» Vous souffrez tous sans le savoir. / On souffre de quoi ? / De perte d’étoiles. »

The Blue Window Photograph by Philippe Sainte-Laudy
The blue window, photographie de Philippe Sainte-Laudy. 

Je vous retrouve avec un roman que j’ai davantage apprécié, même s’il n’est pas non plus des plus exceptionnels. C’est dommage, parce que la trame tire assez bien son épingle du jeu en revisitant la légende de la petite souris. J’ai tout de même passé un bon moment aux côtés de La Fée des dents de Graham Joyce, qui lorsque son personnage éponyme entre en jeu, sait être un bon page turner à mon sens.

Chez Sentinelle: La fée des dents de Graham Joyce



 » La Fée des dents « , ainsi appelle-t-on la  » petite souris  » qui passe sous l’oreiller des bambins en Grande-Bretagne. Une innocente invention, un conte pour enfants… jusqu’à cette nuit où le jeune Sam Southall la surprend dans sa chambre !
Voilà qui n’était pas prévu… ni le fait que la créature, qui s’appelle Quenotte, se révèle bien différente de la fée bienveillante qu’imaginent les petits. Perverse, dangereuse, elle va poursuivre Sam et sa bande de copains tout au long de leur adolescence, rythmée par des drames affreux, et changer leur vie pour toujours…


Une oeuvre indubitablement inspirée de Stephen King.


Peut-être qu’il s’agit même d’un petit melting-pot de différents univers du maître de l’horreur comme on le nomme, mais en tout cas, un lin est irréfutable avec Ca. Je tiens à vous répéter que je n’ai toujours pas lu le livre, donc je ne sais pas non plus en profondeur, mais les mille et uns résumés lus et entendus ou encore les adaptations apportent au moins les bases. Peut-être que c’est plus proche encore, peut-être que pour des personnes connaissant bien le monde de Stephen King, c’est à la limite du plagiat (déjà je trouve que ça l’est pas mal…), je n’en sais rien.
On commence tout d’abord avec une bande d’adolescents. Ils ne sont pas le même nombre que le club des ratés, et il n’y a pas qu’une fille (enfin, une principalement, Alice, maiiiiis y’en a quand même une deuxième.) On peut leur redonner l’attribut de ratés, d’une certaine manière : les trois garçons ne sont pas les plus aimés, il n’y a qu’à voir le bizutage lorsqu’ils intègrent les scouts. Mais même de ce qu’on comprend de leur rapport scolaire, ils ne traînent qu’ensemble finalement, ils n’ont pas l’air de connaître qui que ce soit d’autres. L’un est juste invisible, l’autre est trop intello, et le troisième garçon « différent » à cause d’un accident survenu quand il était enfant, la perte de deux de ses orteils. (je ne vous spoile rien, c’est le premier chapitre du livre.) Mais les grosses ressemblances avec le clan commence là : intervient Alice, qui très vite se montre comme une fille très précoce sexuellement. Sauf que là, je dirais que c’est vraiment le cas, tandis que la Beverly de King, c’est toutes les rumeurs qu’on lui colle au dos. Là, pas de spoile non plus, vous le sentez très probablement venir parce que topos littéraire : on a un triangle amoureux. Un peu comme dans Ca, ou tous les garçons en pincent pour la seule fille de la bande. On ne leur en voudra pas, dirons nous, c’est l’adolescence.
L’autre influence essentielle, ce sont les créatures de ces deux histoires respectives. Déjà, tirons le lien à la magie de l’oeuvre de Graham Joyce : il prend un personnage directement joins au fantastique, puisque issu de l’univers des contes, la Fée des dents. L’autre côté ésotérique, c’est bien sûr la capacité de cette fée, ici nommée Quenotte, à se métamorphoser selon un principe que j’aborderai dans la partie suivante, qui correspond aussi à Pennywise. Comme pour le clown, d’ailleurs, son influence néfaste est dangereuse, diffuse. Tandis que l’un pollue la mentalités des habitants de Derry, ou va amener la dissension entre les amis du club des ratés, chez Graham Joyce, ce n’est pas tant différent. Même si Sam est le seul à pouvoir voir la fée, elle touche également son entourage, peut pousser les autres à commettre des actes avec des conséquences énormes.

au sein de cette lutte pour la suprématie qu’on appelle « grandir », ils attaquaient d’ordinaire sans pitié la moindre faiblesse de leurs condisciples.

