Solal, de Albert Cohen.

IMG_20170720_145139.jpgToute première lecture effectuée pour la rentrée, bien qu’au début, je voulais opter pour Yourcenar, autrice qui m’intrigue depuis un certain temps. Mais au final, j’ai jeté mon dévolu sur celui-ci puisqu’il était le plus susceptible de moins me plaire. ( Je me tire les cheveux en écrivant cette phrase. #tropcomplexepourmaptitetete. ) Maaaais je dois admettre que je fus agréablement surprise. Une plutôt chouette rencontre avec l’auteur ! Attention : gros article en perspective ! ( avec des longues citations, bam. )

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Avez-vous lu Solal ? C’est la question que, ces jours derniers, je pose à tous ceux que je rencontre. Solal est un très grand livre, une oeuvre forte et riche. (Marcel Pagnol, Les NouvelIes littéraires)
[ Ce livre n’a pas de résumé, la 4e de couverture est emplie de petits avis, et je ne saurais vous résumer convenablement ce récit sans vous spoiler. >< ]

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Si je craignais de ne pas accrocher, et même, de m’ennuyer avec ce roman, c’est à cause d’un des thèmes cher à Cohen qui apparemment à l’air de se retrouver dans tout ses romans : la judéité ainsi que le judaïsme. ( mais je compte ça comme un thème, que j’appelle le thème Juif, mais j’ai peur que ça sonne un peu péjoratif…? )  Disons que je suis une lectrice assez chiante, qui malgré les efforts, reste de marbre aux sujets fort que sont guerre, politique et… Religion. Ce n’est pas que je ne m’y intéresse pas mais ça me glisse dessus, c’est les sujets qui me touchent le moins. Alors j’ai un peu flippé avant de me lancer dans la lecture, que ça me bloque totalement à rentrer dedans, mais heureusement non. Bien qu’important, j’avais d’autres thèmes auxquels m’accrocher, mais ce n’est pas celui-ci qui m’a le plus séduite bien que je l’ai trouvé intéressant. Disons que le soucis était pour moi les références à des éléments importants du judaïsme, par exemple des mots ou des noms appartenant à la Torah. Comme je n’avais pas les connaissances, j’étais un peu dépassée, surtout perdue par certaines appellations, je ne savais plus si elles renvoyaient à la religion, ou manière de nommer un personnage du roman.
Cependant, j’en ai tout de même aimé des aspects que j’ai trouvé très beaux, comme la difficulté d’assumer et de vivre en tant que Juif, aussi bien identité que religion. Rejet incessant notamment lors de la décadence de Solal qui a quitté la vie politique et qui est à la recherche de petits boulots pour avoir un apport monétaire ; une errance due à ces refus, une fuite du malheur et une recherche de vérité, mais aussi une recherche d’identité : s’identifie-t-il véritablement à sa religion, à son peuple ? C’est justement ce qui rend ce sujet si fort, cette quête qui ne s’épuise pas, qui crée un tiraillement puissant.

Elle ne pouvait pas deviner la douleur et le désarroi de cet homme qui avait le coeur trop ardent pour pouvoir choisir entre sa femme qu’il aimait et sa race qu’il aimait, qui se sentait coupable vis-à-vis de l’une et de l’autre, qui n’avait plus le courge de rentrer dans la vie, cruelle aux passionnés d’absolu. 

