Lolita, de Vladimir Nabokov.

img_20170303_154252Lolita, c’est un roman tout particulier, avec lequel j’ai une relation plutôt étrange. Pour dire vrai, fut un temps où je connaissais le titre mais non l’histoire, et j’étais effroyablement attirée vers ce livre, bizarrement je savais qu’il allait me plaire. Après connaissance du synopsis, j’étais un peu rebutée : la pédophilie étant un des sujets qui me met le plus souvent hors de moi. (d’une manière générale, vous pouvez y inclure tous les problèmes liés à la sexualité, avec notamment le viol. Je pense d’ailleurs, dans l’avenir du blog, développé ce thème dans la littérature, reste à voir comment.) Mais, je savais qu’il fallait le lire, et je pressentais le coup de coeur. Et bah… Je ne m’étais pas trompée !

sans-titre-2

 » Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta. Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. «  Les égarements d’Humbert Humbert, intellectuel venu de la Vieille Europe, séduit par une nymphette américaine de 12 ans. À sa sortie, ce roman de la perversité a fait scandale. sans-titre-2

Et bam ! Le résumé est en fait un extrait, et pas des moindres : vous débutez le roman comme ça, avec une des citations les plus célèbres de Lolita. Immersion directe, grâce à la renommée de ce passage vous vous sentez en quelque sorte « proche » du récit, directement un flot de sentiments s’empare de vous. C’est beau. Divinement beau. L’écriture de Nobokov est splendide, sérieusement, c’est 500 et quelques pages à s’en damner, passant par un langage intellect à une poésie pure, et à des moments très crus, qui dénotent de la phrase précédente qui a pu vous faire rêver. Vous débutez le roman comme Nabokov le souhaite : vous vous faites berner. Oh oui, c’est beau, il l’aime, sa Lolita. Dieu qu’il l’aime. Ses sentiments sont magnifiques, semblent-il. Par moments, ils le sont. A d’autres, ils ne sont qu’une représentation de l’abject, et on ne peut ressentir qu’un dégoût immense.

Humbert était parfaitement capable de forniquer avec Eve, mais c’était Lilith qu’il rêvait de posséder. 

Cette écriture créé un tour de maître incroyable de l’auteur, qui explique tellement son titre de chef d’oeuvre. Beaucoup pensent qu’il s’agit là du récit même de l’auteur, puisque la narration est à la première personne. Certains se sont arrêtés à cause de cela, ne voyant alors en lui qu’un être infâme. En effet, la narration tend à être confuse, le « je » ne permet plus à certains moment de définir si nous avons Humbert Humbert en face de nous ou alors si ce n’est une autobiographie que nous lisons, puisque à certains moments le narrateur s’adresse directement au lecture.  Comme cela est indiqué dans le dossier de fin, cela n’est que fiction, et Nabokov n’est pas Humbert Humbert. Mais le génie en partie de cette écriture qui créée une ambiance malsaine, c’est dérangeant et oppressant. Impossible d’être indifférent à ce récit. L’écriture immerge, submerge, nous entraîne et nous remue.

L’auteur déclare dans le dossier final que son récit « ne trimbale derrière lui aucune morale »; qu’il, n’y a selon lui que « jubilation esthétique ». Alors certes le dernier point est là, mais ce qui est magique là-dedans, c’est qu’on peut y trouver une sorte de morale. Du moins, une grosse remise en question. Durant tout le roman (je vous préviens, les mots suivants peuvent être considérés comme choquants. Cela ne fait pas de moi une lectrice perverse, nan mais oh.Ne voyez pas dans les mots suivants que je suis pour, je suis totalement neutre sur la question et ne vous propose qu’une piste de réflexion.), je me suis demandée si la pédophilie était « si mal que ça ». Si c’était si ignoble, si inhumain, si choquant, si interdit, etc. Parce que, reprenons la définition même du mot :

  • Attirance sexuelle d’un adulte pour les enfants, filles ou garçons ; relation physique avec un mineur. (En France, la minorité qui, au plan pénal, était auparavant de 15 ans, va désormais jusqu’à 18 ans.)

Si dans les mœurs actuelles, cela est si choquant et infâme pour un chacun, c’est parce qu’on lui associe directement, et qu’en soit, c’est souvent le cas, la notion de viol. Si on regarde les actualités, oui, la pédophilie est souvent ( 90% je dirais, si ce n’est plus, vous m’excuserez pour cette statistique donnée au pif ) synonyme de viol. Mais en soit. Si l’enfant était consentant, est-ce que cela serait aussi dérangeant ? On ne stoppe pas un être humain et ses sentiments, ses pulsions, ses désirs. Cela peut être considéré comme naturel, s’il y a accord de l’autre côté. Après tout, il n’y aurait aucun mal si les deux personnes sont consentantes, seul choquerait la différence d’âge. Si on garde cela en tête, l’oeuvre peut être perçue d’une manière bien différente.