Lorsque je lisais ce livre, je sentais une influence puissante de ce titre connu, mais je ne l’assimilais pas non plus à un plagiat.. C’est vrai qu’en écrivant cette partie, je n’en suis pas si sûre, parce que c’est tout de même très proche… Peut-être que le fait de ne pas avoir plongé dans l’univers de King m’a tenue éloignée de trop fortes ressemblances sur le coup. Autre point, d’ailleurs, que je ne sais pas trop où placer : si vous aviez lu mes Pérégrinations #12, vous vous rappelez peut-être de ma critique face à l’apparence du Pennywise de 2017. Et bah étrangement, je trouve que ce visuel correspond bien mieux à Quenotte, mais peut-être à tort : c’est vrai que cette adaptation m’avait fait pensé à une souris, et comme la fée des dents en français, c’est la petite souris… Mais même en dehors de ça, je trouve que son aspect moqueur convient bien mieux à Quenotte qui a cette perfidie, et joue aussi sur le fait qu’elle parvient à s’insinuer autant dans l’esprit : c’est comme si tout ça n’était qu’un jeu pour elle.

J’ai été obligé de m’habituer à ce que tout m’échappe. On ne peut pas retenir la vie au creux de sa main. Il faut s’habituer à perdre. C’est la seule chose que je sais.

Un roman initiatique ?


Ce qui est souvent le cas, quand on a une bande d’ado comme protagonistes. Même : l’histoire commence quand ils sont encore petits, jusqu’à ce qu’ils deviennent ado/jeunes adultes, en âge d’aller à l’université. On a donc le thème de l’émancipation, les tentatives pour essayer de nouvelles choses, comportant souvent le goût du risque ou se contrefaire de l’autorité en faisant des conneries. Cependant, je trouve cette bande assez stéréotypée, qui grosso modo se résume à picoler, fumer, faire des tests stupides aka les quatre cent coups, les filles / les garçons, et le sexe. Et quand ça intervient à 13, 14 ans, boudiou mais je désespère, où est passée l’innocence des gamins ? D’ailleurs, sexe, je trouve que c’est de trop à mon goût. Bon, comme d’hab ça n’est pas essentiel, mais encore un lien ou deux pourquoi pas mais mais là c’est juste trop.
Roman initiatique, aussi, grâce à Quenotte qui incarne elle aussi les peurs les plus profondes de Sam. On y retrouve la peur de grandir — et quoi de plus symbolique que la perte des dents de lait ? , d’affronter les choses, peut-être la vie et ses complications, mais la peur également lorsqu’on se retrouve face à ce qu’on ressent mais qu’on ne le comprend pas. ( spoile : Quenotte se nourrit des sentiments éprouvés, et finalement n’est pas très différente d’une incarnation des émotions de Sam. ) Avec ce type de lectures qui reprennent cette idée, le.a lecteur.ice est iel-même amené.e à se confronter à ses peurs et non plus à les fuir plus longtemps. C’est d’autant plus vrai face à la question des sentiments, car souvent on cherche à les esquiver, on veut les faire taire, prétendre qu’elles n’existent pas, mais c’est aussi ce déni qui fait dégénérer une situation car accepter un ressenti, aussi violent qu’il peut être, juste le laisser être pour qu’il s’en aille plus vite est la solution contrairement à le bloquer, le retenir involontairement parce qu’on le refuse, ou qu’on ne le saisit pas. C’est finalement leur donner trop d’importance. De cela on peut tirer une relation contradictoire de haine/passion : on déteste ce qu’on éprouve, mais en même temps il y a cet aspect « rassurant » qui vient du fait qu’on connait que cela. On peut le relier à tellement de choses, que ce soit la peur elle-même ou les maladies, que sais-je encore. Des chose qui nous révulse parce qu’elles nous font souffrir mais qu’involontairement, on retient ardemment, comme si toute notre vie dépendait de leur présence alors que c’est l’inverse. Quenotte est clairement cette incarnation, ce rapport ambiguë et destructeur.