Ce tiraillement est surtout de l’ordre de l’amour. Solal est confronté à l’amour familial, à toutes ces personnes d’Israël, qui lui apporte une certaine tendresse, qui le rend meilleur en un sens ; mais aussi à l’amour de la femme, d’abord Adrienne, femme du consul de France, puis Aude, fille du premier ministre de France, qui l’amène à la passion, notamment charnelle, et qui le torture tant celle-ci est puissante. Il est écartelé entre ces deux formes, devant en sacrifier une pour avoir l’autre, va-et-vient perpétuels. On peut trouver une certaine répétition au roman à cause de cela, poursuivant son amour mais revenant à ses origines, ainsi de suite. Peut-être un peu lassant, mais on ressent la confusion dans laquelle évolue le protagoniste, j’étais également prise par cela, me mettant à sa place, me demandant quel choix je ferais face à une passion si forte, dévorante, mais aussi à l’amour familial qui est toute une part d’une personne. Mais au delà de personnes, on peut aussi noter ce tiraillement entre les pays puisque Solal et les autres personnages également errent beaucoup ou bien voyage. Mais pour notre personnage éponyme, on marque vraiment l’importance de l’Israel et de la France, me demandant si au lieu de parler d’un roman d’amour entre les personnages, il n’était pas plus judicieux de parler de roman d’amour de ces pays, Aude me semblant d’ailleurs être une personnification de la France : par le titre de son père, par sa représentation de fille de bonne famille aux bonnes manières, bonne Française aimant aller au théâtre, etc, qui répond aux conventions de l’époque.

Et moi je ne veux pas qu’on m’aime. Mon coeur ton coeur son coeur. Ma gondole ton luth son écharpe nos sentiments vos vapeurs leurs passions. Je te chéris tu m’affadis il me fait souffrir vous êtes odieux. Allez-vous-en à vos rêveries. 

En parlant de passion, j’ai évoqué celle qui était charnelle, qui souvent va de paire, qui est en un sens ( pour beaucoup, du moins, pas à mes yeux uh. ) la « consécration de la passion ». Vous commencez à connaître un peu mon positionnement sur la question, et vous devez penser que je vais du coup le critiquer. Mais en vérité, du moment où c’est traité de manière esthétique (par exemple en photographie, on peut faire de très belle chose dans le positionnement d’un corps pour évoquer la sexualité), je n’y ai pas trop de problèmes, puisque là, je peux y trouver une beauté. Et ici, je suis plutôt mitigée, parce qu’Albert Cohen traite ça de manière crue par moment, où là j’ai donc mon positionnement classique que je ne vous ressers pas une énième fois ; mais d’autres passages sont d’une beauté littéraire par une plume qui semble dessiner un tableau, traçant courbes et caresses. Ces deux points de vues sur le même thèmes offrent une expérience assez spéciale, mais qui fonctionne dans le roman très bien, offrant les facettes distinctes de Solal.
Pour évoquer brièvement l’écriture, je l’ai trouvé globalement très plaisante, et il y a une vraie recherche d’écriture littéraire, d’innovation, d’esthétique, chose dont je suis vraiment friande, j’adore le jeu qu’on peut avoir par le biais de l’écriture. J’ai trouvé ce point plus prononcé lorsqu’il était question d’Aude, notamment un passage où on a une succession de ses pensées sur 4 pages, qui ne correspond qu’à une seule ligne. Dans le contemporain, on peut penser à Maylis de Karengal avec Réparer les Vivants, mais j’avais trouvé ça très lourd dans ce roman, m’amenant à un abandon ; mais dans ce passage, c’était très vivant et intéressant.

– Je veux dire que de mots dans le monde, que de phrases, que de pensées ! Cela frappé tout à coup.
– Mais que de silences aussi, dit Saltiel.

– En somme, qu’est-ce que la vérité ? demanda sérieusement Salomon.
– C’est ce qu’il y a entre les lignes, dit le petit oncle, et qu’on éprouve dans la joie.

