Les Fils de George, de Manu Causse.

img_20170205_103830Petit bouquin de 160 pages que je vous propose aujourd’hui, j’ai eu la chance de le lire suite à un petit projet, ayant rejoins un jury pour délivrer un prix littéraire ( prix Izzo ) lors d’un salon du livre de ma ville. J’aurai 3 livres jeunesses à lire, et Les Fils de George est le tout premier. Je ne m’attendais donc à rien du tout, comme je n’avais jamais entendu ce titre, mais honnêtement, ce roman sait se démarquer des autres ! Vous êtes prêts ?


-Et ton copain, alors ? Il allait bien ?
Je commence à lui expliquer que Mardochée n’est pas vraiment un copain, juste un type de la classe ; je lui raconte ce qui s’est passé. Je n’aurais sans doute pas dû car, au bout de quelques minutes, elle me coupe la parole pour me demander :
– Il s’appelle vraiment Mardochée ? C’est bizarre, quand même.
– C’est son nom, quoi.
Elle me regarde d’un air soupçonneux :
– C’est pas un de ceux de la secte, quand même ?
Je ne réponds pas, ça ne servirait à rien.
Je n’aime pas lui mentir et elle ne va pas aimer la vérité.


Parfois, les neurones qui constituent mon encéphale ne se connectent pas entre eux, et ne tiltent donc pas que « Fils », avec la majuscule, ainsi que l’évocation d’une « secte » dans le résumé amène à un roman ayant pour thème la religion. Un peu nouille hein ? Mais oui, je m’attendais à tout, sauf à ça. Il faut admettre que ce n’est pas un thème courant aux récits jeunesses/YA, et justement, ça, c’est le gros point positif de ce court roman. L’originalité liée au sujet, le parti pris de traiter de la religion, chose qui est toujours difficile à faire, étant un des gros sujets tabous de la société. La critique de la religion pourrait être « légère », et en soit elle l’est plus ou moins, mais ce n’est pas une simple critique de l’Eglise, mais surtout d’une croyance extrême amenant aux sectes.
Manu Causse nous présente deux personnages : Mardochée et Léo, et avec eux, deux mondes distincts. Celui de la Congrégation de George, et celui du monde ordinaire, notre quotidien. Les chapitres sont alternés, ce qui nous permet justement une confrontation entre ces univers opposés, de visualiser plus concrètement les différences et de ne pas seulement étouffer dans ce milieu fermé qu’est une secte. Si vous craignez l’aspect religieux, parce que vous n’y êtes pas touchés, ou que vous avez du mal à vous y intéressez, que sais-je, je vous conseille d’essayer. ce livre est très facile à lire, l’écriture n’a d’ailleurs rien de spécifiquement marquante, mais cela permet de respirer entre les phrases. L’auteur ne vous assomme pas à coup de Bible si c’est ce que vous craigniez !

Le douleur est un moyen de se rapprocher de George et céder devant la souffrance et une tentative de David. 

Nos deux adolescents sont âges de 15/16 ans environ, et sont donc au lycée, dans la même classe. C’est d’ailleurs de cette manière qu’ils se connaissent, avec les tentatives de Léo pour inclure notre personnage reclus au sein de la classe, puisqu’il est vu comme l’alien, le marginal, le type bizarre avec sa foi exagérée grosso modo. Bon, on s’y attend gros comme une maison, mais le comportement des élèves ou encore de certains professeurs n’est pas hyper clément, et très clairement, à certains passages, j’ai eu l’impression d’être face à des collégiens, sentiment notamment développé par l’utilisation de l’écriture abrégée pour les textos envoyés. Et malheureusement, ce point là, dans un univers scolaire, on le retrouve pas mal de fois dans les bouquins jeunesses et c’est lassant. Après, oui, ça aurait sans doute fait bizarre que « le type de la secte » soit acceptés et se sentent trop à l’aise dans sa classe, mais les comportements ne sont pas matures.

Et il m’entraîne, la main dans mon dos. C’est drôle comme tout à l’air simple, quand je suis avec lui. 

La relation entre ces deux personnages est assez ambiguë. Disons que pour Léo, c’est très clair, il ne s’agit que d’une aide apportée, un ami en devenir, une âme charitable qui aide le démuni. Mais du côté de Mardochée, son rapport à Léo est assez spécial. Si on dépasse la méfiance, etc, il a un sentiment qu’il ne sait s’expliquer pour lui. Alors oui, ça peut très bien être l’amitié, après tout il ne connaît pas ce sentiment là. Mais on aurait dit un semblant de sentiments homosexuels, une attirance timide et incertaine pour l’autre, avec le fait qu’il pense à Léo sans savoir pourquoi, ou qu’il aurait souhaité être pris dans ses bras. Ce n’est qu’un ressenti mais si telle était la volonté de l’auteur, je ne vois pas trop ce que cela aurait dû apporté. S’il s’agit d’une piste, elle n’amène à rien, et si ce n’est qu’une évocation pour traiter d’autres thèmes dit tabous, alors c’est plutôt facile et je n’approuve pas vraiment la démarche.

Ce genre de roman ne laisse que deux directions possibles à l’intrigue : soit Mardochée décide de quitter sa secte, soit il y entraîne Léo. Comme mon but n’étant pas de vous spoiler, je vous laisse monter vos hypothèses, mais en tout cas qu’importe le chemin prit, dans les deux cas il s’agit là du seul suspens (du moins que j’ai ressenti), et l’avancée devient assez flagrante. Quelques légers doutes peuvent flâner mais en majorité, le récit est prévisible. Quant à la fin du roman, soyons clair : bâclée. Elle arrive bien trop vite, et d’une manière bien trop simple. Je ne dirais pas qu’il n’y a pas assez de doutes, au contraire je trouve qu’il y a ce qu’il faut de ce côté là, qu’ils sont bien dosés. Mais la tournure semble assez irréaliste. En un claquement de doigts, l’affaire est réglée. Cette fin n’est pas véritablement travaillée, elle aurait pu être bien meilleure si elle aurait été étendue un peu plus, plus approfondie. L’ensemble du roman est intéressant, mais cette fin a été purement décevante, j’ai eu l’impression de me débarrasser du roman en lisant les deux/trois derniers chapitres…

Mais je me dis que je suis juste un garçon normal, suspendu entre le ciel et la Terre, qui file vers l’avenir sans le connaître à l’avance, sans le craindre et sans chercher à le maîtriser. 

Il ne faut pas s’attendre à une histoire spectaculaire avec les Fils de George. Ne songez pas à ce que l’écriture vous transcende à chaque mot, à ce que les personnages soient parfaitement bien définis et développés. Le roman est court et surtout axé sur l’image de la religion à travers les sectes, les effets que cela a sur les membres, et le regard d’autrui sur ces derniers. Manu Causse propose un point de vue interne et externe à ce milieu religieux afin d’élargir l’avis construit, et amène sur la scène de la littérature jeunesse un thème trop peu exploité.

Avez-vous déjà lu des livres sur ce sujet ? Que pensez-vous de ce traitement dans la littérature ? 

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