Les Fragiles, de Cécile Roumiguière.

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Prise de cours, pas eu le temps de faire une photo, désolée.

Je ne me serais jamais portée sur ce roman s’il n’était pas pour le prix littéraire dont je fais partie. Peut-être que la couverture m’aurait permis éventuellement de m’arrêter dessus parce que oui, l’objet livre est vraiment beau, avec le relief que la gamine que je suis n’a pas arrêté de tripoter. Mais le résumé, daaaah. Bonjour le résumé livre jeunesse « je me foule pas trop pour te vendre le roman ». Sur cette intro déjà très positive (coucou cynisme), je vous laisse justement le découvrir puis boum, on passe à l’avis !

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Drew a dix-sept ans. On est grand à dix-sept ans. Pourtant, dans sa tête, Drew est encore cet enfant de neuf ans qui a pris le racisme de son père en plein plexus. Drew déteste son père tout en cherchant à lui plaire. Jusqu’au jour où il rencontre… Sky, une fille aussi fêlée que lui. Et SOLAIRE. Et BELLE ! Une fille qui, comme lui – mais comme son père aussi -, est une Fragile. sans-titre-2

Comme d’habitude, cet avis n’engage que moi et j’espère qu’il ne vous entravera pas pour vous faire votre propre pensée de ce roman. Mais je commence de suite avec mon ressenti global, histoire que vous rentriez dans l’ambiance : je n’ai pas aimé. J’ai presque envie de dire « absolument pas aimé », mais ce serait exagéré, puisque si c’était le cas, je sais que j’en garderai un sentiment négatif. Or, j’ai l’étrange impression que ce livre m’a totalement glissé dessus et que je n’en garderai pas, ou très peu, de souvenirs. Peut-être que vous avez pu entrevoir ce qui va suivre dans certaines chroniques (notamment Forêts ou la Passe-Miroir), mais quand je suis déçue ou que je n’aime tout simplement pas, je suis piquante. Et là, ça ne va pas manquer, mais pas du tout.

J’avais avec le roman un petit bandeau qui citait par exemple Audrey, avec son blog et sa chaîne le Souffle des Mots. Toute curieuse, je suis allée écoutée son avis, et elle débute en disant que le thème n’est « vraiment pas commun dans les romans », en évoquant le racisme. Alors oui, je n’en ai pas lu beaucoup. Mais en toute honnêteté, ça ne manque pas, ce thème là. Et le fameux roman d’Harper Lee ? Les biographies de Maya Angelou ? Même dans le YA, mine de rien, ce thème est plus présent qu’auparavant. M’enfin, passons cela, et attardons-nous aux thèmes comme nous sommes dessus. Le racisme est, entre guillemet, le thème central. Disons mieux, c’est un fil conducteur qui s’étiole pour aller vers d’autres thèmes tout aussi importants et intéressants comme la relation père/fils – et ses complications suite au racisme par exemple, le mal-être, la morale, l’amour, l’adolescence, etc. Très honnêtement, je pense que ce roman m’aurait davantage plus sans le thème du racisme, puisque je m’attendais à ce qu’il soit justement plus central : après tout, il est cité dans le résumé, alors c’est tout de même un mot clef du roman ! Baaaah… Bof. Survolé pour moi. Lorsque Drew à 9 ans, il prend conscience du racisme de son père par un événement traumatisant : ce dernier renverse Ernest, homme « noir » que connaît Drew. Au cours des pages, d’autres éléments racistes sont présents, mais celui-ci est le principal. ( les autres que j’ai retenu étant une fille fort attirante mais « malheureusement » noire, et une enfant sauvée d’un éventuel accident mais, oh, sacrilège ! Elle est noire ! Est-ce que Cédric, le père d’Andrew, aurait dû la sauver alors ? – tout ceci est très moqueur, notez -le.) Mais le pauvre Ernest, on en reparle rarement. Oh, quelques fois, il resurgit dans la mémoire de l’adolescent pour mieux disparaître. Apparemment, pas si traumatisant. Je m’attendais à ce que ce soit plus appuyé.

