport à l’homme, tout une métaphore autour de cela. Par exemple, dans un vers est écrit « les navires et leur va-et-vient », et de suite, j’ai eu ce sentiment qu’il parlaient des personnes qui entraient puis sortaient de notre vie, les moments temporaires que l’on partage avec des personnes parfois éphémères. ( et non je n’y ai pas vu de rapport à la sexualité, petits vicieux ! ) De même pour le passage sur les pirates. Il n’y a pas à dire, il est très bien relaté : des strophes très dérangeantes, un fort dégoût à cette lecture teintée d’horreur. Ce passage assez long et déstabilisant m’a fait songer à la lutte intérieur que chaque personne peut endurer, tout les moments difficiles, qui nous meurtrissent au cours d’une vie, le ressenti de Pessoa dont la vie fut apparemment une longue angoisse. En accord avec cela, j’y ai entraperçu l’évocation du suicide, « ma chair qui s’écrase contre les rochers », ou du moins, un certain goût pour la douleur, comme s’il s’agissait de son état habituel, le goût de pouvoir compter sur cette chose qui l’habite.

Flotter comme une âme vivante, se briser comme une voix. 

Je vous conseille vivement ce poème pour que vous puissiez vous forger votre avis, qui d’ailleurs, m’intéresserait énormément pour pouvoir discuter de la lecture que vous aurez faite, savoir si nos ressentis peuvent se compléter.

Avez-vous déjà lu une oeuvre de Fernando Pessoa ?  

Bien à vous,
La Récolteuse. 

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