La mort du roi Tsongor, de Laurent Gaudé.

img_20170220_145724Il faut que je vous raconte une anecdote. Année de 3eme, cours de Français, invention : écrire la suite du texte tombé l’année précédente au brevet. L’oeuvre en question ? Le Soleil des Scortas, de Laurent Gaudé. De là est née une sorte de rancoeur stupide, juste parce que le texte ne me parlait pas, et que j’avais eu un 12, alors que j’adorais les rédac’, que j’avais l’habitude d’avoir minimum 16 sur ce genre de devoirs. Résultat : déception intense, et haine viscérale envers ce pauvre auteur qui ne m’a jamais rien demandé !
Ajouté à cela qu’il y a deux ans, j’ai vu un opéra-cirque nommé Daral Shaga, avec participation de Laurent Gaudé, et que là encore, je n’avais pas accroché. Alors imaginez ma tête quand suite au fameux père Noël secret, une gentille fille de ma classe m’a offert ce livre en espérant que je ne l’ai pas lu. J’aurais pu être dégoûtée, mais au final, j’y ai vu  un gros point positif : me construire un véritable avis sur cet auteur et rompre ce préjugé de « nah c’est nul ce qu’il  fait » juste à cause d’une broutille de collège !

sans-titre-2Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor. Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte.

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A savoir que déjà, fille pas du tout compliqué, dès qu’il est question d’Antiquité, les écoutilles de mon cerveau se referment. C’est quelque chose qui m’a toujours bloqué, qui n’est malheureusement jamais parvenue à m’intéresser (même avec de gros efforts, je vous le jure.) Surtout que dans le résumé, vous comprenez qu’il s’agit d’une épopée grecque, ou le milieu « mythologique » qu’on nous bassine durant nos années d’études. Et je suis fichtrement lassée que l’éducation ne jure que par l’antiquité grecque ou latine, alors qu’il y en a tellement d’autres qui peuvent être passionnante. Cette norme instaurée me fait quelque peu fuir. Au final, j’ai su dépasser cet à priori, m’axer sur l’imaginaire, ne pas me demander à quelle culture cela renvoyait, à quoi certains éléments pouvaient faire référence. Bref, je me suis focalisée sur la création. Si je vous parle de ce sujet là, c’est parce que contrairement à mon blocage habituel, j’ai même réussi à être séduite parce que cela à fait résonance avec une autre oeuvre. Le décor planté en pays arabe et la guerre m’ont rappelé le manga d’Hiromu Arakawa nommé Arslan, qui est vraiment très intéressant, prenant place dans un monde dit de « fiction médiéval ».

Et les sept tombeaux réunis diraient ce qu’était Tsongor. Il lui restait cela à faire. Trouver le lieu et la forme que devaient prendre les autres visages. 

Honnêtement, ce livre a été une bonne découverte. L’histoire, basée sur l’importance des promesses qui sont à tenir quoi qu’il advienne, aussi difficile que cela puisse être ; la malédiction s’abattant sur une famille entière, est vraiment très intéressante. Le thème de la malédiction concernant toute une famille est plutôt classique en soit, mais il est très bien amené dans ce roman, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’être condamné à un avenir tragique, mais d’éprouver un des pires sentiments humains : la honte. Ce roman montre les méfaits de ce parasite sentimental, cette émotion qui nous ronge et qu’il nous devient presque impossible à surpasser. En  un sens, Laurent Gaudé nous confronte à cette réalité, peut-être pour que le lecteur prenne appui dessus pour savoir qu’il ne veut être amené à ce qu’il lit, et qu’il doit faire son possible pour aller au-delà de ce qu’il éprouve. Vu ainsi, ce thème servirait de tremplin pour se dépasser.
Autre thème vu et revu, mais traité d’une manière qu’on pourrait qualifier « d’innovante » : la quête d’identité. Qui peut d’ailleurs être double. Celle du roi Tsongor, bien évidemment, mais aussi celle de son fils Souba, qui se font en même temps. Ce dernier a pour quête de devoir construire 7 tombeaux, à l’effigie des 7 visages de son père. Voyage solitaire, à dos de sa mule, il erre parmi les paysages africains, cherche qui était son père, et ainsi, qui il est lui-même. Assez semblable à l’Alchimiste de Paulo Coelho, qui se retrouve seul, devient le témoin de ce qui l’entoure et apprend à se connaître, au fur et à mesure de son itinéraire. La recherche de son père, et de l’attention d’ailleurs que l’on porte à l’être humain est vraiment très intéressante. Est-ce qu’un lien de sang suffit à la proximité de deux individus ? Ou bien, malgré ce lien, peuvent-ils être totalement inconnus l’un pour l’autre ? Ces deux thèmes donnent une dimension assez mystique à l’oeuvre qui n’est pas déplaisante.

