Contrecoups, de Nathan Filer.

IMG_20170720_145447Découvert en premier sur les étalages d’une librairie, cette couverture tout juste splendide (  On en parle ? une beauté. ♥ ) avait attiré mon attention. J’ai donc bien répondu à la lectrice superficielle qui craque sur le visuel, comme à chaque fois avec les éditions 10/18. Un bref coup d’oeil au résumé, attrapant brièvement le mot « schizophrène ». Juste avec ça, c’était une évidence : il me le fallait. But sad story bro, je n’avais pas d’argent. Alors, vous m’imaginez, arpentant des mois après la seule librairie de ma petite ville campagnarde, qui plus est est anglaise, et d’un coup tomber sur le dos de ce magnifique livre-objet ? Je lui ai fais un gros câlin en mode « j’te lâche plus maintenant ! »

A peu près ça.

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Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Hanté par la mort de son grand frère, lors de vacances à la mer, dix ans auparavant. Hanté par la culpabilité. Hanté par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps : dans le bruissement des feuilles des arbres, dans le crépitement des bougies d’anniversaire, dans le murmure de la marée… Dernier lien qui l’unit au frère disparu pour Matthew ; « hallucinations de commande », disent les médecins.

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Le risque, en succombant subitement, c’était de le lire en anglais. Je suis encore loin d’être bilingue bien que je me débrouille, mais il faut savoir que j’ai peu lu en VO anglais, je crois même que c’était seulement ma troisième tentative. Je pense que ces derniers temps j’avais un peu perdu de ma maîtrise de la langue, mais quand même.. J’ai du lire ce livre face à mon ordi, avec wordreference ouvert. Il faut juste être habitué au niveau de langue familier voire vulgaire, avec beaucoup d’expressions courantes. J’ai pu me faire une jolie ( et grande ) fiche de vocabulaire mais au moins, ce qui est ultra chouette, c’est que l’auteur varie vraiment les mots utilisés, ça apporte quand même beaucoup pour rendre la lecture très agréable. Si j’ai envie de le relire à l’avenir, je pense que j’essaierais de me le procurer en français, parce que je ne suis pas forcément sûre d’avoir tout tout compris tout le temps, that’s the hic.

Sometimes
______________ the 
_____________________ wall 
_______________________________ breaks 
______________________________________________ completely 
It’s then 
___________________________ that
______________ the 
________________________________________ nightmares come. 

Il me faut tout de même reconnaître que m’arrêter fréquemment pour noter les mots qui me manquaient, c’était déroutant, déstabilisant, et que oui, ça m’a un peu perdu. Mais est-ce un bémol ? Que nenni, ça m’a même beaucoup apporté, ça a rajouté de la confusion, chose très pertinente avec un tel récit, parce que découvrir sa personnalité et se positionner dans la tête d’un schizophrène… Hé bien oui, c’est fichtrement confus. D’ailleurs, la construction du roman est assez particulière, j’ai envie de dire embrouillée : la notion du temps est assez complexe, personnellement j’ai eu du mal à situer les époques puisqu’on peut très bien suivre Matthew au moment où il a 19 ans et qu’il est à l’hôpital nous parler de son enfance quand il en avait 6, pour juste après passer de sa vie solitaire dans son appartement. J’étais tellement perdue un moment, à ne plus savoir s’il était encore interné, ou s’il était de retour dans son appartement, que je me suis arrêtée et que je me suis dis « aaah, j’ai l’impression d’être folle ! ».Et j’ai trouvé ça franchement super. L’auteur, par la simple construction du récit, nous embrouille, nous rapproche vaguement de ce qu’une personne souffrant de maladie mentale ressent : confusion incessante, non discernement de la réalité et de l’imaginaire, un certain trouble de l’identité, etc. Et ça, c’est quand même un joli coup de maître, surtout pour un premier roman, alors je fais clap clap Mr Filer.