Et après tout, ne retrouvons-nous pas cela dans Lolita ? (En italique suit un éventuel spoil, si vous préférez ne rien risquez, saut au paragraphe suivant ! ) On ne peut pas dire que ce personnage féminin est exempt de tout reproche. Attirante jusqu’à être parfois aguicheuse, Lolita sait qu’elle n’est pas dénuée de charme et en joue. Est-elle maladroite, tout juste impudique, ou plutôt dévergondée pour laisser entrevoir sa culotte, ou encore l’intérieur de ses cuisses, etc. Tandis qu’Humbert Humbert, au début, lors de son séjour chez Charlotte, la mère de Dolorès, puis lorsqu’il est seul avec l’enfant, il essaie tant bien que mal de se contenir. Mais, c’est bien Lo’ qui le fait céder, qui lui grimpe dessus lorsqu’ils dorment à l’hôtel. Elle prend les devants, et notre cher narrateur y voit une invitation. A ce moment précis, et d’autres où elle paraît jouer avec Humbert Humbert, elle semble totalement volontaire, tandis qu’après, à la suite du roman, elle plaide au viol. Alors, que croire au final ?

Mais moi, je préfère tous les jours la pluie, la pluie, la pluie sur le toit de bardeaux pour faire éclore les roses et s’épanouir l’inspiration. 

De là réside tout une complexité chez ce personnage. Caractère sautant de la joie à un renfrognement puissant, elle est difficile à comprendre. C’est sans doute le personnage que j’ai le moins compris, mais cela semble terriblement normal. Humbert Humber brise sa vie, lui hôte toute enfance au final. Alors que comprendre de ce personnage dans une constante souffrance, qui lutte pour s’en sortir, mais qui ne peut au final s’épanouir auprès de cet homme ? Ce qui, éventuellement, pouvait être une acceptation au début n’ait devenu, qu’au fur et à mesure, un cauchemar infini, les abysses de sa jeunesse. Bizarrement, je n’ai pas réussis à avoir une réelle attache avec ce personnage. Dire que je n’ai rien ressenti pour elle serait mentir, mais, je m’attendais à m’attacher plus profondément à elle, à compatir pour ce qu’elle vit. Mais tout cela n’était que très peu, presque superflu, et à certains moments elle m’a plutôt fortement agacé – alors que je comprends totalement son comportement.
Tout simplement parce que, nouvelle magie de l’auteur, on s’accroche plus au narrateur. Il nous place d’avantage de ce côté-ci, en un sens le récit nous rapproche de ce personnage malsain, il nous apparaît presque tendre par moment. La vérité, c’est que ce personnage est très humain, il est extrêmement vraisemblable. Et pour être honnête : ça vous fout un coup, et ça flanque la trouille. Bah oui, parce que vous vous êtes forgés une opinion sur la pédophilie, c’est quelque chose que quasiment tout le monde méprise et d’un coup, bam, vous êtes sensible face à Humbert Humbert. Vous vous dites que ses sentiments sont d’une honnêteté pure, d’une fidélité, d’une puissance. Ca vous charme, vous commencer à apprécier, à aimer ce personnage. Puis la réalité vous happe à nouveau, les sentiments éclatent : non, vous ne pouvez que le détester. Quelqu’un m’a dit que si je relisais le livre plusieurs fois, ce personnage m’apparaîtrait toujours différemment ( au début elle a ressenti justement une tendresse envers lui, et maintenant du dégoût ). J’imagine mon jugement changer et évoluer si je venais à le relire, mais pour dire vrai, rien qu’à la première lecture mes sentiments étaient mitigés. En une seule page, je pouvais passer de l’attachement à un mal-être profond. Je voyais différents visages en un battement de paupières, Humbert Humbert me semblait multiple, divers au possible, et je ne me suis pas lassée pour tenter de l’analyser. A chaque mot, j’avais un être différent devant les yeux qui tisse une manipulation terriblement bien menée.

Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita. Typographe, veuillez répéter ce nom jusqu’au bas de la page. 

