Celle dont j’ai toujours rêvé, de Meredith Russo.

IMG_20170406_113024Et si on revenait sur quelque chose d’un peu plus dans l’actualité littéraire ? Comme je lis principalement au gré de mes envies, je ne m’axe pas vraiment sur les rentrées littéraires ou sur le bouquin qui passe entre la majorité des mains des lecteurs. Sauf que cette fois-ci, j’ai un peu fais le mouton avec un bouquin sorti le 2 février de cette année. Un mois plus tard, il était en ma possession, et encore un mois afin de ne pas le dévorer tout de suite, le voilà à présent lu et adoré ! Je suis bien contente que ce bouquin soit tombé entre mes mains, parce que ce fut une pure merveille, un de mes chouchous. ♥
Je tiens à m’excuser si j’utilise de manière maladroite un mot, vous pouvez bien évidemment me le faire remarquer pour que je le corrige, je ne tiens pas à offenser qui que ce soit.

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Amanda Hardy arrive dans un nouveau lycée. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s’intégrer. Mais malgré sa popularité, un secret l’empêche de s’ouvrir aux autres. Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient à lui faire baisser sa garde. Amanda comprend que pour être heureuse, elle doit se révéler, au risque de tout perdre. Car le secret d’Amanda c’est qu’avant, elle s’appelait Andrew. Celle dont j’ai toujours rêvé est un récit universel et une fantastique histoire d’amour.

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Déjà, on en parle de cette couverture, avec Kira Conley dessus ? Elle est tout bonnement sublime, elle attrape l’oeil, et parfois c’est tout ce dont on a besoin pour être happé vers un roman. Et faut admettre qu’à force de la voir, de la revoir, et de faire waouh stupidement, ben je me suis penchée dessus, et j’ai découvert que ce bouquin s’inscrivait dans le thème LGBT+, et plus particulièrement en exploitant le sujet de la transsexualité.

Meredith Russo, étant elle-même transsexuelle, s’inspire de son propre parcours tout en tournant le tout à la fiction. Elle joint d’ailleurs une note de fin, que ce soit pour les personnes cisgenres ou transgenres, spécifiant que l’histoire d’Amanda n’est qu’une histoire parmi tant d’autres, et qu’elle n’est pas universelle, il ne faut pas la prendre pour exemple puisque beaucoup de personnes n’ont pas vécu la même expérience. Peut-être que pour certain, ce message peut sembler inutile parce qu’évident,  mais ça reste une belle intention de délivrée puisqu’il est aisé de prendre cette histoire comme référence, mais faire cela casserait un peu plus certaines personnes, se sentant peut-être anormales si elles n’ont pas vécu ce qui est ici narré. Elle explique également qu’elle y a associé un aspect un peu caricatural, c’est-à-dire le garçon qui aime les garçons, et qui souhaite devenir une femme, porter jupes et robes, être belles, etc. Ce côté un peu cliché peut en gêné certains mais reste au final assez pertinent, puisqu’il est tout de même plus simple d’introduire un sujet tabou, un sujet encore trop peu traité avec une image plutôt générale pour faciliter la compréhension, pour une première prévention si je puis dire.

En parlant, j’ai repensé à ce que Virginia m’avait dit des semaines plus tôt, que pour être heureux, il suffisait d’accepter qu’on le mérite.

On s’y attend forcément, mais la vie qu’a mené Amanda n’est pas des plus joyeuse, passant par harcèlement, dépression, tentative de suicide, etc. Des thèmes forts, poignants, et l’on peut s’attendre à ce que le roman prenne un tournure mélodramatique, mais que nenni ! Meredith Russo fait un travail très intéressant où elle contrebalance les émotions, et je dirais qu’il y a autant de négatif que de positif, autant d’amour que de dégoût. Elle nous offre un beau mélange de tout ça, pour au final retracer le parcours émotionnel de tout être humain, tout en délivrant de l’espoir : même dans les pires moments, même dans ceux durant des années, on peut parvenir au bonheur. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est la plume de l’auteure-trice qui selon moi, permet une grande fluctuation. Sur ce qui est de la question du langage, Bergson et Nietzsche ont une position philosophique qui met plaît beaucoup, qui est ( grosso modo, faisons simple et essentiel ) que le langage entrave les sentiments, qu’il les fige dans le temps, les accorde à un instant T et qu’en un sens, il les rend faux puisqu’ils ne correspondent pas à cette fluctuation interne que sont les sentiments. Et dans ce roman, il y a ce travail très intéressant qui fige à certaines moments des sentiments, notamment ceux dans sa vie passé, lorsqu’il s’agissait encore d’Andrew, mais malgré tout cela, il y a un certain mélange, Meredith Russo ne fait pas passer qu’un sentiment à chaque fois, mais vraiment un condensé d’émotions, parfois même un flou, mais c’est ce que ressent le personnage principal. Tellement de choses qu’elle ne peut les résumer à un mot, et même lorsqu’elle ne pare pas spécifiquement de sentiments on sent que le personnage en est pourtant traversé. Ici, dans cette plume, les mots ne bloquent rien, n’entravent rien, et le lecteur ressent pleinement.

