Solanin, de Inio Asano.

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Sous les conseils de Pauline, du blog Histoires Vermoulues, j’ai jeté mon dévolu à la bibliothèque sur un manga en deux tomes : Solanin. Je n’attendais rien de particulier vis-à-vis de cette oeuvre, je tenais juste à découvrir la patte du mangaka. Résultat ? Ni conquise ni déçue, je suis restée étrangement neutre… Quelque peu frustrant, surtout quand on voit tant d’avis positifs, et qu’on reconnait la puissance de l’histoire et de ses thèmes.

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Meiko qui exècre son boulot de secrétaire d’une grande entreprise, vit depuis un an avec Taneda, illustrateur occasionnel pour un magazine, et guitariste amateur. Très cynique, la jeune femme n’envisage pas l’avenir de manière positive et entrevoit même la possibilité de « sortir du circuit » en donnant sa démission… Ses amis, Jirô et Katô, ressentent également un malaise quand ils songent à leur avenir…

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Attaquons directement, et peut-être un peu sèchement, mais ce qui m’a fait défaut pour aimer ce manga, c’était le coup de crayon. Je l’ai apprécié pour les décors : fin, précis et bourré de détails, très agréable à observer. Mais pour les personnages, ça a coincé. Parfois, je me suis vue appréciée les traits des visages, mais le plus souvent, je fronçais le nez à la vue de faciès trop ronds, de yeux qui me semblaient trop écartés, de nez paraissant écrasés. Sur l’aspect graphique, les personnages manquaient de reliefs pour me plaire, trop de rondeur, trop d’homogénéité, trop de similitude peut-être. C’est assez dur d’expliquer le pourquoi du comment on n’aime pas un type de dessins, le plus souvent il ne s’agit que de goût, et quand ça ne plaît pas… Ca ne plaît pas, et c’est dur d’aller à l’encontre de ça. Pour Piano Oriental, le dessin  m’avait enlevé le coup de coeur. Pour Solanin, il m’a rendu indifférente, parce que même si j’ai su aimer les décors, je n’ai pas réussis à m’accrocher aux personnages, et pourtant, c’est bien eux, la force de ce manga. Les thèmes sont là, intéressants et touchants, mais impossible de m’immerger à cause du coup de crayon, malheureusement.

Pour parcourir ces deux tomes, on a une belle bande d’amis qui savent se démarquer les uns des autres. Des similitudes mais des différences, chacun se ressemblent tout en possédant leur caractère propre, et c’est bien plaisant. De personnages plus sérieux et déterminés, jusqu’à aller au dragueur ou au rigolo de service, il y en a pour tous les goûts. Leur caractère ne sont pas figés dans un archétype d’ailleurs, j’ai par exemple été surprise avec Jirô, alias Crack qui s’est révélé être mon préféré dans cette histoire, qui certes est doté d’un sacré comique, mais sait aussi être incroyablement attentionné et sincère envers ses valeurs. Les protagonistes évoluent, ne sont pas fixes, et le lecteur évolue auprès d’eux, avec eux.

Le thème central avait tout pour m’accaparer, puisque j’étais totalement apte à m’identifier : la transition jeunesse/adulte, ce passage à la vie active, l’entrée dans le monde du travail. Une période compliquée d’incessante remises en question où l’on se questionne sur ce fameux futur, sur ce que l’on va faire et ce que l’on va devenir. C’est un moment de perte, avec l’idée d’être trop jeune pour être adulte, mais trop vieux pour être encore un adolescent, un entre-deux confus. C’est ce moment de peur, de ne pas être sûr de ce que l’on veut faire, d’avoir tellement de choses qui nous font envie ou justement pas assez, ne pas savoir vers quoi ce diriger. Au final, en parler rend justement le tout confus, et j’imagine que le mieux pour véritablement comprendre ce moment est d’y être confronté, ou encore de savoir qu’on va y être confronté sous peu.

Le travail est montré, et même vachement bien critiqué. Norme sociétale, il est associé à cette idée de gagner de l’argent, de moyen de survie, mais pas comme passion, pas comme plaisir. Ici, les personnages travaillent dans un milieu qui ne leur plaisent pas particulièrement, et notre protagoniste Meiko vient donc à quitter son boulot, parce qu’il ne s’agissait que d’une entrave pour elle. Une pièce sans issue dans laquelle elle étouffait. Et dans cette petite bande de personnages, on les retrouve tous ne serait-ce que sur une page ou deux dans leur milieu de travail ( sauf Katô qui est toujours à l’université, mais on le voit dans ce milieu aussi, et aussi dans ses situations après entretiens d’embauche ), et il n’y a pas un sourire d’esquissé, il n’y a pas de joie, juste des automates qui font leur travail, et c’est tout. Inio Asano nous le dépend que comme une nécessité pour parvenir à ses besoins, mais en aucun cas comme une satisfaction, comme un plaisir, et aucuns ne cherchent véritablement à s’établir dans quelque chose qui leur plaît..

