Bulle du mois #3 : quand la peur domine tout.

IMG_20170326_131535Le mois touche à sa fin, mais c’est aussi en ce dernier dimanche de mars qu’éclot le rendez-vous mensuel : la bulle du mois ! Petit bourgeon de printemps, l’article se déploie peu à peu pour que l’on fasse ensemble une découverte BD, un genre que je lis encore peu, mais qui pénètre un peu plus dans mes goûts au fur et à mesure que ce rendez-vous à lieu. Parce que oui, je suis en train de me prendre d’un amour fou pour ce genre-là, parce que les 3 BD lues pour le moment ont été des merveilles à lire ! Jane, le renard et moi avait été un coup de coeur incroyable, Piano Oriental n’était pas passé loin – mais que voulez-vous, les dessins… -, et celui-ci… Une pépite qui rejoins la première BD, c’est-à-dire : un coup de coeur, mais que dis-je, une coup de foudre même !
Pour cette fois, j’ai délaissé le blog de Charlotte qui est mon inspiration suprême, surtout pour ce genre (je vous vante son blog sans cesse hihi.) et j’ai farfouillé en solitaire sur internet, et, pouf, miracle, illumination, je voulais cet ouvrage mais alors absolument absolument absolument. Le titre m’a frappé, petite angoissée que je suis. (Puis Epiphanie, alors que j’adore la galette des Rois… Oui, oui, j’me tais et je sors loin, juré. >3< ) Et cette couverture, damn, une merveille. Et comment dire que quand on m’a offert l’Épouvantable Peur d’Épiphanie Frayeur, de Séverine Gauthier et Clément Lefèvre, j’étais joie !

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Épiphanie Frayeur est une petite fille qui grandit en même temps – mais moins vite – que sa peur.Ses cheveux sont constamment dressés sur sa tête. Elle a peur de tout, tout le temps. Cette peur – une énorme masse noire qui prend différentes formes – la suit partout, attachée à ses pieds comme son ombre. À l’orée de ses neuf ans, Épiphanie souhaite réussir à la dompter pour ne plus la subir. Au cours de cette quête, elle fait d’étonnantes rencontres – toutes plus loufoques les unes que les autres : un psychiatre, un coiffeur, un chevalier sans peur et sans reproche, un dompteur de fauves, une voyante… Nouera-t-elle de nouveaux liens qui la rendront plus forte ?

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 Je pense que ce qui séduit sans cesse mon coeur de lectrice dans les BD qui tire à priori plus sur le jeunesse, c’est les multiples lectures qu’on peut en faire. Vous pouvez donner cette BD à un enfant de l’âge d’Epiphanie, il sera comblé par les dessins, les couleurs, et l’histoire, et peut-être bien qu’il se dira qu’il ne faut pas tant avoir peur de la peur au final, qu’il faut l’accepter, que c’est humain, etc. Mais quelqu’un de plus âgé aura forcément un point de vue différent, en gardant cette première lecture, mais verra d’autres choses, il verra plus loin. Et c’est vraiment une petite merveille, parce qu’au cours de la lecture, il y a quelques petites références par-ci par-là, et celles que je retiens principalement sont Alice au pays des merveilles et Don Quichotte. Etant une inconditionnelle amoureuse de l’univers de Lewis Carroll, retrouver tant de similitudes dans cette BD m’a charmé au possible, surtout que je ne m’y attendais absolument pas. L’univers graphique rappelle beaucoup le pays imaginaire, avec des forêts plutôt sombres, pleins de petits personnages loufoques, des panneaux dans tous les sens avec des indications qui se contredisent ou qui sont quelques peu inutiles, une traversée dans un chemin parsemé d’objets qui rappelle bien évidemment le terrier du lapin dans lequel tombe Alice, surtout qu’ici Epiphanie est entraînée, comme si elle tombait. Et d’ailleurs, la chute dans ce terrier est représentée dans l’introduction, mais avec le personnage tombant toujours plus profondément dans sa peur. Puis, vous avez un mélange du Chapelier, du Chessire et la Chenille avec le premier personnage rencontré, le guide, qui a une manière assez incongrue de s’exprimer, avec le jeu de question/réponse qui semble au premier abord ne mener à rien. La manière dont cela est traité, et l’exploitation de l’oeuvre de Lewis Carroll est vraiment hyper intéressante, le rapprochement est incroyable. En un sens, cette BD est presque une branche d’Alice pour moi, tant il y a de similitudes.  Je vous ai également parlé de Don Quichotte, qui m’a semblé comme une évidence lorsque notre protagoniste fait la rencontre du Chevalier sans peur. Ne serait-ce que dans le visuel du personnage, on y retrouve l’image classique de ce personnage espagnol, puis ses fonctions. C’était un pur plaisir de parcourir cette BD, et de trouver par-ci par-là des références errant dans les planches, dans le texte. Un bijou.