Je me suis demandé si Bee savait combien ressentir était un privilège, si elle savait combien c’était effrayant, d’être anesthésiée de tout. Qu’on avait l’impression, parfois, d’être enfermée dans une pièce obscure sans porte de sortie. 

Cessons cette aparté philosophique et revenons donc au thème central, la transsexualité. Pour une introduction au sujet, pour un premier intérêt, c’est vraiment le top franchement, c’est une très bonne approche qui est très touchante. L’intérêt d’en avoir fait un bouquin young adult, c’est que c’est souvent vers cette période là, dans l’adolescence, qu’on est le plus perdu, avec énormément de questionnement. Et ce genre de livres sont là pour faire un repère, une sorte de bouée de sauvetage si l’on veut, pour rassurer les jeunes adultes qui peuvent avoir ce genre de remise en question. En faire un livre jeunesse aurait pu être bien aussi, mais c’est encore plus dur à traité pour cette tranche d’âge, donc ça reste une bonne chose d’en faire un YA, puis ça vulgarise ce genre de sujets encore trop méconnus. ( Je dis oui au milieu LGBT+ dans la littérature, voui voui. ) De manière plus générale, on a la question du genre qui est très forte, et je trouve qu’être confronté à un personnage qui fait le choix de changer d’identité de genre – jusqu’à l’opération – nous oblige presque à nous questionner sur notre propre positionnement, ce que l’on pense de notre identité, si l’on est d’accord avec la case qui nous a été associée de naissance suite à nos organes génitaux ou alors si on va plus loin que tout cela. Après, le bémol, c’est qu’on pourrait croire qu’être transgenre ne se résume qu’à changer véritablement de sexe par opération, mais la question est bien plus compliquée, et il peut y avoir des personnes non-binaires. Je ne suis malheureusement pas assez bien placée pour vous en parler, et c’est d’ailleurs pour ça que je fais quelques petites recherches dessus. ( Je sens pointer quelques liens pour le pot-pourri d’avril dit donc ! )

 Qui dit YA, dit aussi adolescence, et deux sentiments forts : l’amitié et l’amour ! Ici, on a les deux fortes émotions liées à l’espoir selon moi, ce qui fait rayonner ce bouquin. Amanda parvient à se lier rapidement à certaines personnes, qui s’avère être de bonnes personnes, ou presque. Les relations se nouent, se resserrent, mais toujours la même question : doit-elle révéler qui elle est vraiment ? La confiance est fondamentale, et le lecteur perçoit se tiraillement. Doit-on tout dire, ou cacher certaines choses ? Doit-on le faire de notre plein gré, attendre qu’il y ait un soucis pour le dévoiler ? Quelqu’un d’extérieur est-il plus à même de dire la vérité à notre place ? Pour les personnes cisgenres, il y a quand même ce fort questionnement à travers toutes les pages du « Et si j’étais à sa place… « , et honnêtement, c’est le flou. On veut se la jouer héroïque et se dire qu’on l’aurait dit dès le début, comme ça on sait à qui faire confiance, mais on sait bien que les choses ne sont pas aussi faciles à mener.

Ce tiraillement se retrouve également du côté des parents qui ne savent pas comment se positionner, et on a la contradiction père/mère qui montre deux points de vue différent, une acceptation à un degré différent qui met plus ou moins de temps à se faire, et par eux aussi, surtout le père, l’importance du regard d’autrui et la réponse aux normes, comme : un garçon ne doit pas pleurer, un garçon doit faire du sport. Disons que le père veut répondre à ces critères pour une vie plus paisible, tranquille, et en un sens maladroit la sécurité de son enfant, et de l’autre la mère, qui parvient à accepter un peu plus facilement, et qui souhaite la liberté et le bonheur de son/sa fils/fille.

