« Il était reveneure; les slictueux toves / Sur l’allouinde gyraient et vriblaient; / Tout flivoreux vaguaient les borogoves; / Les verchons fourgus bourniflaient. »

Fabian Perez Man at the Bar painting | framed paintings ...
Fabian Perez, Man at the bar. 

J’aime beaucoup le genre policier, pourtant je me laisse rarement tentée. Les intrigues sonnent vite pareilles, mais même sans ça : j’ai la fâcheuse tendance de trouver les issues des enquêtes. ( Mais je me fais toujours avoir avec Sherlock haha. ) J’ai vraiment fini par me résigner et en lire que très rarement quand l’intrigue m’appelle vraiment… Pour le livre du jour, j’ai cédé à cause d’une thématique : l’univers de Lewis Carroll. Une de mes plus grosse faiblesse, alors la titiller en l’alliant à un tel genre, voilà que la curiosité prend le pas et que je découvre La Nuit du Jabberwock, de Frederic Brown.


Doc Stoeger est propriétaire-rédacteur en chef du Carmel City Clarion depuis vingt-trois ans. Exercer un tel métier est un drame dans une bourgade où il ne se passe jamais rien. Il soigne sa morosité au bar du coin, dispute des parties d’échecs avec le jeune Al Grainger et vit par procuration à travers les livres, en particulier l’œuvre de Lewis Carroll. Ce jeudi soir, jour du bouclage, Doc donnerait tout pour une information palpitante, pour qu’il arrive quelque chose. Les événements qui surviendront au cours de la nuit vont dépasser toutes ses espérances et même défier l’imagination.


Un genre mal mené (voire malmené ?) bien qu’intelligent.