Pour ce qui est de la structure, nous avons deux parties. La première est nettement celle que j’ai préféré, marquant la rencontre des deux personnages principaux, la mise en place d’un destin, de tout un système. Dans cette partie, je n’ai eu aucune difficulté à m’intégrer, les choses se faisaient petit à petit, on les découvrait peu à peu. Cependant, la seconde partie est en quelque sorte synonyme pour moi de déchéance, sans trop vous en dire plus. Mais voilà, une majeure partie de cette partie est au final une sorte de routine, quelque chose et mis en place, cela perdure, rencontre certes des complications mais au final, les solutions rencontrées restent les mêmes. Du coup, j’y ai perçu une certaine redondance, la surprise dedans tenant réellement grâce au côté policier qui se développe. Mais les deux parties ont leur importance grâces à leurs détails, leurs personnages mêmes secondaires, etc. Tout, chaque parcelle, apparaît comme indispensable à la construction du roman.

La fin m’a fait tout drôle. Je l’ai trouvé d’une étrange sentimentalité. Plus d’honnêteté que je n’avais pu rencontré dans le reste du récit – alors que croyez-moi, à certains moments, il me semblait tellement sincères dans ses sentiments. Mais cette fin masque ce côté malsain que j’ai perçu d’une manière saisissante lors de la dernière partie. Lors des dernières pages, lors des derniers instants avec Dolores, Humbert Humbert ne paraît plus pour un être bestial, dénué de toute affection, de toute humanité, dénué de sens moral. Ses actes lui apparaissent comme un coup en plein visage, une culpabilité éclate en lui, et son amour s’empreint de son être une dernière fois. Il nous livre des sentiments, et les derniers mots du roman m’ont vraiment paru comme ceux d’une personne aimante. Comme ceux d’un père.

Telle est la seule immortalité que toi et moi puissions partager, ma Lolita. 

Une certaine tristesse s’est emparée de moi à l’idée de refermer ce roman, de quitter ces personnages malgré le fond tout simplement horripilant. Mais mes certitudes furent remises en question, et je suis passée par de nombreux états. Sans compter le nombre de références littéraires dont cette fiction est éprise, c’est tout juste bluffant, et par cette culture, cette intelligence que l’on ne peut pas nier au personnage, le lecteur a une certain difficulté à lui coller l’étiquette de pédophile. J’imagine que cela est sans grande nécessité de mettre les mots « coup de coeur » sur le roman de Nabokov tant ce livre fut un chef d’oeuvre pour moi. Le genre de roman qui aura marqué ma mémoire et ma vie de lectrice, et que  je relirais sans aucuns doutes.

Et je la dévorais des yeux, et je savais aussi clairement que je sais que je dois mourir que je l’aimais plus que tout ce que j’avais vu ou imaginé sur terre, ou espérais trouver ailleurs. 

Publicités

29 commentaires

  1. Waouh quel bel hommage ! Quelle belle chronique ! C’est fou comme tu nous fais passer tes émotions, me voilà toute retournée!
    Je ne connais de Lolita que le nom et l’auteur, je ne savais, jusqu’à ta chronique rien de l’histoire et en finissant de te lire, je me demandais si je ferais mieux d’aller chercher le bouquin à la médiathèque ou plutôt de le prendre sur ma liseuse pour ne pas attendre. Tu m’as convaincue et j’ai très envie de le lire !

    Aimé par 1 personne

    1. Oooh merci tellement pour ton commentaire, ça me fait tout bizarre, j’en ai un grand sourire ! Tu ne peux pas me faire meilleur compliment qu’en me disant ce que tu viens d’écrire olala ! Vraiment, merci beaucoup, c’est vraiment merveilleux de pouvoir donner envie de lire un roman juste en donnant son avis. Je te souhaite une très belle lecture, en espérant que tu l’aimeras tout autant ! ( et je suis un peu ta mauvaise conscience, mais je pense que ce livre, il faut le posséder pour pouvoir le relire encore et encore hihi 😉 )

      J'aime

  2. Nabokov manipule tellement bien ses lecteurs en faisant en sorte de dire que le pédophile n’est pas un prédateur pour l’enfant mais c’est justement par là qu’il est totalement dangereux. La préface dit que c’est une fiction mais quand tu lis Tigre Tigre tu réalises que Nabokov était réellement pédophile car il a si bien compris le fonctionnement du pédophile qu’il faut l’avoir ressenti c’est pas possible autrement. J’adore ce livre mais j’espère que quand tu le reliras tu remarqueras que Lolita est un fantasme, qu’il ne l’idéalise pas ou alors à sa manière personnage dégueulasse plus son narcissisme suprême qui me fait dire pleinement que Lolita est une victime (quand il lui donne de l’argent de poche pour ses plaisirs sexuels et qu’elle le cache pour s’enfuir c’est pas anodin du tout TT). J’ai adoré lire ton avis mais l’enfant ne sait pas ce qu’implique le sexe et les relations sexuels, je pense qu’à partir de là, on peut considérer que c’est du viol puisqu’il y a plusieurs genre. Et on ne prévient jamais assez que le viol peut être aussi violent psychologiquement et non physiquement. Quand un pédophile creuse un lien avec sa proie, la proie ne voit plus rien d’autre que son amour fictif pour lui. Et un pédophile considère que c’est la société qui le brime sans prendre la moindre considération de l’enfant. Je suis désolée je m’emporte un peu mais il y a trop de pédophile dans les rues, qui violent les enfants sans être inquiétés par la loi parce que personne ne croirait qu’un si gentil homme pourrait attenter à l’innocence d’un enfant.