Bijou aussi par son dessin, bien évidemment. Le coup de crayon de Clément Lefèvre est doux, épuré, tellement beau. Je ne sais pas combien de temps j’ai passé sur cette BD, facilement 1 ou 2h, tant je me suis arrêtée sur chaque détail, chaque illu’ alors que pour quoi, une oeuvre de 100 pages, on peut la lire très vite. Mais j’ai passé au peigne fin tous les dessins, en bonne grosse maniaque que je suis de l’illustration, et c’était un régal visuel. Tandis que le scénario semble sombre, les planches elles étaient douces, tendres, et toutes mignonnes, ce qui était surprenant. Par moment, l’ombre d’Epiphanie tenait un côté un peu effrayant, mais en gardant un aspect choupinou. Les couleurs sont d’une délicatesse, elles nous font rentrer dans un univers onirique, quelque chose de féerique presque. Les couleurs sont chaudes, elles réchauffent énormément alors qu’on s’attend à la base à des teintes froides, glaçantes pour la noirceur, la peur. Mais que nenni. Je pense que vous réentendrait parler de Clément Lefèvre, et j’ai déjà une petite idée avec quel ouvrage, un joli conte illustré dont le résumé m’attire très fort.

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On trouve beaucoup d’humour également dans ce récit, que ce soit dans le texte ou dans les illustrations. Dans son parcours, Epiphanie rencontre un tas de personnages, tous drôles à leur manière. La scène avec le coiffeur est légère et drôle, celui qui dit que pas un seul cheveux ne lui a résisté alors qu’ici, il ne parvient à rien. Le chevalier sans peur qui vient à avoir peur. Bref, des personnalités hautes en couleur et totalement délirantes ! Ces personnages apportent une légèreté au thème, des jeux drôles entre eux, et c’est fantastique de trouver un tel condensé dans une si courte oeuvre.

Pourquoi tu fais ça ? Tu prends toujours tellement de place. Je n’arrive plus à respirer. Tu ne me laisses jamais respirer. Tu dois t’en aller. Tu dois me laisser. Tu… tu me fais mal.

Le message délivré par cette BD est tellement agréable. Dans beaucoup d’ouvrages traitant de la peur, on aurait tendance à trouver des personnages qui veulent se débarrasser de leur peur, mais ici, il est question de la dompter. Comme le montre la citation, au début elle veut juste la quitter, mais peu à peu, son point de vue évolue. Elle apprendre à vivre avec, puisque après tout nous n’avons pas le choix, comme il s’agit d’un sentiment humain avec lequel on ne peut pas rompre tout contact. Réussir à supporter la peur, d’une manière raisonnable, de manière à ce qu’elle n’empiète pas sur nous, sur notre vie, notre état mental. Au final, savoir l’accepter, lui laisser une place, mais minime comparée à tout ce qu’elle peut prendre dans une vie. Comme le dit Epiphanie à sa peur, « tu prends trop de place ». Et pour beaucoup trop de monde, c’est le cas. La peur prend une place démesurée, à un tel point qu’on se définirait presque par elle. J’ai eu le cœur serré au final par cette lecture, parce que je peux dire que oui, je me suis retrouvée dedans, angoissée et stressée, bouffée par ce genre de sentiments négatifs. Et là, voir cette petite perle de huit ans et demi passer dans tout un périple afin d’apprendre à vivre avec ce qui l’a dompte depuis autant d’années, c’est au final inspirant. On y retrouve pleins de peur, différentes et ressemblantes, et c’est beau, mais beau beau beau ! On voit qu’Epiphanie lutte, parce qu’il y a aussi ce problème majeur : l’impression que tout ce qu’elle possède, c’est sa peur. Que c’est la seule chose à être véritablement là pour elle, et qu’au moins, où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse, elle est sûre de posséder quelque chose. A certaines cases, il y a une relation presque tendre avec sa peur, comme si elle était bercée par elle, dans ses bras, protégée. Et à ce moment là, j’y ai vu plus que le thème de la peur, peut-être que je vais trop loin et que voilà, je fais de mauvaises lectures, mais j’y ai vu un rapport à la dépression, qui créait justement cet état. Ce genre de cocon duquel on ne se détache pas, comme si ces sentiments négatifs, bien que nous bouffant de l’intérieur, étaient une valeur sûre, un réconfort, que eux, ils ne nous quitteront pas. Au final, on y retrouve le cercle vicieux de tous les sentiments négatifs qu’on peut éprouver, et de ce fait, cette oeuvre cible un grand nombre. De plus, ce qui est très intéressant, c’est que ce personnage passe d’abord par un psychiatre, qui n’est d’ailleurs pas très efficace. Et pour toutes personnes souffrant d’un quelconque mal psychique, on a tendance à dire, à forcer même parfois pour qu’elle aille voir un psy. Mais ici, on a bien la preuve que même seul, avec de la détermination, on peut s’en sortir. Et c’est fantastique de parvenir à résoudre ses propres problèmes, c’est incroyable de se dire qu’on est apte à aller mieux.