On a, dans ce roman, une flopée de personnages, et je ne parviens pas trop à savoir ce que j’en pense. Est-ce que tant était utile, au final ? Je me suis un peu sentie noyée au milieu de toutes ces personnalités qui parfois n’apparaissaient que pour mieux disparaître. J’ai adoré le groupe des Justes, ou des Valeureux ( quand je vous disais que j’avais du mal avec « quelle appellation désigne qui ? » ), bref, le groupe Saltiel/Salomon/Mattathias/Michaël/Mangeclous. Je ne trouve pas d’autre adjectif que humain pour les définir, j’ai adoré leurs personnalités distinctes, surtout Salomon et sa naïveté, cet enfant adulte au final. Ils sont frais, apportent l’humour, sont pleins de rêves, c’est l’optimisme et la bonne humeur.
Et comment ne pas parler de Solal ? Personnage principal et éponyme, c’est un caractère très complexe qu’il est impossible de comprendre entièrement, l’étranger parmi les étrangers. Le point positif, c’est qu’avec lui, on ne s’ennuie pas : on suit ses aventures mais on ne sait absolument pas ce qui nous attend, on ne peut se douter une seule seconde de la manière dont il va réagir. Souvent détestable, hautain et orgueilleux, il sait aussi être touchant. Il est très difficile à lui, et bizarrement il m’a semblé impossible de m’attacher à lui alors que pourtant, je me suis trouvé quelques similitudes dans ses réactions exacerbées et impulsives. Chose intéressante, c’est que Solal est aussi un personnage littéraire se nourrissant de plusieurs mythes : celui d’Apollon pour sa beauté, Don Juan pour la séduction, et enfin, condensé des deux évoqués, celui de Dionysos grâce à cette beauté qui séduit, mais aussi par cet esprit manipulateur et cruel.

Et lui, Solal, étranger par mis les étrangers. 

Je suis un peu plus partie dans l’analyse que de coutume, chose que j’adore faire durant mes lectures d’ailleurs mais que je limite dans mes chroniques, puisque cela les rallonge pas mal et j’ai peur que ça leur donne un côté trop scolaire (bien que là, je n’ai pas encore étudié le roman, je vous propose juste mes pistes !), mais n’hésitez pas à me dire si ça vous intéresse pour qu’à l’avenir je mêle un peu plus analyse et avis personnel.
En tout cas, c’était une agréable surprise, et je trouve que pour découvrir Cohen, c’est un très bon roman : bien moins connu que Belle du Seigneur et le Nom de ma mère, il est peut-être plus encourageant pour ceux qui ne veulent pas être influencés par les avis, parce qu’il y a peu de chroniques dessus. Et puis, Solal est d’ailleurs considéré comme le premier opus de la tétralogie des Valeureux (suivi de Mangeclous, de Belle du Seigneur, et enfin des Valeureux.), c’est donc un bon commencement.

 Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Manoir de l’Abbaye.  

⚠ Je vous précise juste qu’étant en vacances du 22 au 29 juillet, je ne pourrais répondre à vos commentaires d’ici-là, les articles publiés pour la fin du mois de juillet sont planifiés pour assurer un certain contenu ( çasesentquej’essaiede rattraperlapause. ) Des bisous à vous tous, en vous souhaitant une belle fin de mois. ♥

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8 réflexions sur “Solal, de Albert Cohen.

  1. J’ai très envie de lire Belle du seigneur mais j’hésite encore, je pense que je commencerai pas Solal du coup, ce que tu en dis est super intéressant et me donne très envie de le lire même si comme toi je ne suis pas vraiment touchée par la religion en littérature.

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  2. Je sais pas si je lirai Solal mais j’ai très envie de découvrir Belle du Seigneur. Sinon, j’adore mêler analyse et avis perso. En tout cas ta chronique était belle et vraiment intéressante !
    Bisous récolteuse et bonnes vacances ♥

    Aimé par 1 personne

  3. Ta chronique n’était pas du tout trop longue ou scolaire ! Au contraire c’était chouette de suivre ton cheminement de pensées et de voir comment tu as vécu ta lecture ! =)
    Je ne connaissais pas du tout ce livre (honte à moi), mais du coup je le note, cet auteur a l’air mystérieux ^^
    Bonnes vacances ma belle ♥

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    • Oh merci beaucoup Ploufie ! Ca me fait plaisir tout pleins, du coup j’essaierais de continuer comme ça davantage !
      Faut pas avoir honte, honnêtement, c’est pas le plus connu de l’auteur donc no stress. :p
      Merci en retard du coup. ♥

      Aimé par 1 personne

  4. Pingback: Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ! – La Récolteuse de Mots

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