    J'aime

    1. Je comprends ton avis, mais je ne suis pas forcément d’accord avec. Pour moi, Nabokov n’a pas essayé de dire que le pédophile n’était pas un prédateur, ou inversement. J’ai le sentiment qu’il n’a rien dit, qu’il laisse vraiment les interprétations très libre : il n’a fait qu’écrire son roman.
      Après, je n’ai pas lu Tigre, Tigre. Je viens de zieuter le résumé, j’admets que ça m’intéresse et ça me permettra d’avoir un point de vue différent sur cette question. Mais dire que Nabokov était forcément pédophile, je ne sais pas. L’auteur d’Hannibal a bien écrit – apparemment, parce que je ne l’ai pas lu – à merveille un tueur cannibale et pourtant il ne l’est pas lui-même. Je pense qu’avec beaucoup d’observation, de recherches, et oui du talent, on peut réussir à transmettre quelque chose de poignant et vraisemblable. Puis, j’imagine que le lecteur joue dedans. Suivant s’il se sent concerné ou non, et à quel degré, il est plus facile pour lui de trouver cette caractéristique chez l’auteur peut-être. Après, si Nabokov était vraiment pédophile, ça n’a jamais été prouvé et il était alors extrêmement malin. Mais bon, chacun sa vision après tout. ^^
      Oh mais je suis d’accord : Lolita est une victime, oui ! Puis en un sens avec ces jeux sexuels payés, une prostituée forcée. Je suis d’accord avec toi là-dessus, comme le fait que c’est un fantasme, mais ce fantasme devient à mes yeux sincère à la toute fin. Lolita ne sait pas pleinement ce qu’engendre les relations sexuelles, mais, je ne sais pas, je ne peux pas personnellement être que du côté de Lo. Je lui trouve quelque chose d’un peu malsain sans savoir l’expliquer clairement. Peut-être le fait que, oui, sa condition est tout simplement horrible avec Humbert mais pourtant, elle n’est pas contre avoir d’autres rapports avec d’autres hommes, et ça ça m’a frustré. Parce que, si elle était 100% victime, je ne pense pas qu’elle parviendrait aussi facilement à avoir d’autres rapports. Je la vois malheureusement trop résignée, on le perçoit nettement quand elle dit  » oh non  » quand Humbert a à nouveau envie d’elle. En lisant ça, je la voyais blasée, se laissant faire, et du coup pas véritablement contre parce qu’en un sens, elle acceptait. Elle ne faisait rien, elle ne disait pas qu’elle n’en avait pas envie ou quand elle le faisait, elle se faisait achetée, parce que l’illusion d’avoir de l’argent ou un cadeau était trop tentante. Enfin bon je sais que j’ai besoin d’une relecture pour percevoir plus profondément la chose.
      Tu as raison de t’emporter, il y a bien trop de pédophiles ou de violeurs ( pour moi les deux sont identiques côté horreur, je refuse de dire que c’est plus affreux pour un enfant qu’un adulte sous prétexte que  » tout son avenir  » blablabla, on a tendance a appuyé quand c’est des enfants et ça m’agace personnellement… ) après c’est justement un problème de société avec l’image et le statut des gens, ce que cela renvoie et du coup évince tous les doutes de « ceux qui dirigent ».

