Stupeur et Tremblements, d’Amélie Nothomb.

IMG_20170703_160839Trouvé au coeur d’un vide grenier, posé là, dans un carton. Cette bouche carmin attirant le regard, se démarquant de cette peau diaphane. Il ne fallait que ça pour reconnaître Amélie Nothomb elle-même sur la couverture. Curiosité, tentation, finalement céder : depuis le temps que je me disais qu’il fallait que je découvre cette autrice, mais sans jamais savoir par quel roman commencer ! Hé bien… Peut-être aurais-je dû attendre encore pour choisir un roman de manière réfléchie, et pas sur un simple coup de tête. Pour faire simple : pas une franche réussite.

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Au début des années 90, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant. D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie -, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne.

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Il est typique des êtres qui exercent un métier lamentable de se composer ce que Nietzsche appelle un arrière-monde, un paradis terrestre ou céleste auquel ils s’efforcent de croire pour se consoler de leur condition infecte. Leur éden mental est d’autant plus beau que leur tâche est vile..

Par difficulté d’organisation en ce moment, je ne prends plus de notes après mes lectures. Gros soucis, surtout quand le cerveau n’est pas hyper opérationnel, pas au meilleur de sa forme, et qu’en prime, on tombe sur un bouquin… Qui n’est pas marquant, qui une fois lu se fait presque déjà la malle de notre esprit. Et justement, là n’est pas surprise, merci cher cap’tain obvious, c’est justement le cas pour ce Nothomb !

Chose assez étrange sur ce roman, c’est que… Je n’en pense rien. Ni aimé, ni l’inverse, je l’ai lu et point. Pas de sentiments particuliers qui sont nés durant cette lecture, et c’est très frustrant. Parce que même un roman que l’on n’aime pas nous fait quelque chose : dérangement, colère, déception, etc. Bref, on y est pas insensible ! Mais là… Néant. Nada. J’avais l’impression d’être une automate qui lisait, puis rien d’autre. Nous sommes bien d’accord : c’est pas très encourageant tout ça.

D’abord, parlons plume. C’est ce qui frappe en premier dans un livre, surtout quand on entend beaucoup parler de l’autrice et qu’il est dit qu’elle possède une belle plume. Ah. Bah déjà, pas pour moi. Enfin, oui, des fois, c’est joli à lire. Des fois, c’est intéressant, une certaine recherche littéraire et esthétique de l’écriture qui est plaisante – enfin, cela dit, je n’ai qu’un passage où j’ai été séduite par l’écriture. Mais majoritairement, je suis restée à côté du roman à cause de l’écriture pour cette raison majeure : l’impression qu’Amélie Nothomb mettait, de-ci de-là, des mots riches, intellectuels, peu usités pour compliquer son écriture. Pour, ouais, tout simplement, faire un peu élite, intellectuelle. Comme une supériorité qui se dégage, un certain ego (renforcé par le fait d’être présente sur chacune de ses couvertures ?  C’est quelque chose qui personnellement me perturbe. )

Ne dites pas trop de mal de vous-même : on vous croirait.

Et bizarrement, ce côté supérieur ne colle pas avec l’image qu’elle dégage d’elle-même dans ce roman. Alors, oui, elle est dans l’auto-dérision, mais à un point où elle semble se mépriser, se critiquer, et comme si elle souhaitait se montrer comme l’occidentale bête comme ses collègues le pense. Elle paraît vouloir renforcer cette idée, se dénigrer, et pas seulement pour ses collègues, mais également aux yeux de nous, lecteurs. C’est triste à dire, mais j’ai eu cette image de l’autrice – alors qu’elle dégage un fort charisme, une prestance -, comme quelqu’un de simplet, un sentiment peu valorisant. Et je ne parviens pas à comprendre la démarche à tout cela, l’intérêt. Comme si elle ne se respectait pas, chose que je peux comprendre mais… Ca ne paraît terriblement pas coller au personnage qu’elle est. Grande incompréhension, qui ne facilite pas l’insertion dans l’histoire.

Amélie Nothomb dépeint le monde du travail au Japon à travers ce roman, et je ne peux dire si cela est fait avec justesse ou non, il me semble que oui mais je préfère ne pas m’avancer, n’ayant jamais vécu cela. C’est une critique sociétale qu’elle effectue, et qui colle à ce que j’ai fréquemment entendu dans le milieu de l’entreprise au Japon, c’est-à-dire la difficulté de s’y faire une place, la compétition qui caractérise les pays asiatiques, les façades fortement trompeuses pour assurer sa place, etc. Sur ce plan là, le roman m’a intéressé, et je le recommanderai juste pour cela bien que je pense qu’il existe meilleur ouvrage pour se rendre compte de cet univers. C’est un thème riche, et assister à une insertion encore plus difficile pour les occidentaux, à une barrière culturelle tant marquée ajoute à cette richesse, nous en apprend davantage sur les mentalités japonaises, sans pour autant stigmatiser puisqu’elle nous montre du bon comme du mauvais.  Elle nous apporte aussi des points culturels sur le Japon qui sont vraiment intéressants, des anecdotes, elle approfondie la manière d’être des japonais, et c’est quelque chose d’agréable si on est intéressé dans ce pays – mais à faire attention, puisqu’il y a un sentiment principalement négatif, d’où la critique sociétale.

