Simple, de Marie-Aude Murail.

IMG_20170413_142516Seulement mon deuxième bouquin lu de Marie-Aude Murail ? Et les deux, des coups de cœur ? Hé bien oui, pour le moment, cette auteure/autrice me conquis comme jamais, et quel bonheur d’avoir pu la rencontrer ! En effet, j’ai eu l’occasion de lui parler durant le salon du livre de Limoges, où j’ai justement acheter Simple, et que je me suis fais dédicacé. Marie-Aude Murail est une douce et belle personne, pleine de bienveillance. « Que monsieur Pinpin veille sur toi », m’avait-elle écrit. Et c’est chose faite. Ce roman m’a vraiment apporté soutien et bien-être dans un moment difficile : du baume au coeur !

pixel77-free-vector-ornament-0926-270x200

Simple dit « oh, oh, vilain mot » quand Kléber, son frère jure et peste. Il dit « j’aime personne, ici » quand il n’aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des playmobil, et les beaud’hommes cachés dans les téléphones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux ans d’âge civil. Trois ans d’âge mental. Kléber, lui est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s’occuper de Simple. Simple a un autre ami que son frère. C’est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l’institution pour débiles où son père a voulu l’enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule. Rien n’est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l’idée d’habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.

Sans titre 1

Le talent de Marie-Aude Murail, c’est qu’elle sait prendre des moments de la vie, et les retranscrire avec brio. Oui, elle les embellie mais elle garde une sincérité en retraçant, par moment, certaines immondices. Ici, l’immondice, c’est la stupidité des gens qui catalogue au premier regard, qui distance certaines personnes, qui les mettent à l’écart, et qui les détruisent en les qualifiant de marginaux. Ses romans sont des bouffées d’air frais malgré les thèmes sérieux et violents qu’elle peut prendre. On ne s’attend pas à rire, en découvrant qu’on va suivre les aventures d’un déficient mental et de son frère. On s’attend à lire quelque chose qui tendrait avec rapidité vers le mélo-dramatique.

L’amour, c’est un peu tartignole.

Mais quelle erreur de penser ça ! L’auteure/autrice bourre son roman d’humour, de tendresse, et d’humanité. C’est assez paradoxal puisque de l’autre côté, on a des réactions primaires, des jugements infondés. Le père de Simple et Kléber représente bien ça, lui-même semble dégoûté de son propre fils, comme s’il regrettait sa naissance, et chaque interventions de ce personnages m’ont été une véritable gêne, parce que c’était l’inhumanité dans la tendresse qui naissait dans la collocation. La pire scène de ce roman, celle qui est véritablement triste, est sans aucun doute le moment où Simple s’égare dans Paris. Lui qui est choyé et protégé par son frère se retrouve seul, se doit d’affronter les regards et les paroles externes, c’est un uppercut de méchanceté. Mais ce moment est nécessaire pour ne pas garder une vision idéaliste et bisounours : d’ailleurs, Marie-Aude Murail garde un réalisme dans la collocation même. On voit une évolution chez les personnages, la grande majorité d’entre eux du moins : on passe du stade rebuté, à amusé, puis au moment aimant où ils ont su accepter cette personne telle qu’elle était, dans son entièreté.

Tout est bien dosé : du sérieux quand il en faut, de l’humour pour contrebalancer et aimer les personnages. Ils sont presque tous charmants à leur manière : Simple dans sa candeur et sa naïveté ; Kléber — bien que parfois très énervant et dans des moments égoïstes, mais ça peut se comprendre — protecteur et attentionné ; Aria, touchante avec notre protagoniste, toujours prête à recoudre Mr Pinpin ; Corentin, son frère, un peu perdu mais ça nous attendri ; ou encore Enzo, qui se la joue froid, gros dur, mais qui a un coeur tout tendre, qui est serviable, et qui se sent concerné par les autres. Ces personnages, c’est vraiment la puissance de ce récit. Ils nous immergent, ils sont proches de nous. C’est un cocon, une atmosphère positive, protectrice et chaleureuse qui nous englobe, qui nous berce. C’est une douceur à lire le soir pour terminer de manière agréable une journée, quelque chose de fondant qu’on savoir. On en redemande, et on sait qu’une fois cette histoire terminée, elle restera avec nous, parce qu’elle est devenue une par de nous.

Simple, bien que déficient mental, nous est tellement proche, c’est assez impressionnant. Il nous touche par son honnêteté, sa simplicité, oui, son mordant et les situations cocasses qu’il fait naître. C’est un bout d’homme terriblement attachant, et on aimerait, ne serait-ce qu’une petite heure, passer un petit temps auprès de lui, apprendre à la connaître. Mine de rien, ce personnage m’a paru plus humain que des personnes que j’ai pu côtoyé, parce que lui au moins n’hésitait pas à dire les choses, même si elles étaient parfois crues : il en devient inspirant, pour qu’on apprenne à s’assumer, à arrêter de se cacher derrière moult artifices, derrière des phrases détournées. Parfois, on peut s’identifier à ce personnage, parce qu’à partir du moment où on s’est senti différent, on peut se reconnaître dans certains passages, face à certaines réactions. Et on sait que beaucoup se sont déjà senti à l’écart, alors ce roman toujours beaucoup.

– C’est pas si simple que ça.
– C’est moi, Simple.
– Eh bien, moi, je m’appelle Compliqué.

Ici, l’auteure/autrice nous livre un roman tranche de vie, on partage un bout de chemin avec les protagonistes, le tout étant loin d’être dramatique. Au final, avec Simple, j’ai ris, mais aussi pleuré – un peu beaucoup tant ce roman m’a parlé. Avec ses 206 pages, j’ai ressenti tellement de sentiments, tellement de belles (et un peu moins belles) choses. Ce récit ne laisse pas de marbre, c’est une étoile qui transporte et bouscule, mais ça fait un bien fou.

Monsieur Pinpin ne voulait rien faire comme le commun des humains.

Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Pensionnaire en Traitement 

Publicités

22 réflexions sur “Simple, de Marie-Aude Murail.

  1. J’ai lu Oh Boy de Marie-Aude Murail et je suis tout à fait d’accord avec toi, elle sait rendre des moments tristes et déprimants beaux tout en n’idéalisant pas non plus les choses.
    En tous cas c’est une auteure qui gagne à être connue et tu m’as vraiment donné envie de découvrir cette belle histoire ! =)

    Aimé par 1 personne

    • Je n’avais lu que Oh Boy avant celui-ci justement, et elle m’avait charmé, notamment par inventivité du chapitre 13 ! Mais vraiment, pour continuer son oeuvre, celui-ci est tout aussi bien, c’est vraiment une grande auteure jeunesse !

      J'aime

    • La douceur surpasse en effet la dureté, et j’ai trouvé qu’il en était de même dans un autre roman que j’ai lu d’elle. (Oh, boy !) Je pense que si on a envie de lire du jeunesse alors qu’on en a pas l’habitude, cette auteure est très bien pour, c’est un peu une des pionnière du genre il me semble. Je ne peux que te le conseiller, en espérant qu’il puisse te plaire !

      J'aime

    • Marie-Aude Murail fait vraiment un travail qui garde de forts sentiments malgré les années je trouve !
      ouiii, je crois que c’est justement ton article qui me faisait trop envie pour m’emparer de cette série ! Sauf que bon, il y été au salon du livre hein, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi cher… Mais bon, je ne suis pas du tout déçue d’avoir opté pour Simple !

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Pot-pourri avril : C’est le 1er, je balance tout ! | La Récolteuse de Mots

  3. Pingback: Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ! | La Récolteuse de Mots

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s