En réalité, le seul thème que j’ai trouvé véritablement intéressant dans la manière dont il fut traité, et encore, était la relation père/fils. Ou de manière plus étendue, parents/enfant durant l’adolescence. Durant cette période, cette relation est plus ou moins complexe, rendue plus difficile par les tourments de l’âge, les découvertes, etc. Ici, le père et le fils se détestent, bien que Cédric dit aimer son fils, puisqu’il a conscience du lien de sang. Alors oui, son enfant lui tape sur le système et ne répond pas à ses attentes, mais : ça reste son père. Pour ça, c’est pas une ordure finie, vous voyez. Par contre, Drew, lui, haïs son père. On peut le comprendre, mettez vous à sa place : votre père renverse quelqu’un en voiture, s’en va sans lui jeter un coup d’oeil ( sans s’assurer qu’il est vivant ! ), parfois bat votre mère, parfois vous frappe également, et pense comme un mollusque, et encore pour le coup je suis désolée pour le mollusque. Vous pouvez l’aimer, juste un tout chouille, puisqu’il s’agit tout de même de votre père, je ne vous le retire pas. Mais sa manière de penser, sa personne, ne vous convient pas. Ce que j’ai trouvé intéressant, dans ce roman, c’est que ce sentiment se trouve des deux côtés, pas juste l’un qui n’aime pas l’autre. (souvent l’enfant d’ailleurs.) Justement, cela amène à une réflexion sur le rôle du parent : est-il obligé d’aimer son enfant ? Pourquoi ? Doit-il avoir des attentes envers lui ? etc. Là-dedans, Cédric essaie d’améliorer la situation, bien que maladroitement. Avec sa nouvelle conjointe, Marlène, il invite Drew dans le Sud pour qu’ils passent des vacances afin de renouer leurs liens. Il a pleins d’espoir. A plusieurs petits moments, il veut se rapprocher un peu plus de lui. Mais à côté, on a l’ado qui reproche tout à son père, qui se plains que celui-ci ne lui parle pas, blablabla, alors que lui, il en fout pas une. Cloîtré dans sa chambre, passant sa vie sur Diablo ou sa guitare, il espère que son père fasse un geste, et lorsqu’il y en a un, lui rejette sa maladresse en pleine figure, lui crache son venin autant que possible. Au final, le thème qui  pouvait être partagé des deux côtés, et qui se voulait intéressant, prend une tournure à sens unique avec un ado tête à claque, qui veut le monde entre ses mains mais qui ne fait rien pour.

Vous l’aurez compris : Drew n’est pas dans mon coeur. Ceux qui l’ont lu peuvent plaider que c’est un être en souffrance, perdue, j’en passe et des meilleures. Alors oui, pas de soucis,  je l’ai perçu. On peut considérer que Drew est dépressif, et entretenir des liens dans ce contexte c’est une galère totale. Mais… Ce personnage, c’est l’archétype de l’emo. Être souffrant, grande mèche devant les yeux pour se couper du monde, se mutile en se faisant gentiment brûler la chaire grâce à des cigarettes, de temps en temps n’est pas contre un peu d’herbe, trouve refuge dans la musique et exprimer son mal-être grâce au métal, parce que ouais, tu souffres forcément si t’écoutes du métal. Rien qu’en l’écrivant, je ris du cliché, c’est pour vous dire. Juste pas possible.

Mais les autres personnages ne sont pas mieux. N’y allons pas par quatre chemins : Cédric est globalement ce qu’on appelle un connard par excellence. Il faut de tout dans la littérature, et je ne suis pas contre. Par contre, j’ai eu l’impression que Cécile Roumiguière lui donnait des circonstances atténuantes, l’excusait d’être tel qui il est. Elle évoque des fragments de son passé, nous dit qu’il a eu son fils bien trop tôt, que ses conditions de travail ne sont pas idylliques, … Et tout ça ne sonne pour moi que comme excuse. Comme si les informations n’étaient là que pour justifier son comportement, sa jalousie envers son fils car monsieur n’a pas eu une vie facile. Ok, il est censé nous paraître plus fragile et plus proche, mais j’avais juste l’impression de ne pas avoir le droit de lui en vouloir, de ne pas avoir le droit de ne pas l’aimer. Et je suis désolée, mais c’est ma lecture, et j’ai le droit de détester des personnages si je ne les aime pas. Alors du coup, ça passait pas.

C’était avec des soudures et des tuyaux raccordés, avec des heures passées à genoux, la tête à l’envers sous un lavabo à réparer des conduits bouchés pour dégorger la merde qui s’accumulait. 
Mais ça, tout le monde s’en foutait. 

