En grève !, de Mathieu Pierloot.

IMG_20170326_132819Et hop, dernier bouquin du Prix Izzo, après je ne vous embête plus avec ça ! Bien qu’ayant de manière globale trouvé les livres un peu trop « jeunesse », ciblé plus côté collège que lycée ( mais il y avait une raison pour ça, donc passons outre), je suis mine de rien bien contente d’avoir participé à ce prix littéraire, parce que je ne me serais jamais penchée sur ces trois bouquins. Du coup, j’ai pu faire une lecture intéressante traitant d’un thème absent de la littérature jeunesse (Les Fils de George), une lecture à laquelle je n’ai malheureusement pas du tout accroché (Les Fragiles, mais qui remporte le prix Izzo figurez-vous donc c’est bien la preuve d’une qualité littéraire !), et enfin, d’une lecture plutôt agréable, que je vous présente maintenant.

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 Branle-bas de combat : le gouvernement veut supprimer trois mille postes d’enseignants. Les professeurs se mettent en grève, les élèves se mobilisent. Pour organiser leur action, Antoine et ses amis se retrouvent au Potemkine, un café proche du lycée. Il y a là Alice, la plus déterminée. Fred et Guillaume, à la manœuvre. Mehdi, qui pense surtout aux filles. La jeune Charlotte, avec ses cheveux roses et sa candeur. Et Hannah, si belle et inaccessible. Déterminé dans ses revendications mais en proie à des émotions contradictoires, Antoine doit maintenant confronter ses désirs à l’ordre des choses.sans-titre-2

Commençons par le gros bémol de ce bouquin : le titre ! Il vous promet pas mal de choses, surtout une implication politique et sociétale. On s’attend a une revendication des droits, que ce soit des professeurs ou des étudiants, mais en tout cas dans le milieu scolaire. La couverture aussi joue, avec cet homme impliqué accompagné de son mégaphone. Si c’est en effet ce que vous imaginiez avec ces deux éléments, et bien lâchez ces idées immédiatement, car vous serez surtout amenés à être déçus. C’est assez dur de ne rien attendre d’un bouquin, surtout quand vous avez des éléments qui inclinent vraiment à vous faire penser à un thème fort du roman. Mais l’aspect politique, le thème de la grève, sont bien évidemment abordés mais bien trop peu pour dire qu’il s’agit de l’élément central de l’ouvrage. Disons éventuellement que cela représente 1/3 du bouquin. J’admets avoir été quelque peu frustrée, m’attendant à ce que cela soit plus engagé, à ce qu’on ait presque un court roman qui nous propose de nous révolter, qui nous propose un nouveau mai 68, que sais-je. Mais en tout cas, un roman qui pousse à l’implication. Que nenni. La majorité des membres du jury du Prix Izzo ne l’ont pas aimé à cause de ça, trouvant que le récit ne tenait pas ses promesses. Je faisais partie des rares – très rares -, à pourtant avoir bien aimé ce livre. Peut-être était-ce parce que la politique a tendance à me glisser quelque peu dessus, ou encore parce que j’ai eu la chance de m’accrocher à une autre lecture de la manifestation.