Dans l’ancien protocole nippon, il est stipulé que l’on s’adressera à l’Empereur avec « stupeur et tremblements ». J’ai toujours adoré cette formule qui correspond si bien au jeu des acteurs dans les films de samourais, quand ils s’adressent à leur chef, la voix traumatisée par un respect surhumain.

Le thème de ce livre, soit l’expérience professionnelle au Japon, est très intéressant, mais l’aspect autobiographique déconcerte, avec une écriture qui pour ma part ne m’a pas séduite. Un premier essai pour cette autrice plutôt mitigé, qui ne donne pas tellement envie d’y revenir malgré une curiosité qui persiste. Si vous avez un conseil d’un autre de ses romans, je suis preneuse : j’aimerais tout de même lui laisser une seconde chance, puisqu’il est souvent dit que ses romans peuvent être « géniaux comme laissant désirer. » Si vous êtes des fervents admirateurs de Nothomb, faites moi un plaidoyer pour que je succombe à son oeuvre !

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28 réflexions sur “Stupeur et Tremblements, d’Amélie Nothomb.

  1. Je ne vais pas t’aider mais parmi les deux livres que j’ai lu d’elle, c’est le seul sur lequel j’ai trouvé un certain intérêt : le monde professionnel au Japon. Pour le reste, ça ne m’a pas transcendé, ni si son style d’écriture, ni ses histoires. (dont Acide sulfurique qui m’a beaucoup déçue alors que le thème était intéressant !)

    Et je suis d’accord, la voir star de ses couvertures me perturbe beaucoup aussi, si c’est une stratégie marketing, elle est mauvaise…

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    • Hé bah dit donc, je recueille pas mal d’avis négatifs sur elle ! ( c’est dingue, à chaque fois en plus j’aime l’image de Cédrik Armen qui raffole d’Amélie Nothomb, et là je me demande tellement.. Pourquoi.. ) J’ai eu deux recommandations de ses bouquins donc je pense les essayer pour me faire un avis plus construit avant de déterminer si j’y trouve un intérêt ou non. x)

      Je me demande si elle s’est déjà exprimée sur ce sujet, mais en tout cas ça fait très égocentrique…

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  2. J’ai « Métaphysique des Tubes » qui traine dans ma PaL depuis des lustres parce que j’ai un peu la trouille de découvrir cette auteure et d’être déçue… Du coup ton avis ne m’aide pas xD
    Après, mais ce n’est que mon avis hein, je pense qu’à sortir des livres tous les ans on finit par prioriser la quantité à la qualité :/

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    • Ah merdouille, je suis désolée alors. >< Je te comprends pour la trouille, je l'avais aussi… Mais faut se dire que ce n'est pas un roman qui détermine l'oeuvre entière de l'auteur ! Donc si celui-ci ne te plaît pas, il y en a peut-être d'autres que tu aimeras davantage. c:
      Ah ça c'est sûr, au début c'est peut-être une grande créativité, une "frénésie artistique" si j'puis dire, mais au bout d'un moment ça doit juste se transformer en goût de la machine à fric..

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  3. Nothomb a une écriture très étrange à laquelle je n’arrive pas à me faire malgré le fait que j’ai lu pas mal de ses bouquins.
    Essaye peut être l’hygiène de l’assassin qui est pour moi le plus représentatif de son style (je l’avais vu adapté en pièce de théâtre et c’était par contre génial)

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  4. Coucou ! Alors je suis pas une grande fan de cette autrice comme toi, pour le peu que j’ai lu d’elle au moins. Néanmoins, j’avais beaucoup aimé un de ses livres *cherche sur goodreads* : Antéchrista. Il est très très court mais vraiment chouette ! Je te laisse le lien ici : https://www.goodreads.com/book/show/1056375.Ant_christa
    Sinon pareil que toi, ce qui me dérange chez elle c’est :
    – de toujours voir sa gueule (not even sorry)
    – de toujours vouloir utiliser des mots compliqués (cf. ton 3ème paragraphe où je suis tout à fait d’accord). Je comprends vraiment pas l’objectif de vouloir faire ça –‘. Je trouve ça tellement élitiste. Je me « bats » pour que la culture soit accessible à tout le monde (c’est d’ailleurs pour ça que je veux travailler dans le milieu culturel) alors quand je lis un livre où l’auteur/autrice utilise des mots ou des tournures de phrases compliqués juste pour en faire franchement ça me dépasse.
    – qu’elle soit un gros produit marketing (ce n’est peut-être pas le cas mais c’est mon impression).
    – elle m’a traumatisé pendant mes cours de trad où je « pleurais » dès que je voyais que je devais traduire un de ses textes.
    Si ça peut te rassurer je sais que ma mère aime pas son style non plus. Je comprends pas toute la hype autour de cette autrice en fait x)