      J'aime

      1. « Parce que, si elle était 100% victime, je ne pense pas qu’elle parviendrait aussi facilement à avoir d’autres rapports. . Je la vois malheureusement trop résignée, on le perçoit nettement quand elle dit » oh non » quand Humbert a à nouveau envie d’elle. En lisant ça, je la voyais blasée, se laissant faire, et du coup pas véritablement contre parce qu’en un sens, elle acceptait.  »
        Il n’y a pas de réaction type pour les victimes d’abus sexuels : et se résigner à un rapport non consenti (puisque c’est exactement le cas ici) c’est à 100% un viol ; d’autant que Lolita est très jeune et que Humbert Humbert est en nette position de supériorité face à elle.
        C’est pour ça que je ne peux être d’accord avec ton paragraphe sur les relations sexuelles entre mineurs et adultes : déjà dans quasiment tous les cas, l’adulte exerce un ascendant sur l’enfant ou l’adolescent. Et puis même si la limite d’âge est arbitraire (pourquoi 17 ans : nope et 18 ans ; tout va bien ?), quand on est jeune on peut être influençable, ce qui renforce encore cet ascendant de l’adulte qui est plus expérimenté. Quand un adulte nous sexualise autant et que l’on se conforme à cette image pour jouer, sans bien réaliser, l’adulte est évidemment le problème. Là avec Lolita et Humbert Humbert, la situation ne prête même pas à confusion pour moi : l’ascendant sur elle est évident (tuteur légal), elle manifeste en plus à plusieurs reprises son malaise et son non-consentement pour que sa volonté ne soit pas ambiguë (et là encore, se résigner = viol)… bref, pour moi Humbert Humbert est un prédateur dégueulasse qui projette ce qu’il veut voir dans le comportement de Lo, qui quant à elle est une victime sans aucun doute possible.
        Le désir pour une personne plus jeune peut exister évidemment, parfois avec réciprocité, mais en tant qu’adulte on peut, et on DOIT contrôler ses désirs et ne jamais, jamais passer à l’acte.
        Humbert Humbert 1/ ne contrôle pas SES désirs problématiques et présente ses actions en se dédouanant de sa responsabilité et en la mettant sur une enfant
        2/ est amoureux de Lolita pour le fantasme qu’elle représente en tant que nymphette et non pour ce qu’elle est en tant que personne
        3/ projette tous ses fantasmes sur elle et la manipule
        4/ est un prédateur dégueulasse
        Bon, je ne suis pas très claire, le sujet est vraiment complexe, mais pour moi l’ambiguïté de Lo est artificielle, et on la ressent parce que Nabokov nous met à la place de Humbert Humbert. Le même roman écrit à la troisième personne ou à la place de Lolita aurait été très, très différent.
        Mais le livre est très fort pour nous mettre à sa place et arriver à le comprendre parfois, comme tu le dis très bien. Et c’est intéressant de pouvoir en discuter !
        En tout cas je trouve ta chronique très chouette, elle me donne très envie de relire Lolita 🙂

        J'aime

      2. Oh je ne prétends justement pas qu’il y ait de « réaction type », et j’évoque un point de vue très personnel comme le montre le « je pense » ou « je la vois ». C’est juste mon analyse du personnage à la première lecture, et je sais bien que si je le relis, je verrais les choses différemment. Bien évidemment que toutes les victimes ne vont pas agir de la même manière. Je suis évidemment d’accord que se résigner à un rapport non consenti est un viol, mais pour moi la complexité est justement là-dedans, dans le consenti ou non. Parce que, ce n’est que mon ressenti ici aussi, je suis quand même désolée mais Lolita qui se met à califourchon sur Humbert Humbert à l’hôtel Enchanted Hunters, alors que juste avant il se rapprochait d’elle, et pleins d’autres signaux qu’il lui avait envoyé, même si elle ne connait rien à la sexualité, je ne peux pas dire que c’est du « non consenti ». Après, ça le devient pour sûr. Mais au tout début, au moment où tout vacille entre deux, c’est ce moment où la situation est très frustrante parce que je n’arrive pas à dire qu’elle est victime, ou qu’elle le veut. C’est un entre-deux tout brouillé pour moi, désolée si je n’étais pas assez claire dessus, j’ai tendance à être maladroite pour m’exprimer ( alors c’est vachement dur sur ce sujet parce que bon je veux pas d’amalgame je soutiens pas le viol loin de là mon dieu 8.8 )
        Après, mon paragraphe sur les relations ado/adultes, je dis justement que « Ne voyez pas dans les mots suivants que je suis pour, je suis totalement neutre sur la question et ne vous propose qu’une piste de réflexion. », donc à sa guise d’être d’accord ou non. ^^ Après j’ai un mal fou sur cette question, surtout qu’on parle de l’adulte qui influence l’enfant : oui, ok, je suis d’accord, mais j’ai l’impression qu’on dramatise toujours plus quand c’est un enfant. Et le fait est, un adulte aussi est influençable (peut-être moins, parfois tout autant), et pour moi c’est aussi grave qu’un enfant, mais là j’extrapole un peu. Je reste d’accord sur le fait que Humbert Humbert est un gros dégueulasse, et je n’ai sans doute pas assez réussis à se détacher de son point de vue pour bien comprendre le rapport, mais ça me semble normal, ce n’est que ma première lecture et ce n’est pas une oeuvre facile non plus.
        Là après c’est tout une question de société et de moeurs sur « est-ce qu’un adulte doit contrôler ses désirs et ne jamais passer à l’acte si des sentiments sont réciproquent entre un enfant et un adulte ?  » ( surtout quand l’enfant qui l’attire lui grimpe dessus, c’est à cause de cet acte que vient toute ma confusion au final. ) Je n’ai pas d’avis sur cette question personnellement, et je ne préfère pas m’avancé, ou amener à d’autres questions complexes.
        Et enfin, là où je ne suis pas 100% d’accord, mais voilà c’est un point de vue différent, c’est que Humbert Humbert ne fait que fantasmer Lolita en tant que nymphette. Pour la plus grande partie du roman, oui. Mais la toute fin, je ne sais pas. Je ne l’ai pas ressenti, et sans doute ferais-je une victime facile pour HH mais la fin, à partir du moment où il parle avec Lo enceinte, cette partie là n’était plus seulement le fantasme de la nymphette mais un chamboulement de HH qui se laisse submerger par de véritables sentiments. Peut-être que je veux absolument voir du bon dans ce perso, c’est possible, la plume manipule bien pour en tout cas..
        Mais merci pour ton commentaire, ravie de pouvoir te donner envie de relire ce roman !

