Bulle du mois #5 : happé par le déguisement.

Mauvaise blogueuse n’a pas pris de photo.

Un moment qu’elle n’a pas vu le jour, ma fameuse Bulle du mois. Avec la pause, je ne vous ai rien publié, et de toute manière, depuis De Rien, je n’ai pas lu d’autres BD tout simplement parce que je n’ai rien emprunté à la biblio, manque d’envie, toussa. Mais bref, je planifiais de faire un emprunt un jour ou l’autre. Au final, c’est en me posant à la bibliothèque pour attendre un rendez-vous, en pleine canicule en plus, que je me suis retrouvée à me poser pour lire une BD ( disons que le bidule pour avoir de l’eau fraîche est juste à côté des BDs, et grosse feignasse avec la chaleur, je voulais pas bouger plus loin hinhin ). J’avais entendu beaucoup de bien de cet ouvrage donc c’était le moment lectrice curieuse !

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Paul et Louise s’aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l’enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d’identité, se travestir. Désormais il sera… Suzanne.

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Ma petite coutume est de vous parler tout d’abord du dessin, et ici, j’étais assez mitigée. Certaines planches m’ont paru magnifiques, d’autres m’ont semblé un peu bâclées, faites à la va-vite, et du coup je ne sais pas trop quoi penser du dessin en général. Plutôt instable, j’ai envie de dire. Par contre, le traitement de la couleur est très plaisant, majoritairement gris, quelques touches vives de-ci de-là, principalement du rouge, symbolisant la féminité, mais aussi le sang coulé durant la guerre ; puis une seule fois, du jaune sur une chemise, peut-être un signe discret que son apparence n’est que mensonge ?

Je vous ai déjà livré cette information, mais petit rappel : les récits de guerre et moi, c’est pas trop l’éclate, ils me touchent assez difficilement. Et bien qu’ayant déjà lu des chroniques de cette BD, j’avais totalement oublié que le contexte se plaçait durant la première Guerre Mondiale. Alors, vous imaginez rapidement ma réticence au cours des pages, hophophop, voyant ce cher Paul être envoyé au front. « Ah. Bah merdouille, je vais encore passer à côté. », c’était à peu près mon dialogue interne. (envraij’étaisunpeuplusnégative) Mais, à ma grande surprise, j’ai adoré cette lecture, et avoir la période de guerre la rendait encore plus intéressante.
Chloé Chruchaudet nous dévoile l’homme qu’était Paul Grappe : était, parce qu’il s’agit là d’une BD inspirée de la biographie de cet homme. Le début se passe très vite : il rencontre Louise, tout deux se plaisent, ils se marient, puis Paul est envoyé au front. Commence l’enfer, la décadence. La mort est tout autour de lui, il n’a que le désir de retourner auprès de sa femme, mais comment être sûr d’être encore vivant ? Il prend la dure décision de se mutiler, pour ainsi être déserteur.
Fait intéressant que beaucoup apprennent grâce à cette BD, c’est qu’à la fin de la guerre, il a fallut attendre 10 ans pour que les déserteurs soient amnistiés. Même en le sachant, on se dit que c’est énorme, mais on ne réalise pas vraiment à quel point c’est ahurissant : et cet ouvrage nous en fait prendre conscience. Comment vivre, en étant déserteur ? Comment vivre, enfermé durant 10 ans, sans devenir fou ? Paul expérimente cela, vivant au début cloîtré dans une chambre d’hôtel, et le lecteur atteste de son changement. Acariâtre, il devient carrément invivable pour Louise, essayant d’oublier ses souvenirs de guerre par l’alcool, le rendant au passage violent. Réclamant son vin rouge, sa femme lui jetant sa robe au visage, l’idée surgit soudain : pour pouvoir sortir sans être reconnu, autant se travestir.

