#4 – Jeudi, c’est poésie !

poésieNouveau numéro de ce rendez-vous créé par Nina se livre afin de décomplexer un peu le genre qu’est la poésie, de rappeler son accessibilité à tous, et de montrer nos différentes sensibilités ! Je voulais au début partir sur une poétesse pour changer un peu, mais : 1. mes connaissances en poésie sont carrément trop faibles, 2. j’en avais bien une, sauf qu’elle est tirée de mes cours d’espagnol, et que je ne trouve plus aucunes traductions, conclusion : je me triturerais les méninges pour en trouver une une autre fois haha. C’est tout naturellement du coup que j’ai pioché dans le recueil que je lis pour les cours (ci bien pratique pour alimenter ce rdv hihi), soit dans Fureur et Mystère de René Char. Et puis je suis d’humeur généreuse aujourd’hui, je vous offre deux poèmes !


Argument

L’homme fuit l’asphyxie.
L’homme dont l’appétit hors de l’imagination se calfeutre sans finir de s’approvisionner, se délivrera par les mains, rivières soudainement grossies.
L’homme qui s’épointe dans la prémonition, qui déboise son silence intérieur et le répartit en théâtre, ce second c’est le faiseur de pain.
Aux uns la prison et la mort. Aux autres la transhumance du Verbe.
Déborder l’économie de la création, agrandir le sang des gestes, devoir de toute lumière.
Nous tenons l’anneau où sont enchaînés côte à côte, d’une part le rossignol diabolique, d’autre part la clé angélique.
Sur les arêtes de notre amertume, l’aurore de la conscience s’avance et dépose son limon.
Aoûtement. Une dimension franchit le fruit de l’autre. Dimensions adversaires. Déporté de l’attelage et des noces, je bats le fer des fermoirs invisibles.

Crayon du prisonnier

Un amour dont la bouche est un bouquet de brumes,
Eclôt et disparaît.
Un chasseur va le suivre, un guetteur l’apprendra,
Et il se haïront tout deux, et il se maudiront tout trois.
il gèle au dehors, la feuille passe à travers l’arbre.


Argument est le tout premier poème du recueil, et il m’a fait grand effet directement, le trouvant très humain et juste. Je crois que vous commencez à comprendre un peu mon fonctionnement, à savoir que je cherche le plus possible des lectures qui laissent ressentir une humanité, et c’est une caractéristique qui se retrouve souvent dans mes coups de coeur. Du coup, entamant la lecture avec ce sentiment, je me suis dis que ça partait magnifiquement bien et que j’allais peut-être tomber en amour pour la poésie. Mais j’ai un peu rêvé trop vite : ce n’est pas que je n’aime pas, mais que je ne comprends pas. La poésie de René Char est hyper complexe à saisir, très honnêtement, il y a des moments où je lisais pour lire, parce que j’ai beau plisser les yeux en attendant une inspiration divine ( si si, vous savez, l’inspiration du poète, oui, comme ce tableau de Poussin ! ) mais rien n’y fait, je suis totalement hermétique à la compréhension de sa poésie, donc j’attends son étude avec impatience.

A peu près cette tête, oui. Merci Castiel pour l’illustration.

Bref, du coup, je suis quand même partie sur cet auteur, parce qu’il y a cette chose particulière qui est d’être happée par des vers, ou un poème entier, sans même le comprendre. Du coup, je fais appel à votre sensibilité (et peut-être que vous saisirez les poèmes contrairement à moi haha), parce que je trouve ça bluffant de parvenir à être captivée, surtout quand on est quelqu’un qui aime comprendre les choses, en coupant un peu le lien de l’esprit, et juste en laissant parler notre petit coeur. (quelle belle maxime)
Mise à part mon indécision, ce qui m’a fait joindre ces deux poèmes, c’est que pour chacun, il s’agit principalement d’un vers, d’un bout de phrase qui me marque, qui presque, me hante à la lecture. Pour le premier, il s’agit de « Aux autres la transhumance du Verbe« , tandis que pour Crayon du prisonnier, il s’agit de « Et il se haïront tout deux, et ils se maudiront tout trois. » Je ne sais pas pourquoi ces morceaux-là précisément, mais ce sont les passages que je trouve les plus beaux, qui m’enserrent le cœur, qui me font le plus ressentir, tout simplement.