La mère ne sauve pas le lot. Totalement effacée, elle prétend porter de l’attention à son fils mais ne lui parle presque pas, ne s’interroge pas de ce qu’il ressent vis à vis de son père, n’intervient pas lorsque Cédric et Drew sont dans une sorte de « combat ». Vidée, transparente, je ne l’ai pas trouvé pertinente. La grand mère, Mariji, qui pourtant n’a pas le sens des responsabilités et voit peu son petit fils, fait presque plus attention à lui, chose assez étrange. Le second personnage principal, Sky, est quant à elle le cliché de l’ado. Sky n’est d’ailleurs pas son vrai prénom mais à aucun moment on ne sait pourquoi elle a choisi ce surnom, comme c’est génial de laisser des choses en suspend. Sinon, c’est la fille du genre « je m’éprends d’un gars aujourd’hui, demain d’un autre ».  Et, attendez, je vous le réserve parce que mon dieu, c’est hilarant, elle sort quand même à Drew :

C’est si fort de faire l’amour ! De baiser quoi. Tu sais pas encore, mais tu verras…. Baiser, tu comprends ça, Drew ? C’est important. 

Et les gens asexuels par exemple, bah d’un coup tu les évinces du bouquin. Et encore une fois, on retrouve le stéréotype de l’adolescence qui est : clopes, herbe, de l’alcool et des soirées qui finissent mal, on couche avec tout le monde parce qu’on sait faire que ça après tout. Et au cours du roman, on suit Drew dans son adolescence. Et qui dit adolescence, dit découverte de la sexualité, et dit : visionnage de porno en se « [secouant] la nouille ». Ah oui, l’écriture est très poétique par moment. Comment dire que les passages où le perso principal se masturbe n’ont aucuns intérêt, cela n’apporte rien à part renforcé toute cette dimension clichée de chez cliché.

La structure du roman m’a semblé brouillon, parce qu’elle est constituée de flashback, de retour au jour J, et à la fin de chaque chapitre, un passage à la première personne, avec le dialogue interne de Drew qui semble décousu, que l’on ne comprend pas avant d’arriver à la fin du roman.
Et il n’y a que cette fin que j’ai aimé. Les toutes dernières pages. (en dehors du fait que ça marquait ma libération, je vous sens venir.) Forcément, je ne peux vous en parler sans vous spoiler, mais la fin méritait d’être approfondie, mais du coup, j’ai refermé le roman avec le sentiment que c’était bâclé comme j’aurais préféré poursuivre l’histoire dans le contexte de fin.

Vous m’excuserez pour cette virulence, et en un sens, cette méchanceté poussées au summum, mais j’ai eu un condensé de révolte lors de cette lecture, qui ressort pleins de préconçus qui me posent tant problèmes, avec toujours la question d’une société hyper sexualisée avec laquelle je vous bassine beaucoup. Mais voilà, j’ai jugé important de vous partager un point de vue pareil, du fait que je n’ai lu que des avis positifs, et que j’aimerais  faire peser la balance. Le meilleur conseil que je peux vous donner, c’est de le lire pour que vous vous fassiez votre propre avis, comme pour chaque roman.

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8 commentaires

    1. Haha, je pense que j’aurais pas pu faire plus franc ouais. 8.8 Je me suis trouvée hyper méchante mine de rien en l’écrivant, mais bon, parfois, quand on tombe sur les clichés dont on a horreur, on sort de nos gonds… Mais bon, y avait quelques pistes intéressantes pourtant !

      Aimé par 1 personne

    1. J’aimerais beaucoup savoir ce que tu en penseras ! Dans le groupe de lecture dont je fais partie, beaucoup de membres l’ont aimé et j’admets qu’après en avoir parlé je lui trouve de bonnes pistes mais bon faut pas que tu bloques sur mon avis ^^

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  1. Je l’ai dans ma PAL et je ne l’ai pas encore ouvert. J’avais été séduite par les avis de Noukette et de Jérôme. Le tien vient un peu balayer ce qu’ils disent mais je trouve ça aussi très intéressant!
    Dès que je l’ai lu (si je n’en fais pas un billet), je reviendrai ici pour exprimer mon avis 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Je vais chercher leurs avis tiens, pour voir ce qu’ils en disent ! Mais merci en tout cas, j’admets avoir été vraiment très dure envers ce roman. 8.8 J’ai pu en discuter du coup dans le cadre du prix littéraire auquel je participe, et les avis des autres qui ont beaucoup aimé m’ont fait étayer ma pensée et le voir sous différents angles. Mais bon, j’ai été trop bloquée par les rôles des personnages que je n’ai pas vu évoluer, alors ça a du effacer les autres aspects du bouquin durant ma lecture.
      Ce sera avec plaisir en tout cas que je lirais ton avis, que ce soit sur ton blog ou ici, j’aimerais beaucoup avoir ton point de vue !

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