J’ai l’impression qu’à partir du moment où l’intrigue n’est pas haletante dans un policier, alors le job est mal fait. Le genre tombe clairement à l’eau : qu’est-ce qu’un policier, si on ne parvient pas à être sur le qui-vive, si on n’éprouve pas une certaine tension à la lecture, si on ne suspecte pas tout le monde ou presque tant l’histoire est bien ficelée ? Le livre aurait pu être bien, bien mieux, gagné en teneur finalement s’il n’y avais pas eu cela : autant de longueurs et de répétitions. Pour être un peu mauvaise (on ne me refait pas, j’ai cette patte dans mes chroniques) la seule tension que j’avais, véritable intrigue de ce livre était de savoir quand est-ce que Doc, protagoniste, allait boire à nouveau un coup.
Parce que oui, ça a été une des principales répétitions de ce récit : le personnage ne fait que boire, s’arrête juste avant d’être pompette, puis bien sûr survient un événement dingue qui le réveille et il a besoin de s’assommer un peu avec de nouveaux verres, et rebelote. Je vous jure que c’est une boucle qui recommence jusqu’à la fin. Et puis ça n’apporte rien, ça ne fait rien avancer. Eventuellement ça met le doute, puisque oui, on vient se dire que vu tout ce qu’il a ingurgité, peut-être bien que ça lui est monté à la tête et que les retournements de situations ne sont que la création d’un esprit éméché. Mais bon, si encore c’était la seule répétition qui devenait le frein de ce titre…
Pour le plaisir de grimacer (et, je le crains, vous couper toute envie de lire ce livre alors qu’en soit il est pas mal), encore deux exemples : un personnage très important rejoint l’intrigue sous le nom de Yehudi. Sauf que bon, déjà, pour la faire simple et ça ne vous spoile rien, Doc avait dit peu d etemps avant qu’il souhaitait qu’un crime arrive dans sa bourgade trop calme histoire d’avoir quelque chose à écrire dans son journal, mais que ça arrive à un certain Yehudi car dans un comptine, c’est « l’homme qui n’était pas là ». Et bon dieu, cette phrase doit être bien répétée dix fois dans le livre, si ce n’est plus. Ou encore à propos de Miles pour lequel il ressasse « si j’avais su, je lui aurais payé un dernier verre ». Il y a eu des moments où je souhaitais vraiment sauter des lignes à cause de ça. Alors oui, c’est peut-être une manière de « noyer le poisson », de dissoudre les indices un peu trop flagrants sous l’oubli à coup de phrases ânonnées, mais à la lecture c’est juste chiant, et je ne me censurerai pas là-dessus.
Je parlais d’indices trop gros, disons plutôt que les suspicions ne sont peut-être pas assez multiples, ce qui fait que le coupable est prévisible. Le motif est, quant à lui, plus complexe, bien qu’on a les clés en mains pour le deviner. Les indices sont plutôt livrés à la pelle à mon sens.
Je n’avais pas découvert le motif, mais le coupable un peu trop vite par contre… Et la révélation de son nom, olala… Mais qu’est-ce que c’était piètre. Je ne frais peut-être pas mieux, mais sérieusement, énumérer les points caractéristiques du personnage en question comme une sorte de suspens vraiment mal fait, car en fait il y a très peu de chance de ne pas savoir de qui il s’agit. Et quand Doc se décide à en dire le nom, wouh, quel aura de mystère brisé quand il prononce « puis merde, disons son nom ».
Le défaut de ce livre, et ce n’est pas moindre, c’est vraiment son genre. Ca aurait été un thriller fantastique, ça passait plutôt bien même si on a toujours cette latence de tension. Mais l’ambiance correspond en tout cas. Mais policier… Bah non, non. Je ne sais pas si l’auteur a écrit davantage dans ce genre, mais ça ne me paraît pas être son domaine de prédilection. Il fallait tout de même que je relève un point positif dans cette partie de l’article : la scène des aveux est ce qui rend la trame de La Nuit du Jabberwock intelligente. Elle est basée sur un détail dont on ne prête pas attention, on en vient ç se dire « aaaaah, c’est pour ça que c’était inséré alors », et j’aime toujours quand quelque chose d’a priori insignifiant, dont on ne fait pas attention, devient quelque chose de central contre toute attente. C’est assez paradoxale parce que la réalisation est bien faite, le traquenard fonctionne vraiment bien et tout a été pensé, ce qui le rend réaliste, mais en même temps, la méthode employée est assez extrême que ça paraît juste fantaisiste. Cela dit, dans le fond, on sait que pour obtenir ces aveux, Doc n’avait d’autres choix.

Lire un livre, c’est presque aussi passionnant que d’écouter parler l’homme qui l’a écrit. C’est encore meilleur, dans un sens, parce qu’on n’a pas besoin d’être poli avec lui. On peut le faire taire quand on le veut en fermant le livre et en en prenant un autre. Et l’on peut ôter ses souliers et mettre les pieds sur la table.

Une oeuvre sur Lewis Carroll et son Alice.