— Je veux une vie normale, c’est tout. 
— Et je veux que tu survives à ta dernière année de lycée, a répondu mon père,  la mâchoire serrée. 

Eeeet viiiient l’amouuur, avec un grand A je vous prie ! Parce qu’Amanda rencontre Grant et dès le début on sait que ça va faire bim boum des chocapics, et qu’ils vont s’aimer de tout leur coeur ! Et vous savez quoi ? Ben, moi qui n’aime pas la romance, j’ai adoréééé ! J’ai trouvé ça tellement mignon et tellement vrai et tellement beau, et c’est une romance qui se mange comme un bonbon ! C’est un bonbon ! C’est pas guimauve, vous voyez ? C’est doux, c’est tendre, et on veut vivre la même chose. ( ou on la vit déjà et on a de la chance, donc on sort pas les mouchoirs et le pot de glace en pleurant sur le célibat. ) Souvent, la romance, c’est tellement mielleux et sucré que je n’en peux plus et que j’ai l’image très glamour de « argh, vomir des coeurs en sucre », m’voyez ? Mais là, c’est vraiment chouette et humain, et sincère et… Bref, j’aime. Ca c’est de la bonne romance. J’ai cru que j’allais m’évanouir de colère par contre, lorsque, ding dong !, les hormones d’Amanda se réveillent, et que ça se papouille un peu trop, et que, aaah, mains déplacées.. Maaaais ! Amanda est une adolescente raisonnable. Amanda sait dire stop à ses hormones. Amanda sait dire « ça va trop vite ». Et là, c’est cri de victoire les amis. Là, j’approuve encore plus. ( Mais on sait que c’est trop beau, le copain accepte et n’est pas frustré. On est bien dans de la fiction hein ! – non, je déconne, y’a des hommes bien sur Terre, y’en a qui sont pas obnubilés que par ça, si si je vous jure.. Faut avoir du bol quoi..)

Mais tout ne peut pas être tout beau, tout pioupiou les p’tits oiseaux, et ils ne peuvent pas restés dans leur petit paradis. Faut bien un couac, à un moment. On se doute qu’il arrive, on sait bien ce que ça va être, et d’un coup, j’ai haïs cette romance et je l’ai détesté, et… J’ai insulté Grant, ouais, faut pas se le cacher. Mais je vous ai dis que cette romance était sincère et humaine, non ? Parce que les personnes le sont vraiment, et même s’ils passent par des moments un peu con, faut oser le dire, ben ils font aussi fonctionner leurs neurones, et ils peuvent se rendre compte que : l’identité de genre, qu’est-ce que c’est, après tout ? Trop rien, et que arrêter une romance sur cette question est d’une stupidité totale, et que l’amour, s’il est vrai, dépasse bien tout cela. Et ça, c’est un beau message.

Celle dont j’ai toujours rêvé est donc un merveilleux livre sur l’adolescence et ses tourments, avec une romance très bien ficelée et bien dosée. Roman parfois dur, avec des mots qui résonnent intensément pour les personnes ayant vécu l’exclusion scolaire, qui se sentent mal dans leur peau (sans être transgenre/transsexuels pour autant ), qui sont passés par des troubles psychiques ou qui les vivent encore, par tout ce qui, en fait, est négatif. Mais cela lui donne une dimension personnelle, on s’approprie l’oeuvre avec notre vécu, et on se rapproche ne serait-ce qu’un zeste de l’état de notre protagoniste. On subit avec elle, on vit avec elle, et on garde en tête que mêmes dans les moments les plus sombres, de belles choses peuvent nous arriver.

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18 réflexions sur “Celle dont j’ai toujours rêvé, de Meredith Russo.

  1. Bravo pour ton article! C’est parfois compliqué de trouver les bons mots, d’essayer au mieux de ne blesser personne, je trouve que tu t’en es super bien sortie =) Je suis contente que la littérature s’ouvre de plus en plus au milieu LGBT+, ça veut dire que la société s’ouvre plus aussi (même si bon hein, il ne faut crier victoire trop vite…)!
    C’est tellement important que les personnes qui traversent des problèmes d’identité (surtout à l’adolescence comme tu l’as dis, mais malheureusement, tout au long de la vie parfois) sachent qu’elles ne sont pas seules, et surtout que l’on peut s’en sortir. On a besoin de plus de livre comme ça !
    Je n’ai pas lu ce livre, mais j’en avais déjà entendu parler en bien sur le blog des Lectures d’Alice qui l’avait lu en anglais et il me tentait déjà à l’époque, encore plus maintenant du coup !