        Aimé par 1 personne

      3. Olalah, je ne pense évidemment pas que tu es pour le viol 😱
        Je vois ce que tu veux dire, effectivement c’est dans ce premier rapport qu’il y a beaucoup d’ambiguïté, et ce que j’essayais de dire, c’est que même si ce rapport est consenti, c’était quand même le rôle d’Humbert Humbert de l’arrêter en son rôle d’adulte et de tuteur, qui a donc une double responsabilité. Il y a consentement et conscience complète de ses actes. Quand est-ce que s’arrête le développement moral d’un enfant et qu’on peut le considérer comme pleinement conscient et responsable de ses choix par contre ? Ça je n’en sais rien.
        Je suis tout à fait d’accord sur le fait que ces situations d’abus sont aussi grave quand deux adultes sont impliqués, mais je ne pense pas qu’elles obéissent aux mêmes motifs, et si les adultes sont aussi influençables c’est d’une manière différente pour moi.
        Je t’avoue que j’ai des souvenirs plus clairs de la première partie que de la deuxième, mais je parlais vraiment du moment où il tombe amoureux de Lo, commence à la sexualiser, etc, pas de la fin. Mais peut-être que mes souvenirs ont estompé tout ça ? (ma lecture date quand même d’il y a dix bonnes années donc tu as certainement une analyse plus proche de la réalité que la mienne !)
        Et je pense de toute façon qu’il y a du bon dans chaque humain, même dans les pires, autrement ça serait des robots 🤖 (et c’est ce qui rend beaucoup de choses bien plus terribles)
        Merci d’en discuter en tout cas, j’espère vraiment ne pas être blessante, c’est vrai que c’est assez difficile de parler de ça, surtout par écrit !

        Aimé par 1 personne

      4. Oh non mais tu n’es pas blessante ne t’en fais pas ! C’est vrai que le sujets controversés, c’est vraiment pas le plus simple pour discuter, et ça peut vite prêter à des malentendus, etc. Mais ça n’a rien d’insultant ou de blessant ne t’en fais pas !

        Aimé par 1 personne

  3. Je n’ai pas trop compris à quel moment tu évoques ton avis et à quel moment tu cites le livre, mais 2 choses me posent problème dans ta critique !

    – Lorsque Lolita semble « aguicher » Humbert Humbert, tu dis qu’elle joue avec lui, que finalement elle est sûrement consentante même si après elle dit que non. Sauf qu’il ne faut pas oublier qu’on voit l’histoire à travers les yeux du personnage pédophile ! Il est courant que ceux-ci disent en toute sincérité que l’enfant les a aguichés, qu’ils pensaient qu’ils étaient également amoureux d’eux… et cela même avec des enfants de 5 ans. Je pense que dire que Lolita a finalement « cherché » ces relations sexuelles, c’est compatir avec Humbert Humbert, mais aussi passer à côté du fait que sa vision est biaisée par sa pathologie !

    – ça rejoint le premier point, mais quand tu dis qu’un enfant peut être consentant… Le problème avec la pédophilie, c’est qu’un enfant ne peut pas être consentant, et c’est bien pour ça que ça s’appelle ainsi. On parle de pédophilie pour un majeur avec quelqu’un de moins de 15 ans (et non 18 comme dit dans l’article, entre 15 et 18 ans ce n’est pas considéré comme de la pédophilie). A 13, 14, 15 ans, ça peut PEUT-ÊTRE, je dit bien peut-être être discutable, mais penser qu’un enfant de 9, 10 ans peut être consentant à une relation sexuelle avec un adulte, ce n’est pas possible… Si il ne s’y oppose pas, c’est qu’il est manipulé, ou ne veut pas avoir de problème, a peur, veut faire plaisir à l’adulte qu’il connaît, etc. Cela ne signifie pas qu’il est consentant.