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    • Je n’avais jamais entendu le titre d’Antéchrista, alors je garde ton lien bien au chaud pour jetter un coup d’oeil à ça ! Ca m’intrigue davantage que tous les romans d’elle surmédiatisés pour le coup.
      Après pour ce qui est du vocabulaire compliqué, y’a des fois où ça va totalement. Disons que, ça se sent quand c’est la manière que la personne a de s’exprimer. Mais dans ce bouquin pour moi c’était un peu  » oh on va éviter les répétitions ? Quel mot je pourrais mettre ? *chercher sur un site de synonyme* ah lui il sonne bien ça fait intelligente et tout, bon je le mets, ça en jettera, ça fera ‘wooooh elle a beaucoup de culture’ !  » Bref, fichtrement pas naturel quoi, du coup… Ouais ça fait juste élitiste à souhait. Donc si toi aussi t’as ressenti ça dans tes lectures, ça me rassure pas du tout haha.
      Oh mon dieu t’as du trad du Nothomb ? Ouchou, ça devait vraiment pas être l’éclate…
      Je sais pas si ça me rassure pour continuer de la découvrir avec un ou deux autres romans. xD

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  5. Je l’ai beaucoup quand j’étais adolescente, mais j’en suis revenue^^
    Elle a une écriture spéciale et a une « esthétique » très particulière dans ses bouquins.
    Tout le monde n’aime pas et en plus, on la voit un peu trop souvent^^

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  6. Je suis désolée que tu n’ai pas aimé ce livre. Je l’ai lu il y a longtemps et j’avais bien aimé même si certains passages étaient bizarres. J’espère que tu vas continuer à lire du Nothomb quand même (je l’adore personnellement).

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  7. J’ai lu ce livre il y a quelques mois et comme toi, je n’y ai trouvé aucun intérêt. Je me suis même demandée à quoi ça lui servait d’écrire sur ce sujet et surtout de la façon dont elle l’aborde, je n’ai rien trouvé de pertinent.
    Toutefois! Si tu veux retenter l’expérience, je te conseille « Hygiène de l’assassin » ou « Les combustibles », deux livres que j’ai beaucoup aimé! Hygiène de l’assassin raconte l’histoire d’un interview entre un journaliste et un vieux monsieur obèse, mais l’histoire est excellente (il me semble!). Et Les combustibles se passe durant la Guerre, il fait froid, il n’y a plus de bois, il faut décide quels livres brûler pour continuer à alimenter le feu. Alors le thème des livres est très présent et c’est très intéressant!
    Voilà! Je pense que tu pourrais accorder une deuxième chance à Nothomb, si tu veux 🙂

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    • Ca me rassure de voir un avis similaire ! Et merci beaucoup pour les recommandations, quelqu’un m’avait déjà suggéré « Hygiène de l’assassin », donc ce sera ma prochaine tentative de Nothomb. Quelqu’un m’a aussi proposé « Antéchrista », je ne sais pas si tu connais. Et le thème pour « Les combustibles » me plaît bien, alors je retiens aussi, encore merci !

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      • Hey, désolée du retard de ma réponse ! Je connais Antéchrista, je pense, ça raconte l’histoire de deux amies, dont l’une d’elle est plutôt méchante, non? Je ne suis pas certaine. Je ne sais pas si je relirai un Nothomb, peut-être. Comme elle n’écrit pratiquement que des petits livres, tu en prends un et hop c’est vite fait. Je verrai. En tout cas, j’ai hâte de connaître ton avis sur Hygiène de l’assassin! 🙂

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      • Pas de soucis ne t’en fais pas. c:
        D’après le résumé, ça a l’air d’être à peu près ça Antéchrista oui !
        C’est vrai que par la taille du livre, on risque trop rien, ( le point positif d’en publier tous les ans, au moins la lecture est rapide si on accroche pas ! )

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  8. Ce roman est dans ma PAL, c’est dommage que tu n’aies pas apprécié ! Ça me refroidie un peu, du coup ! Antéchrista a été mon premier roman de Nothomb (je m’en souviens encore, on nous l’avait conseillé au lycée !), et j’avais bien aimé, sans que la lecture soit transcendante. Je te conseille de le lire, surtout que ce livre a l’air très différent de Stupeur et tremblements ! Antéchrista rejoint les thèmes de Respire de Brasme, je ne sais pas si tu connais (si tu ne l’as pas lu, je te le recommande encore plus qu’Antéchrista ! : P )

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    • Ah mince mon but était pas de refroidir les futurs lecteurs haha ! Il faut juste que tu y ailles sans a priori, en oubliant on va dire les éloges faites sur Nothomb.
      On me l’a conseillé donc ça tombe bien, ça me fait un avis en plus dessus, merci beaucoup ! Je ne connais pas du coup Respire de Brasme, je note dans ce cas. 😉

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