D’où le courage de Meiko, puis de Taneda, de quitter leur travail afin de se retrouver, de commencer à vivre et non survivre pour l’un, et poursuivre ses rêves pour l’autre. La différence vivre/survivre m’a paru très forte, et il y a un réel épanouissement, une éclosion des personnages et de leur personnalité quand ils acceptent de vivre, de suivre ce qui leur plaît et à leur gré. C’est vraiment un traitement et un déploiement intéressant qui interroge beaucoup sur notre propre mode de vie : est-ce que l’on vit véritablement, ou est-ce que l’on se contente de survivre ?

Le traitement du couple dans Solanin m’a laissé quelque peu perplexe, et j’imagine que là, chacun le perçoit différemment. Mais on ne peut pas le nier : ce sentiment est lui aussi remis en cause dans ce moment de grand tourment ! Surtout qu’ici, Taneda et meiko sont un couple qui date, déjà au moins 6 ans de relation. On les découvre dans cette monotonie, dans cette routine, et eux-mêmes semblent s’interroger là-dessus : les sentiments sont-ils toujours présents ou non ? Répondent-ils juste à la promesse de rester ensemble quoi qu’il arrive ? Restent-ils ensemble pour une certaine question de sécurité ? Parce que, quitte à avoir fait 6 ans ensemble, autant perdurer ? Parce que, peut-être qu’ils ne parviendront plus à séduire autrui, donc il y a un certain révolu sur leur actuel partenaire, et qu’importe s’il n’y a plus d’amour ? En voyant leur quotidien, leur comportement, leur intérêt au début envers l’autre, c’est tout ce tas de question qui m’a secoué. Au final, je retiens cette oeuvre surtout sur ce point : sa capacité à nous remettre en question, à nous rendre aussi confus que le sont les personnages, à nous perdre pour nous permettre de nous retrouver.

Vous l’aurez compris, c’est une oeuvre foisonnante en thèmes et son analyse doit être vraiment riche et passionnante. Si vous aimez les mangas traitant aussi de manière importante du bonheur, vous serez servis, puisque par exemple, le tome 1 se clôt sur un événement vraiment marquant, durant lequel le personnage dont il est question se demande s’il est vraiment heureux. Au final, ce manga correspond à notre dialogue interne quotidien, ces questions qui peuvent nous tarauder, nous obséder, que parfois l’on ne se pose plus pourtant tellement on y est accoutumés, et l’auteur sait justement nous chercher dans ce moment d’absence de questionnement, nous inviter à nous poser avec nous-mêmes pour réfléchir, pour faire le point sur notre situation personnelle, et pour nous inviter à trouver une véritable réponse, afin de, espérons le, être heureux.

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8 réflexions sur “Solanin, de Inio Asano.

  1. C’est beau c’que tu dis. =’)
    Ca fait tout à fait écho en moi parce que personnellement j’ai besoin de faire quelque chose qui me permet de m’épanouir. Si je stagne ça me rend malheureuse. Ce manga m’intéresse donc particulièrement, je vais aller faire un tour à la médiathèque, voir s’il est dispo. Merci pour la chouette découverte ♥

    Aimé par 1 personne

    • Merci chère Plouf, ça me fait chaud au coeur de savoir cet article beau haha 🙂
      Je comprends, je pense que c’est le cas de beaucoup de personnes mais que malheureusement, certains ne s’en rendent pas forcément compte et se contentent de survivre, de se conformer etc. Puis par exemple; dans notre situation actuelle, beaucoup perdurent dans un métier qui ne leur conviennent pas à cause du taux de chômage qu’on a. Ca flanque la trouille, alors avoir un salaire rassurer. C’est un gros problème dans notre quotidien.
      Merci à toi d’avoir lu cet article ! J’espère que tu aimeras. ♥

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    • Les sujets abordés le sont oui ! Sur le coup de ma lecture, je n’étais pas trop emballée, je me disait  » mouais c’est de la tranche de vie quoi « , mais c’est une fois terminé et que j’y ai réfléchis pour rédiger l’article, et pour savoir ce que j’en avais pensé que je me suis rendue compte du potentiel.
      C’est vraiment la galère quand certains types de dessins nous rebutent. J’ai toujours cette déception de ne pas pouvoir pleinement apprécié l’oeuvre à cause du dessin.

      Aimé par 1 personne

  2. Tu n’as pas été conquise mais tu en parles très bien !
    Perso le dessin m’a touchée, et dans certaines scènes je l’ai trouvé très puissant malgré cette apparente simplicité. Après il est peut-être plus abouti dans ses œuvres suivantes, mais les visages un peu ronds c’est un des trucs caractéristiques d’Asano, c’est vrai.
    Bon, et pour les thèmes j’aime le tranche de vie et ici les thèmes me parlaient beaucoup, ça a joué dans mon appréciation.

    Merci pour ce chouette article 🙂

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  3. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! #4 – Histoires vermoulues

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