2 pièces classiques d’auteurs français… Sur fond espagnol !

cidrbUne sorte de petit article thématique que je vous livre aujourd’hui, tout simplement parce que je ne me voyais pas faire des chroniques indépendantes pour ces deux pièces de théâtre, de peur de ne pas avoir assez de matière. Jusqu’à présent, je ne vous ai partagé que deux chroniques de théâtre, deux oeuvres de Wajdi Mouawad. Ici, comme il s’agit de lecture (ou relecture pour la 2eme) de cours, je vous propose… Du classique !


Le Cid. 


Pour être bien ancré dans le classique, voilà même un auteur du classicisme, et oui, je ne fais pas à moitié. Mais le couac commence direct : je n’ai pas en horreur, mais je ne suis clairement pas friande de ce mouvement que je trouve bien trop lourd à cause de toutes les règles. Et puis, tapez-moi sur les doigts, mais je fais systématiquement l’analogie de ce mouvement au milieu scolaire, et du coup… A du rébarbatif. (Je suis désolée pour les profs, c’est pas de votre faute, c’est juste que c’est tellement travaillé que ça me sort par les yeux. 8.8 ) Pièce de 1637, le fond espagnol s’explique ici par une forte inspiration de la pièce de Guillén de Castro, Las Mocedades del Cid (Les Enfances du Cid), au point que certains considèrent sa pièce comme un plagiat. Le pitch est un peu connu de tous : Don Diègue et le comte de Gomès veulent marier leurs enfant, Rodrigue et Chimène, mais l’orgueil du comte fait tout dérailler en mettant un soufflet à Don Diègue. Honneur bafoué, mariage a priori impossible, histoire de vengeance, duel à mort, amour caché… On se croirait presque dans les Feux de l’amour, non ? En plus poétique, je conçois.

Ma plus douce espérance est de perdre l’espoir.

Honnêtement, j’ai été déçue par cette pièce, l’ennui s’est montré bien vite. L’histoire, à mon sens, tourne en rond, et ne crée pas d’intrigue, quasiment tout est évident : les protagonistes sont sans cesse tiraillés entre la question de l’honneur et celle de l’amour, une vengeance en entraînant une autre. Au début, il y a une certaine beauté à respecter tant ces valeurs, à les tenir jusqu’au bout… Mais assez rapidement, j’y ai vu un entêtement qui devient puéril chez Chimène, bien que je comprenne totalement ses raisons, mais voilà : vouloir la mort par la mort, ça va deux minutes. Alors oui, je décontextualise en partie, parce que ça correspond aux moeurs de l’époque, mais ça m’a paru d’une lourdeur, à en effacer la justesse de ces sentiments tourmentés.
Les personnages sont plutôt tels qu’on en a l’habitude dans les tragédies (bien qu’ici il s’agisse d’une tragi-comédie), donc ils ne surprennent pas tant que ça, outre l’Infante qui est là pour servir l’éventuelle piste d’un triangle amoureux si je puis dire, mais la chose positive c’est que son amour n’empiète pas. Il reste en fond, bien qu’important puisqu’il est la naissance de celui de Chimène et Rodrigue, mais elle ne se démène pas contre vents et marées pour s’épanouir auprès de Rodrigue, c’est quelque chose d’agréable. Tout comme le second prétendant de Chimène, qui ne sert qu’à répondre au devoir, amoureux transi près à sacrifier sa vie, il n’a en vérité que peu d’importance : on en oublierait presque qu’il aime l’héroïne. Le seul personnage que j’ai véritablement aimé, détaché un peu de toute cette histoire, et surtout, qui fait un retournement de situation apportant la comédie, c’est le Roi.  La manière dont il clôture l’acte IV est purement géniale.
On ne peut nier que l’écriture de Corneille est vraiment très belle et il y a des vers sublimes, néanmoins, les alexandrins cassent pour moi la fluidité, ils écrasent. J’imagine que c’est une question de goût, mais ça a énormément fait traîner ma lecture, parce que c’est pas mon dada. Le Cid n’était pas une réussite pour moi en tout cas.


Ruy Blas. 


Et hop, passons au drame romantique maintenant! Ici, le fond espagnol n’a pas un but littéraire comme c’était le cas chez Corneille ; il s’agit d’un moyen pour échapper à la censure, parce qu’on le côté le Victor, critiquer sa société, il adorait ça. Sauf que ça passe pas toujours. Mais comme ils étaient pas si fute-fute à l’époque, suffit de changer de siècle et de pays, et on n’y voit que du feu ! Pour le petit sum-up, là encore, on a une vengeance qui fait naître l’intrigue : Don Salluste de Bazan souhaite se venger de la Reine, et pour ça, veut causer sa perte. Il demande à son cousin, Don César, disparu du monde noble, de venir tromper sa femme mais celui-ci refuse : trop d’honneur, il n’est pas un chenapan jusque là ! Alors il se rabat sur son tout nouveau laquais, Ruy Blas, qui ressemble étrangement à son cousin.. Il prend alors le rôle de Don César, et devra séduire la Reine. Déguisement qui permet une certaine mise en abîme avec du théâtre dans le théâtre, fatalité, amour impossible, critique de l’oligarchie, lyrisme des sentiments qui éclatent, du en veux-tu en voilà ! Mon sum-up est clairement pourri, mais je vous assure : cette pièce est vraiment sympatoche.

Ver de terre amoureux d’une étoile. 