    J’ai peut-être mal compris ta pensée, mais j’ai été mal à l’aise avec ton article, surtout après une accroche qui dit que tu es très sensible à la pédophilie et au viol… Je ne pense pas que ce livre aie pour but de déculpabiliser la pédophilie. Comme tu le dis si bien, c’est un travail de style, c’est très malaisant, mais conclure par le fait que les enfants peuvent être consentants n’est, je pense, pas la « bonne » réflexion sur ce livre…

    J'aime

  4. Alors. Je ne cite pas énorme le livre dans ma chronique (enfin je n’ai pas trop le souvenir, et là tout de suite, tu m’excuseras mais j’ai pas trop la motiv’ de la relire 8.8 ) Mais c’est tout simple pour savoir quand je livre mon avis : dans toutes la chronique, plus particulièrement dès qu’il y a un « je ». C’est con comme réponse, mais j’ai du mal à cerner comment on peut ne pas voir où je diffuse mon avis, sachant que la chronique est faite pour ça.

    Dès le premier point, je te stoppe. Je marque une nuance personnellement entre « sûrement consentante » et « semble », parce que si c’était la première solution, je l’affirmerai. Or, j’évoque justement mon avis, et c’est moi, durant ma lecture, qui la trouvais consentante au début. Mais je ne dis pas qu’elle l’était, parce que je n’affirme rien : les chroniques sont subjectives, ce que je pense n’est pas similaire aux autres, donc je ne peux pas prétendre affirmer quelque chose. Après, ça ne me paraît pas être un crime d’avoir compati avec HH, parce que c’est justement la manipulation que fait Nabokov envers le lecteur. Il parvient à faire naître ce sentiment chez le lecteur – du moins, chez moi, et aussi chez d’autres au vu de nombreuses critiques. De plus, je ne dis pas qu’elle les a cherché, je parle de cette frustration dû au tout premier rapport sexuel. Le reste, je n’en pense trop rien, je suis perdue et oui il faut que je prenne d’avantage de recul. Mais pour le moment où tout vacille, pour le moment, je vois également Lolita fautive. Et excuse-moi, mais dans cette chronique, je ne suis pas très précise mais cela me semblait aller de soit, je reste dans la tranche d’âge de Lolita. C’est déjà assez compliqué d’écrire sur cette condition pour des enfants de 12 ans, alors 5 ans, n’en parlons pas. Au passage, je ne vois pas en quoi la pédophilie est une pathologie, c’est du désir et jusqu’à preuve du contraire, une personne sexuée éprouvant du désir pour quiconque n’est pas malade.

    Deuxième point du coup. Ce que j’ai partagé, la définition de la pédophilie n’est pas un article, mais une définition de dictionnaire. Je n’ai pas été chercher plus de précision, mais la définition n’est à priori pas erronée (sinon, ce ne serait pas imprimer dans des dicos, surtout connu comme le Larousse ! ), et la pédophilie est donc une attirance sexuelle, mais ce n’est au début qu’ATTIRANCE, et non rapport. Donc, pour moi, quand je dis consentant, je parle de sentiments, d’attirance. Pas le rapport. Mais ça en découle, je ne dis pas le contraire, mais comme je le disais justement dans la piste de réflexion que je proposais ( pour laquelle je suis NEUTRE comme je l’ai stipulé, mais j’ai l’impression que tu ne l’as pas saisi… ) on y associe le plus souvent la notion de viol, or si on prend la définition même (et c’est pour ça que je l’ai jointe, pas pour faire joli et faire intellect sur le sujet mais pour que ce soit bien clair), attirance ne veut pas dire rapport ou viol. C’est un sentiment qui se fait avant rapport. Et encore une fois, je pars sur la tranche d’âge de Lolita, donc 12-13, et donc oui j’ai évincé mentalement les enfants de 9-10 ans pour question de complexité. Et je le re-répète mais il y a gros mal entendu : je ne pense rien sur cette question, je montre neutralité afin d’amener à réfléchir. J’ai l’impression que tu pars du point de vu sexuel, dans le sens, rapport, et non attirance. Peut-être que je me trompe, mais si c’est le cas, c’est pour ça que tu es en total désaccord : nous ne sommes pas sur le même point. Une attirance peut être réciproque, et l’enfant peut rester vierge dans ce cas-ci. Bref, je radote un peu, mais j’espère que c’est plus clair.