Cette BD délivre du courage, de la volonté. Tout comme le personnage principal, on a envie de s’en débarrasser complètement, mais on se rend compte que ce n’est peut-être pas la bonne solution, et qu’il faut juste réussir à cohabiter. Un coup de coeur, un coup de foudre somptueux, merveilleux, auquel il est très facile de se relater. Un bout de vie à découvrir, et une patte artiste vers laquelle il faut se ruer. Et puis si vous n’êtes pas convaincus, il y a deux belles surprises à la fin, une splendide intervention du docteur Psyche qui nous répertorie quelques phobies, et un jeu de loi bien trouvé !

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11 commentaires

    1. Oh, merci beaucoup pour ton commentaire ! J’espère que tu aimeras autant que moi cette BD si tu viens à la lire !
      C’est toujours chouette de pouvoir lire une oeuvre de pleins de manières différentes, ça la rend illimitée en quelque sorte, et tu te dis que si tu viens à la relire, tu ne verras pas la même chose qu’à ta lecture précédente, que le sujet est intarissable, etc.

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  1. Bon et bien… Une BD de plus à rajouter dans ma Whishlist ! Les dessins sont vraiment beaux et je suis bien d’accord avec toi, parfois les ouvrages pour les enfants sont sont autant à lire quand on est enfant justement que quand on grandit ! =)
    Un très joli message en tout cas !

    Aimé par 1 personne

  2. Waouh! Je crois que je vais le donner en cadeau à un petit bonhomme qui ne lit que des BD (et le lire avant de le lui remettre). Le dessin et le propos me font penser à un croisé de Coraline et Spirited Away.

    Pour faire du pouce sur ton goût pour le surréalisme et les livres qui se lisent à différemment niveaux, tu dois absolument t’emparer de la série Féerie de Catherynne M. Valente, une de mes autrices préférées.

    p.s. je suis nouvelle à la blogo, et je dois te dire que tu es très amusante à lire.

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    1. J’approuve pleinement l’idée d’offrir cette BD ! Et encore plus le faire de la lire avant haha, j’espère que tu ne regretteras pas et qu’elle te plaira beaucoup !
      Je ne connais pas du tout Coraline et Spirited Away, qu’est-ce que c’est ?

      Je note de suite, merci beaucoup pour la suggestion ! c:

      Et encore merci, ça me fait plaisir de lire ça haha, c’est un plaisir de pouvoir amuser par le biais d’avis. En tout cas, bienvenue sur la blogo ! 🙂

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      1. Ce sont deux films! Le premier un stop-motion, le second un anime. Coraline est aussi un livre, mais je n’ai pas aimé l’intrigue ni le ton. C’est un des rares cas où l’adaptation l’emporte.

        Je ne suis jamais sûre si je devrais faire des suggestions ou non. Moi, d’habitude je me bouche les oreilles et je gueule que ma liste est assez longue. Mais Féerie est un bouillon aux légumes pour tous les maux, il fallait que je le partage.

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      2. Oh d’accord ! Je vais me pencher dessus histoire de voir de quoi ça parle au moins, merci. c:

        Haha, je devrais faire de même, mais j’adore tellement le partage, ce que les autres peuvent m’apporter que je ne rechigne pas !

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