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    • Merci beaucoup ! Ah bah ça me rassure alors, parce qu’il y a tellement de terme différents que quand on ne s’y connait pas très bien, bah ça peut être la galère pour s’y retrouver et savoir lequel utiliser… Mais oui, c’est une bonne chose qu’il y ait de plus en plus de livres sur le sujet LGBT+ !
      Je trouve que les questions d’identité et d’orientations (sexuelles et romantiques) sont souvent les pires à traverser, ça peut tellement mettre quelqu’un en l’air tellement on est ancrés dans des stéréotypes. Sur le long terme, durant toute une vie, ça doit vraiment être intenable et il faut beaucoup de courage pour aller à l’encontre de tout ça. Mais je m’étais surtout arrêtée sur l’adolescence comme c’est ce dont il est question dans ce roman, et c’est là où vient déjà un tas de questionnement, alors rajouter un aussi important à cette période, c’est vraiment la grosse galère.
      S’il gagne quelques place sur ta wishlist, je serais ravie haha ! C’est vraiment un très bon YA à mon sens, et j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi.

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  2. Ah, ma chronique est prévue pour bientôt aussi : enfin, si j’arrive à la terminer, car j’ai beaucoup de mal à mettre des mots sur ce que j’ai ressenti. J’avoue n’avoir que moyennement aimé… (pas taper ! ^^) de petites choses m’ont gênées, même si j’approuve totalement l’initiative de parler des problèmes de transsexualité dans un roman pour la jeunesse, et que c’était, malgré tout, une jolie histoire 🙂
    Dans la même thématique, as-tu lu George, de Alex Gino ?

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    • Je comprends, c’était une chronique aussi très dure à écrire même si pour moi ça a été un coup de coeur, c’est pour ça que je me suis autant étalée, parce que ça partait dans tous les sens tellement il y avait de choses pour moi, et tellement je cherchais de tous les côtés pour trouver les mots. xD
      Je respecte totalement ton positionnement en tout cas, je suis même très pressée de lire ton avis pour savoir ce qui t’as chiffonnée ! Je pense que si je ne me serais pas autant retrouvée dans certaines situations, je l’aurais aimé de manière plus modérée.
      Non pas encore, mais j’y compte bien ! J’ai lu beaucoup d’avis positifs dessus, et l’avis de Lupiot qui contrebalance tout, du coup il m’intrigue encore plus même si en même temps il m’effraie un peu à cause de certains propos qui peuvent être apparemment sexiste. Et toi, tu l’as lu ?

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    • Merci beaucoup à toi d’avoir lu cet article à rallonge ! Je t’encourage à le faire pour sûr, et même si tu n’aimes pas spécialement, je pense que ça reste intéressant de se pencher dessus pour le sujet. ( sauf peut-être si tu en as déjà lu plusieurs dessus comme il y a une petite tendance en ce moment ! )

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  3. Dans les commentaires de ma propre chronique, on m’a fait remarquer qu’il était plus judicieux d’utiliser le terme « transidentité » plutôt que « transsexualité » (la personne explique très bien pourquoi si ça t’intéresse !). Moi aussi, j’avais peur de dire des bêtises, ce qui prouve bien qu’on sait peu de choses ce sujet. Ta chronique est très bien écrite et rend parfaitement hommage à ce beau roman !

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    • Oh, d’accord, merci beaucoup ! Je vais m’occuper de ça du coup pour corriger. Je pense que je jetterais un coup d’oeil pour savoir pourquoi. J’avais fais des recherches, et c’est assez subjectifs suivant les personnes, je suis même tombé sur une personne sur youtube qui préfère « identité du genre » que transidentité ou transsexualité, du coup, on s’embrouille très vite. ><

      Oh, merci beaucoup beaucoup, c'est vraiment adorable ! ♥

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    • Mais de rien, merci à toi pour ton commentaire trop choupi ! ♥ Après, même si je suis hyper enthousiaste et que du coup c’pas fastoche de s’en détacher, ce n’était que mon avis et il y en a d’autres qui sont bien plus modérés. c:

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  4. Pingback: Pot-pourri avril : C’est le 1er, je balance tout ! | La Récolteuse de Mots

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