Et durant dix jours, des pleureuses se relayèrent sur la tombe pour étancher la soif du mort avec les larmes des vivants. 

Les relations entre les personnages peuvent être très belles, et je pense en particulier à celle de Kouame et Samilia, promis en mariage. On pourrait s’attendre à trouver seulement une domination exercée sur la femme puisque après tout, période d’Antiquité. Pour sûr qu’à certains moments c’est le cas, ne serait-ce que brièvement, mais il y a également beaucoup de tendresse entre eux, quelque chose de tout alors que je m’attendais à un rapport plus « bestial », après tout, le sang coule sur les terres de Massaba, période de guerre et barbarie.
Le personnage de Samilia est celui qui m’a le plus marqué, elle est extrêmement intéressant mais malheureusement survolée, comme tous les personnages il m’a semblé. Ce personnage a symbolisé à travers ma lecture l’indépendance de la femme, avec peut-être une approche féministe. Au passage, elle tient un monologue tout à fait sublime dans la partie « L’oubliée », si vous le souhaitez vous pouvez en lire la presque totalité juste ici. Celle-ci et Souba restent très mystérieux, de fait, ce sont les personnages que j’aurais le plus aimé découvrir. Je suis du coup restée perplexe, avec cette impression que les personnages n’étaient pas finis, que ce n’était qu’une simple ébauche, qu’à peine ils étaient présentés que pouf, l’auteur les retirait. C’est assez frustrant.

Il s’enivra, une dernière fois, de l’odeur de la vie. 

En plus de ce bémol, je rajoute celui de l’écriture. Autant j’ai aimé l’histoire, les thèmes, la manière dont tout cela est traité, autant je n’ai pas aimé l’écriture. Le récit m’a fait voyagé, mais pas la plume, je l’ai plutôt ressentie comme fardeau au cours de mon périple : l’écriture est lourde, il y a beaucoup de répétitions de prénoms. Alors oui, c’est un style, et dans certains récits je trouve ça vraiment top, riche, et la démarche m’intéresse. Mais quand à la page 49, vous avez « Tsongor » écrit 8 fois et « Katabolonga » cité 4 fois… Ca pèse. (oui, la chtarbée qui a comptée très exactement le nombre de répétitions… )  Ce ne sont pas des prénoms qui sont légers, la sonorité africaine leur octroie des petits rebonds, mais du coup ça ne glisse pas tout seul, ce n’est pas tout doux, c’est étouffant. Et mine de rien, ça a beaucoup joué sur mon avis du roman.

De manière brève, le récit m’a séduite mais pas la rédaction qui m’a laissé de marbre. Disons que je suis mitigée, avec un petit +. Au final, je me suis réconciliée avec cet auteur, ou du moins, je ne le tiens plus en grippe sans raisons. A voir si je tente une autre de ses oeuvres !

Déjà lu du Laurent Gaudé ? Des recommandations ? 

 

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9 réflexions sur “La mort du roi Tsongor, de Laurent Gaudé.

  1. Ah, dommage que tu n’aies pas accroché avec la plume de Laurent Gaudé! Jusqu’ici j’ai lu des avis plutôt positifs sur d’autres de ses romans, et c’est un auteur que je veux vraiment découvrir dans les mois qui viennent.

    Aimé par 1 personne

    • Je garde en tête la volonté de lui laisser une nouvelle chance, histoire d’être fixée sur sa plume, parce que j’aurais pu tomber sur le roman où ça clochait un peu aussi. Mais je te conseille quand même de découvrir ce récit, l’histoire est vraiment intéressante et sublime ! J’espère que tu aimeras cet auteur en tout cas !

      Aimé par 1 personne

  2. J’avais Le soleil des Scorta en ligne de mire mais j’ai souvent entendu parler de la mort du roi Tsongor. Je ne m’y suis jamais penchée et je vais écouter ton avis en me disant que ce livre n’est pas fait pour moi !

    Aimé par 1 personne

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