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Apparaît la libération à ses yeux, il peut enfin respirer l’air extérieur, arpenter les rues sans avoir peur du regard des autres. Le lecteur se rend véritablement compte de la dureté de ne pas être amnistié. S’ensuit l’apprentissage de devenir une femme qui ne se fait pas si facilement : son ego s’en prend un coup, c’est – pour la mentalité de l’époque – dégradant. Cependant il se prend rapidement au jeu, et c’est plutôt agréable de voir la construction de Paul à Suzanne, de voir les manies qu’il doit vite adopter, de voir cet amusement et toute la précision qu’il met à se travestir. Avec le recul des années, à notre époque, tout ça peut nous paraître totalement aberrant de voir tout ce à quoi devait répondre la femme pour… Être considérée comme femme au final. Si tu ne jetais pas la tête en arrière pour rire à gorge déployée, tu n’en étais pas une, ou bien tu étais vulgaire, etc. Au passage, on prend aussi conscience à quel point être femme était un carcan dans lequel s’enfermer. La question du couple est alors remise en question, aussi bien par le biais de la guerre – comment vivre ensemble ? – que par ce choix de se transformer en choix. On peut voir certaines planches montrant le couple distant dans leur lit, leur sexualité en pâtissant. Pourtant, Paul s’ouvre à ce sujet, arpentant les bois de Boulogne avec d’autres personnes très ouvertes sur ce sujet. Ce point là n’était franchement pas essentiel pour moi, je vous assure que je cachais aussi naturellement que possible ces pages, je devais me piquer un fard, mais je ne m’attendais pas à ça, sinon je ne l’aurais pas lu dans un lieu public…

Et lorsque sonne enfin l’amnistie à ses yeux, que faire ? Le voilà enfin libre qui exulte sa joie, Suzanne n’a plus lieu d’être, Paul peut enfin vivre sans déguisement ! Et pourtant… Ici, on a un traitement hyper intéressant, se mêle en lui les souvenirs de la guerre, mais aussi ceux de Suzanne. Parce qu’après tout, c’est Paul qui a connu la guerre, Suzanne elle est la vraie liberté, un personnage qui existe, loin de ce malheur vécu. La remembrance qui l’attire toujours un peu plus. Louise réalise que quelque chose ne va pas, que ces années à se masquer sous un autre sexe ont eu un impact qu’elle n’avait pas imaginé. Paul se voit femme, se veut être femme. Et cela l’effraie aussi, la mentalité du XXe siècle la rattrape : le travestissement n’est pas un mal pour sauver sa peau, mais au-delà.. Même elle qui se montrait le personnage le plus ouvert d’esprit de la BD n’échappe pas aux moeurs, et son mari la dégoûte. Celui-ci, déstabilisé psychologiquement, est définitivement soumis à l’alcoolisme et à la violence, s’étant totalement perdu, la question du couple s’effaçant sous les coups donnés à Louise.

La fin est un retournement total de situation, pourtant, on devrait s’y attendre. On n’imagine pas une autre fin, et pourtant, lorsqu’on tourne la page et qu’on y arrive : surprise totale. C’est fait avec brio, et j’ai dû la relire à deux reprises, n’étant pas sûre de l’avoir saisi tant je la trouvais génialissime. Je me retrouve toujours perdue, incertaine face à ce dénouement, se mêlant dans mon esprit la fin de Paul Grappe, l’homme ayant vraiment vécu, et celle que nous propose cette BD, qui reste très mystérieuse, qui veut justement laisser planer une certaine incertitude.
Cette BD est très intéressante, agréable à lire, mais cette fin est vraiment percutante, marquante, et fait selon moi la force de l’ouvrage. Sans elle, j’aurais simplement trouvé la lecture agréable et intéressante ; mais grâce à elle, j’ai véritablement adoré. Vraiment, cette fin est… Magistrale !

Ce n’est pas un coup de coeur mais en tout cas une très bonne découverte et je comprends tous les avis positifs qu’elle possède. Elle m’a l’air assez connue pour être dans pas mal de bibliothèques, en tout cas pour les grandes villes c’est une quasi certitude. ( disons que dans ma tête, si elle est à Limoges, elle est chez vous ! ) Donc n’hésitez pas, c’est une lecture rapide mais positive !

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15 réflexions sur “Bulle du mois #5 : happé par le déguisement.

  1. Je note et je vais vite voir si elle est dispo dans ma médiathèque ! (5 minutes plus tard, oui le chargement du site de ma médiathèque prend DES PLOMBES), ouiii il est en rayon \o/
    Je pense le lire cette semaine du coup =D
    Merci pour la découverte, j’espère que ça me plaira !

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  2. Pingback: C’est le premier, je balance tout ! Rendez-vous littéraire #6

  3. Ehhh mais je suis passée à côté de cet article :O Je viens seulement de le voir !! Bon, c’est pas le sujet mais ohh tu m’as trop donné envie, et pourtant je suis pas très BD. Il a l’air hyper intéressant et juste pour la fin j’aimerais lire cette BD hihi

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    • Haha tu sais, si tu loupes des articles ci pas la fin du monde hein, je t’en voudrais pas. :3
      Ah bah je suis bien contente alors si je suis parvenue à te donner envie !Mais c’est tellement ça, la fin vaut troooop le coup !

      Aimé par 1 personne

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