Et vous alors, ça vous parle ? 

12 réponses sur « #4 – Jeudi, c’est poésie ! »

  1. latourneedelivres

    Si je me souviens bien, René Char était un très bon ami de Camus. (c’était le point culture potins !)

    Même si ce poème est très beau, je sens quand même une certaine complexité, que tu as aussi mentionné… Probablement pas le poète par lequel je commencerai !

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    • recolteusedemots

      Oui, c’est ce que j’ai vu ! J’ai lu pour le moment tout le recueil, excepté la partie que je dois lire pour les cours (quand t’es cheloue jourbon haha), qui du coup est « Feuillets d’Hypnos », et c’est justement dédicacé à Camus. J’ai remarqué ça tout juste ce matin, et j’ai encore eu cette pensée pour toi, je pense que je vais toujours faire cette analogie entre cet auteur et toi haha.

      Oula oui, faut pas débuter par ce monsieur, c’est un coup à se dire (enfin, renforcer l’idée qu’on a déjà bien ancrée) que la poésie est incompréhensible ! C’est le genre poète à étudier mais pas à lire pour le plaisir j’ai l’impression.

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  2. ThinkLovelyThoughts

    Ces poèmes sont d’une beauté au niveau des mots et de la façon dont ils sont liés, comme toi gros coup de coeur pour le vers  » et ils se haïront tout deux, et ils se maudiront tout trois  »
    Par contre vraiment c’est complexe, grosse incompréhension de ce que l’auteur voulait transmettre dans ses poèmes !

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    • recolteusedemots

      On ressent bien l’amour des mots et l’amusement qu’il a eu à les utiliser ! Ce vers vraiment, il est vraiment waouh, il dégage un truc super fort, mais rien que ce vers tu vois je ne le comprends pas, qui est ce « trois » qui apparaît en mode  » surpriiiiise  » ? C’est tellement dur à comprendre, j’ai terminé le recueil hier, j’ai des passages que j’ai aimé, des vers par-ci par-là, mais honnêtement j’ai l’impression de n’avoir rien saisi.. Faut pas commencer à s’intéresser à la poésie avec Char au risque de renforcer l’idée que la poésie est insaisissable !

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      • ThinkLovelyThoughts

        Je n’ai pas compris totalement ce vers non plus mais je l’ai trouvé tellement beau dans sa tournure qu’il m’a mis des étoiles dans les yeux !
        Tu m’étonne, rien qu’avec les deux que tu as partagé j’étais larguée mais alors tout le recueil je crois que mon cerveau aurait cramé ahah ! Je suis bien d’accord, je vais commencer avec du plus soft !

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  3. ploouf

    Muhuh tu me rassures, quand j’ai lu les poèmes je me suis dit « maaaais eeuh j’ai rien compris ». D’ailleurs ma tronche s’approchait fortement de celle de Castiel huhu.
    Mais c’est vrai que les sonorités sont belles, je veux dire, ça nous « parle » même si on comprend rien, ce qui est en soi assez fou, chapeau l’artiste^^

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    • recolteusedemots

      Ah non je t’arrête ! Faut pas dire que la poésie c’est pas pour toi ! ( T’AIMES PESSOA OU PAAAS ? èé ) mais la poésie de René Char, sans doute ! C’est vraiment spécial honnêtement, y’a des passages je me suis tapée des fous rires dessus, quand c’est censée parler de la guerre et que moi je comprends qu’il parle d’une femme je me dis que je suis vraiment mal barrée. xD
      Je te comprends que trop bien ! On se sent bête quand on comprend pas ALORS QU’ON EST PAS BÊTEEES !

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