Que je vous explique. Beaucoup ont associé manifestation à cet aspect trop peu présent du bouquin. Mais, ayant trouvé ce dernier comme une « tranche de vie », j’ai plutôt vu la manifestation comme un traitement métaphorique des manifestations sentimentales des adolescents, avec notamment l’apparition du désir qui tourmente pas mal de personnes. Et à ce moment là, j’ai trouvé le traitement intéressant. Parce que croyez-moi, dans En grève!, vous en trouvez du désir. Bien trop à mon goût, mais je pense que vous avez cerné que je ne plaidais pas pour la sexualité hyper marquée dans les bouquins haha. A un moment donné, on a le protagoniste, Antoine, qui a une relation avec Charlotte, fille rencontrée lors des réunions de grève, qui dit gentiment qu’il passe toute ses nuits dans le lit de Charlotte. On dirait presque que les deux n’ont pas de parents, qu’ils vivent seuls et qu’ils sont totalement indépendants. Sauf que, jusqu’à  preuve du contraire, les deux vivent chez leurs parents, mais ça ne va pas les choquer que tous les soirs, Antoine soit dans le plumart de leur fille par exemple. Vous pouvez être sûrs que le perso’ principal est bien sexué et qu’il désir beaucoup. Mais beaucoup beaucoup. Vous allez me dire que c’est l’adolescence, blablabla. Moui, mais là on a surtout les éléments sur-véhiculés dans notre société à propos des ados : sexualité en veux-tu en voilà, alcool à gogo (oui parce qu’ils ont du fric illimité pour se payer des bières, et en plus les enchaîner à 10h du mat’. Futurs alcooliques quand même les perso’, moi ça m’inquiète un peu.), un intello pas très beau, et à côté le beau gosse Don Juan qui ne pense qu’à coucher avec les nanas de toute la ville.

Donc oui, côté clichés, on est malheureusement servis. Maaaais, il y a un certain contre point, et c’est plutôt chouette. « L’intello pas très beau » arrive tout de même à séduire, et n’est pas sans cesse le nez plongé dans ses bouquins : il a un groupe d’amis et n’est pas solitaire. Le plus beau gars du lycée sait aussi s’impliquer, et n’est pas « beau et stupide », il a quand même un peu de jugeote, et propose des initiatives pour une manif’. Ce n’est peut-être pas grand chose, mais il y a un peu de diversité dans les personnages, chose que je n’avais absolument pas trouvé dans Les Fragiles par exemple. Mais bon, ce en sont pas des personnages mirobolants, ils sont un peu creux mais après tout, l’auteur n’avait pas vraiment le temps de les développer en 126 pages.

La taille du roman n’aide du coup en rien. Peut-être qu’avec plus de pages, l’importance de la grève aurait été primordiale. L’auteur aurait sans doute du s’arrêter sur un élément ramenant au titre, mais non, on finit justement sur une partie tranche de vie. Cette fin, je ne vous le cache pas, est purement décevante, bâclée, elle arrive comme un cheveu sur la soupe, presque si on a pas l’impression que l’auteur s’est fixé l’objectif d’écrire moins de 130 pages et qu’il s’est rendu compte que ça bloquait un peu, et qu’il fallait faire vite.

Je relève pas mal de points négatifs, alors que j’ai entamé cette chronique en vous parlant d’une lecture agréable. C’est assez complexe de vous parler de ce roman seulement en tant que « lecture sympathique », puisque oui, il y a des incohérences, oui, il y a des défauts, qui n’étaient pas des moindres selon moi. Mais l’écriture, fluide, bien que commune, fait de cette histoire un récit qui se lit tout seul, on est transporté dans le sens où tout s’écoule tranquillement, les choses s’amènent et s’enchaînent, les chapitres sont lus sans même qu’on s’en rende compte. C’est une histoire qu’on lit aisément d’une traite, appartenant temporairement à un moment de vie d’autrui, puisqu’en plus ce récit est quelque peu autobiographique, Mathieur Pierloot s’est inspiré de sa propre adolescence pour écrire ce livre. Au final, ce qui m’aura le plus séduit dans En grève!, c’est l’approche métaphorique que j’en ai faite, parler des tourments de l’adolescence, ce moment tout proche de l’âge adulte par le biais des manifestations. Ce n’était peut-être pas l’intention de l’auteur, mais en faire cette lecture m’a en tout cas intéressée, trouvant ce traitement tout à fait valable et exploitable, avec un faible rapport aux questions de société et politiques, mais marquant un début d’intérêt, un début d’engagement.

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3 commentaires

  1. Cette lecture me rappelle « Demain la Révolution » de Valérie Zenatti, bien que cette histoire se passe à l’école primaire. C’est une chouette lecture dont je garde un super souvenir d’ailleurs.
    Sinon, à voté ! 😉

    Aimé par 1 personne

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