Bon, forcément que là-dessus je suis davantage conquise même si je vais d’emblée commencer avec un point négatif, qui est le seul de cette deuxième partie je crois : des fois, le livre se fait un peu exemplier, ou pour d’autres étalage de connaissances. Ou encore, arrière goût de paraphrase… Parce qu’il est vrai que le texte d’Alice — d’ailleurs, De l’autre côté du miroir, et pas le Pays des merveilles, ce qui est très appréciable comme cette deuxième histoire a tendance a être oubliée malheureusement — est cité, il ne s’agit pas seulement de faire références à des scènes, mais vraiment d’écrire, de débiter finalement le texte de Carroll. Et franchement, ça sert une discussion, et certes ça fait partie de l’intrigue mais elle n’avance pas non plus grâce à ça. Ce bouquin, ça reste pas mal de surplace oui. Toujours dans cette même discussion, on a le droit à une biographie de Lewis Carroll, et… Mouairf, non. Je dis pas, c’est sympa en un sens, maiiiiis avec les dates et tout, t’as plus l’impression d’avoir ouvert la page wiki qu’un roman policier. Côté citations nous ne sommes pas en reste car chaque début de chapitre commence par 4 lignes, voire vers, de l’oeuvre de l’auteur d’Alice, mais le défaut, c’est que les références ne sont pas présentes. On peut se dire que comme c’est tout de même essentiellement centré autour des aventures du miroir, c’est de cette histoire que sorte ces citations mais non, pas toujours, et c’est bête de devoir enquêter si on veut savoir. Puis d’ailleurs, peut-être que ça m’a échappée, mais ces passages ne sont pas toujours en lien avec ce que comporte le chapitre, du coup j’ai eu du mal à saisir pourquoi ce roman était présenté ainsi. Par moment, on peut avoir un goût d’hommage à l’égard de ce grand auteur, mais que maladroitement, on met pour mettre.
Le titre du livre n’est pas menteur sans pour autant correspondre vraiment. C’est vrai que par Jabberwock ( d’ailleurs, il manque le y final? ), on s’attend à une créature fantastique. Ici, c’est transposé à l’être humain même si c’est dommage, c’est juste une utilisation et le titre ne révèle rien non plus, même il me semble assez mal choisi (lui aussi). Cela amène une intrigue autour des Lames Vorpales, on a une ébauche vraiment intéressante mais finalement… ça n’aboutit pas. Il y a une raison à cela, mais je trouve ça relativement dommage, j’ai un peu l’impression que la thématique Alice, qui est utilisée d’une manière innovante, dans un mariage qui fonctionne, n’est qu’une plate excuse puisque balayée d’un revers de main.


Pour autant, je vois ça comme un chouette remaniement qui permet une prolongation inexploitée de l’univers d’Alice. Pour tou.te.s les amateur.ice.s de ce monde, je pense que c’est un plaisir qui peut être satisfait, mais cela ne contrebalance pas toujours l’imperfection assez importante du reste. Ca n’en reste pas moins une lecture divertissante, je n’ai pas trop crachée à la lire, bien que oui, je ne peux nier que ça reste quelque chose d’assez superficiel. L’intrigue est assez construite parce que même le fantaisiste, finalement, se tient, mais dans le fond c’est comme s’il y avait eu un manque de matière et qu’il avait été question de boucher les trous, comme dans le journal du Carmel City. Jusqu’à ce que je prenne le temps d’écrire au sujet du livre de Frederic Brown, je ne le voyais pas aussi négativement, vous savez que j’ai toujours du mal à tempérer mes avis mais quand c’est carrément un manquement de la techniquement du genre, je ne vois pas trop comment mettre en avant ce qui est bien dans cet ouvrage. On sent que c’est un bouquin de 1950, il a assez mal vieilli, mais j’insiste : ça se lit, ça reste sympathique, mais sans plus.

9 réponses sur « « Il était reveneure; les slictueux toves / Sur l’allouinde gyraient et vriblaient; / Tout flivoreux vaguaient les borogoves; / Les verchons fourgus bourniflaient. » »

  1. Ada

    Je suis plus naïve que toi sur ce genre de lectures mais j’avoue que ce que tu dis dessus ne m’emballe pas, d’autant plus que j’aurais peut-être moins réussi à cerner pourquoi je n’apprécie pas, et ça m’aurait énervé…

    Aimé par 1 personne

    • recolteusedemots

      Je pense quand même que « naïve » ou pas, tu aurais trouvé. Il n’y avait qu’une poignée de suspects, trois max, donc le choix est restreint et tu n’es pas bête, tu aurais vite fait les liens… Je pense que les répétitions t’auraient gavé (franchement j’aurais aimé attraper ses bouteilles et lui casser sur la tête, bon dieu on se croirait dans un Zola avec les gens qui picolent de désespoir) puis tu aurais vu que ça aurait vraiment traîné… Franchement, je me demande encore pourquoi je ne l’ai pas abandonné.

      Aimé par 1 personne

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