La relation entre les personnages n’est pas aisée, mais je l’ai trouvé très belle. Elle relate très bien la complication que fait naître la culpabilité de Matthew, les troubles de sa mère qui a recourt à une médication, justement par le rapport mère/fils qui devient très complexe, qui se déchire et qui se renoue. Il y a le message de l’amitié qui est divulgué dans toute sa véracité, à savoir que les relations viennent et repartent, qu’une amitié n’est pas forcément éternelle mais qu’elle a tendance à être temporaire, à être à un moment donné de notre vie et qu’il ne faut pas avoir de regrets par rapport à ça, disons que c’est le cours des choses. J’ai beaucoup aimé le rapport Matthew/Annabelle, qui semble au début insignifiant et qui renaît vers la fin, plein d’entraide par le biais de l’écoute. La plus belle relation est nettement celle de Matthew et sa grand-mère Nanny Noo, à la première mention il ne paye pas de mine, mais durant l’adolescence du protagoniste, leur rapport grandi, devient fort, c’est une belle complicité qui reste néanmoins discrète. C’est vraiment un duo touchant.

Mental illness turns people inwards. That’s what I reckon. It keeps us forever trapped by the pain of our own minds […]. I’m stuck looking inwards. Nearly every thought I have is about me – this whole story has been all about me; the way I felt, what I thought, how I grieved. 

C’est donc avant tout le sujet de la maladie mentale qui m’a attiré vers ce roman, parce que c’est quelque chose qui me touche tout particulièrement et qui me fascine. ( Je vous ferais un On se livre dessus parce que je compte découvrir beaucoup de bouquins sur ce thème, et je pourrais vous parler plus en détails du pourquoi ça me touche et me fascine ! ) Nathan Filer sait de quoi il parle, puisqu’il est infirmier psychiatrique, donc le sujet est bien maîtrisé, pas de doutes à se faire dessus. On pourrait croire à une part autobiographique, que ce soit pour l’autre thème fort, celui du deuil, que celui déjà évoqué, tant le roman est fort. Mais l’auteur affirme qu’il n’a absolument pas vécu cela, et je trouve ça incroyable qu’il réussisse à créer quelque chose avec tant de réalisme, de sincérité. Ayant une santé mentale assez fragile, je me suis beaucoup retrouvée dans l’état de Matthew, sa personnalité, ses sentiments. Même si on ne souffre pas de schizophrénie mais d’une autre maladie mentale, je pense que c’est un état assez commun dans ce cas là, un peu comme si c’était le coeur des diverses maladies. Donc forcément, j’ai été encore plus frappée par ce qui est raconté, me retrouvant énormément dans ce personnage principal, comprenant quasiment tout le temps ce qu’il voulait dire mais n’y parvenant pas forcément, ce qu’il ressentait. Même sa culpabilité et la raison de celle-ci résonnaient avec mon vécu, pour vous dire. C’est un personnage complexe, torturé, qui parfois peut sembler énervant voire détestable pour certains, et je peux concevoir le pourquoi, mais il faut garder en tête – et ce n’est pas une excuse, mais la triste de réalité de ces maladies – que ce n’est en aucun cas de sa faute. J’ai aimé son rapport à l’écriture et au dessin également, ses deux passions, qui sont aussi les miennes, et pour tout deux elles nous servent d’exutoires. Je vais beaucoup chérir le personnage de Matthew Homes, parce qu’il m’a fait me sentir bien moins seule.

I think personalities are hidden in these details, and if you capture them properly, you capture the person. 

Je pourrais encore vous parler de tout un tas de choses sur ce roman, mais il me semble que cette chronique se fait déjà assez longue haha. Il y a bien sûr quelques petits défauts, notamment des fils d’intrigues survolés qui auraient nécessité un peu plus d’approfondissement — je pense notamment à l’Oncle Arnold. Mais c’est un roman qui a su me faire monter les larmes aux yeux ( j’avoue, je les ai refrénés pour éviter qu’elles coulent. ) , donc pas de grande surprise à dire qu’il est imposé comme un coup de coeur. Je pense que c’est un must read sur le sujet des maladies mentales, en tout cas c’est une merveille !

We move in circles, this illness and me. We are electrons orbiting a nucleus. 

 Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Détective Agonisant  

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12 réflexions sur “Contrecoups, de Nathan Filer.

  1. Ça fait des lustres que je le vois dans la bibliothèque d’une amie et que je me dis que le dos et la couverture sont sublimes !
    Je pense donc que je lui piquerai donc à l’occasion !
    Des bisoous ♥

    Aimé par 1 personne

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