Là aussi il s’agit d’une pièce en alexandrin, mais contrairement au Cid, j’ai trouvé les vers carrément moins lourds, sans doute parce que j’affectionne beaucoup l’écriture d’Hugo. Les vers s’enchaînent, mais c’est aussi dû à l’intrigue, qui est quelque peu moins évidentes : on se doute des grandes lignes, mais il y a toujours des scènes qui prennent au dépourvu, un humour très fort avec le personnage de Don César – le vrai, pas Ruy Blas – qui malheureusement n’est que dans peu de scène, mais sa présence annonce vraiment une bouffée d’air frais, du rire, du cocasse. C’est un personnage qui apporte beaucoup, qui marque. Une certaine tension est établie dans cette pièce, comme pour le Cid me direz-vous, à se demander si la vengeance va avoir lieu et quand, mais ici elle m’a paru plus forte. On craint sans cesse que la véritable identité de Ruy Blas soit découverte, ou le retour de don Salluste qui est l’ombre menaçante en fond de la pièce, et qui des fois surgit. Le suspens est très bien mené, et ça fait la force de la pièce.
Pour faire une entrée en matière avec Hugo, c’est une bonne oeuvre: on a un condensé de ses thèmes chouchous. Celui du peuple, représenté par Ruy Blas, sorte de leader des minorités qui parvient au pouvoir, qui a un fort impact, marquant son opposition à l’autocratie ; ce personnage représente aussi la misère, qu’on peut retrouver en un sens chez don César  qui après avoir utilisé toute sa richesse, est devenu voyou ; le thème de l’amour, avec l’histoire de la Reine et de Ruy Blas, qui s’aiment mutuellement mais qui, à cause de l’importance des classes sociales, ne peuvent vivre de leur passion ; la politique, notamment avec la célèbre tirade « Bon appétit, messieurs ! ». Cette pièce foisonne de sujets, c’est un bon éventail sur peu de pages, et il me semble donc pertinent de s’intéresser à l’auteur avec cette pièce par exemple.
Victor Hugo a d’ailleurs le talent pour donner vie à des caractères très réalistes, plus que chez Corneille à travers le Cid tout du moins, parce qu’il montre la droiture de l’homme, ses qualités, etc, mais également ses vices, son côté perfide, manipulateur, cruel, destructeur envers ses prochains. Le personnage don Salluste incarne très bien tout ça, puisqu’il est le maître de cette manipulation amenant destruction, mais il représente aussi cette recherche de pouvoir. Le personnage de don Guritan, majordome aimant la Reine, est aussi bien détestable, qui ne paye pas de mine mais qui au final, se révèle terrible, jaloux au possible.

Je m’attendais à vous faire un article bien moins long, mais la surprise est que je me suis (encore ?) pas mal étendue. J’aurais pu vous faire un lien entre ces deux oeuvres, parce qu’elles recèlent de thèmes communs, comme par exemple l’importance des classes sociales. Ca peut être un sujet d’étude que d’établir leurs liens malgré les siècles qui les séparent, comme quoi certains thèmes ont tendance à caractériser le théâtre classique.

Avez-vous lus ces deux pièces ? Avez-vous en tête d’autres pièces françaises qui se placent en Espagne ? 

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11 réflexions sur “2 pièces classiques d’auteurs français… Sur fond espagnol !

  1. J’ai lu le Cid pour le bac de français et honnêtement, mis à part le ‘va, je ne te hais point’, j’en ai aucun souvenir oO Je pourrais même pas dire si j’avais aimé ou pas…
    La pièce de Hugo a l’air vraiment sympa, il faut décidément que je m’occupe de son cas ! =)
    Des bisous, j’espère que tes vacances se passent bien ! =)

    Aimé par 1 personne

    • Hahaha je te comprends tellement ! Franchement, à la rentrée quand je vais devoir bosser cette pièce, je vais être foutue parce que j’ai déjà limite l’impression que je me souviens de rien aussi… Et en plus j’ai même pas réussis à trouver une analyse sur internet, y’avait pas de profil d’oeuvre en pdf, à part des commentaires de texte sur une scène y’a nada mais c’était pas ce que je cherchais.. La mort 8.8
      Ruy Blas est vraiment une chouette pièce, j’ai l’impression qu’avec Hugo je pourrais toujours rire malgré les sujets sérieux, ses personnages sont vraiment tops !
      Oh merci c’est trop choupies, elles ont été mouvementées mais globalement elle se sont bien passées ! :3 Tu pars quelque part toi ?
      Des poutouuuus ! ♥

      Aimé par 1 personne

    • J’avais lu Hernani l’année dernière ( suivi de ma première lecture de Ruy Blas en plus et du coup je m’étais embrouillée entre les deux >< ) mais je pense avoir préféré RB entre les deux ! Je me souviens en tout cas d'un vers de Hernani, " Vous êtes mon lion, superbe et courageux !", je crois qu'il va me rester en mémoire un moment :')

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    • Je n’ai pas encore lu Don Juan et comme je suis pas hyper fan de Molière je ne sais pas si je le ferais… C’est vrai que j’aurais pu mettre Beaumarchais, aussi bien avec le Barbier que le Mariage, mais je ne l’ai pas encore relu puis je pense consacrer un article à la trilogie de Beaumarchais ( faut juste que je me décide à lire la mère coupable… )
      Je ne connais pas du tout la reine morte sinon, je note le titre !

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