    Je répète, mais oui, je suis très sensible au viol. La pédophilie, étant au final qu’une attirance, c’était un peu maladroit de le marquer puisque j’y ai associé l’idée du viol avec, ce qui n’est pas logique avec la piste que je propose plus bas, pour ça je m’en excuse, je devrais retirer et garder la généralité de viol. Et je n’ai à aucun moment dit ( ou si c’est le cas, j’aimerais que tu me le partages parce que ça devait être une maladresse ) que ce roman avait pour but de déculpabiliser la pédophilie. J’appuie justement sur le tour de maître de Nabokov, qui n’avait qu’une volonté esthétique avec ce roman et qui fournit une morale mine de rien, ou une remise en question. Mais la morale n’est pas : la pédophilie c’est bien. Ca a juste remis mes moeurs en cause, et j’ai vraiment aimé pouvoir apporté une réflexion sur ce qui me semblait être dur comme faire dans ma manière de penser.
    Après, j’entends ton avis, je comprends que tu ais été mal à l’aise durant la lecture, mais je suis désolée, je ne peux pas l’accepter. Du moins, je n’accepte pas la fin, parce que je refuse totalement le fait qu’il y ait de « bons ou mauvais avis ». Tous les avis se valent, et on ne peut pas dire que quelqu’un pense mal. Même penser que Nabokov était pédophile, en soit, peut se valoir puisque la personne perçoit les choses à sa manière, et dire « tu penses mal » n’est absolument pas à faire ( le système scolaire le fait assez et fout bien des mentalités en l’air à cause de ça.) Les blogs littéraires sont justement présents pour marquer tout avis, qu’on aime ou qu’on déteste, et à partir du moment où on explique le pourquoi je pense que ça peut se valoir. Alors oui, je ne suis pas professeur agrégée en lettres, je ne suis que lycéenne, mais avoir des avis et points de vues différents rend la chose intéressante. Je ne sais pas quel avis il est « bon » d’avoir sur le roman. Quelle réflexion est la « bonne », laquelle est « juste », etc. Je n’offre pas une analyse. Les analyses peuvent être fausses, un avis, non. Chacun pense comme il le souhaite, les goûts et les couleurs comme on dit, et ça peut être l’opposé de ce que l’on pense mais il faut l’accepter, parce qu’il faut (peut-être malheureusement) de tout pour faire un monde.
    Mais je pense avant tout qu’il y a un malentendu. Je n’émets qu’une hypothèse, encore une fois, je n’en pense rien, et peut-être que certains enfants peuvent avoir une attirance réciproque envers un adulte sans être manipulés et être consentants pour des rapports sexuels, oui : peut-être. Après tout, y’a bien des relations qui existent comme ça, avec des couples qui durent dans le temps et qui s’épanouissent. Mais là ça va tourner en rond si on en parle, il faut garder en tête que ce n’est qu’une piste de réflexion, au loisir de chacun de penser ce qu’il veut.

    Cordialement.

    J'aime

  5. Whaou, ta chronique en jette ! Ce livre a l’air très particulier, en même temps rebutant par son sujet, mais assez profond et sûrement intéressant dans le point de vue qu’il propose… Je suis intriguée, je le note dans un coin jusqu’à ce que je me sente de me lancer !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci énormément ton commentaire est trop gentil ! C’est vrai qu’il faut se sentir prêt à le lire, mais j’espère que tu aimeras en tout cas, enfin que tu le trouves intéressant parce que c’est dur « d’aimer » ce dont traite le roman. ^^’

      Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire qui me va droit au coeur ! J’espère que Nabokov réussira également à te charmer avec ce roman vraiment intéressant, il mérite sincèrement son titre de chef d’oeuvre littéraire !

      J'aime

  6. Le fait que tu sois passée par autant d’émotions et que tu te sois remises en question ne peut qu’indiquer un bon roman ! Ce livre m’intrigue mais je l’achèterai plus vite que prévu après t’avoir lu….

    Aimé par 1 personne

    1. Oh merci pour ton commentaire, ça me touche beaucoup, et ça me fait tout drôle de pouvoir inciter quelqu’un à lire un roman et à l’acheter plus vite… Vraiment, merci !
      J’espère qu’il te plaira autant qu’à moi du coup. Certaines personnes qui sont passés par là en commentaire n’était pas d’accord avec ma lecture, comme quoi j’aurais mal compris le roman, mais après je pense que voilà il nécessite plusieurs lectures pour avoir plusieurs points de vue différents, mais j’ai déjà eu une approche nuancée et je ne pensais pas que l’auteur remettrait autant en question mon positionnement sur le sujet, ça a été une grande surprise franchement.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s