Linda était devenue une adolescente, un mot que les adultes semblaient prononcer en italique – avec un frisson, une certaine exaspération et un vague dégoût. Une adolescente. De toute évidence, il arrivait quelque chose aux enfants lorsqu’ils devenaient adolescents. On portait ce mot telle une bosse sur le dos, une marque d’infamie. « Maintenant que c’est une adolescente… », disaient les parents, comme s’ils avaient en fait pensé : « Maintenant que c’est un vampire… » ou « Maintenant que c’est un loup-garou… »


 

C’est donc la fée qui selon moi, fait la richesse du roman. En réalité, je ne l’ai apprécié que pour celle-ci, car sa complexité, son aspect énigmatique du moins ont apporté beaucoup. Je comptais le faire plus tôt, mais finalement, je vous offre pour la fin une petite démonstration de Quenotte.

« L’être se releva et se mit à faire les cent pas en tripotant les affaires de Sam. […] Trébuchant sur le château fort en plastique posé par terre, il lui décocha un violent coup de pied qui le propulsa à travers la chambre, tandis que les soldats miniatures tombaient des créneaux. […] Quenotte lâcha un rugissement de colère assourdi, et planta les ongles d’une main dans la paume de l’autre. […] 
– Pourquoi est-ce que tu fais ça, putain de merde ? Pourquoi ? Tu sais que quand je me suis aperçu que tu me voyais, j’ai bien failli t’arracher les yeux ? Pour de bon ! Je pourrais encore le faire ! »

Ce que Quenotte retranscrit est vraiment intéressant, juste, et rarement montré à la lumière. Dans un même temps, on peut y lire un peu ce que l’on souhaite, Quenotte est l’intériorité de chacun.e.

9 réponses sur «  » Vous souffrez tous sans le savoir. / On souffre de quoi ? / De perte d’étoiles. » »

  1. L'ourse bibliophile

    Effectivement, il y a l’air d’avoir de nombreux parallèles à faire avec Ça. Par contre, j’avoue que le personnage de Quenotte m’attire pas mal. Il n’est pas impossible que, si un jour ce roman croise ma route, je lui laisse une chance uniquement pour cet être qui semble à la fois intime et dérangeant.

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    • recolteusedemots

      Je pense que si j’avais lu le bouquin de King, j’aurais grincé des dents parce que ça aurait été peut-être trop similaire.
      Ah, chouette ! J’aimerais bien savoir ton avis à ce sujet. Franchement, Quenotte est un personnage tellement riche, dommage que les autres perso ne suivent pas.. A l’occasion, je pourrais même te prêter mon livre si tu le souhaites pour ne pas l’acheter, et si ta biblio ne l’a pas. Il peut voyager un peu le loustique. c:

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      • L'ourse bibliophile

        J’avais déjà un peu grincé des dents pour un autre bouquin qui m’avait un peu trop fait penser à Ça… Colorado Train, de Thibault Vermot. J’avais trouvé que les similarités étaient un peu trop nombreuses…
        Ah ben pourquoi pas ! Pas maintenant parce que les deux prochains mois vont être chargés, mais après mon déménagement, je ne dis pas non ! (Sauf si ma future bibliothèque le possède !) Par contre, encore faut-il que je me souvienne de ta proposition dans trois mois… ^^

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      • recolteusedemots

        Je ne connais pas du tout ce livre. j’ai été voir le résumé, et rien que « le gros Don s’efforce d’échapper aux brutes du lycée »… Je veux bien que c’est souvent par le physique que tu te fais harceler mais les schémas répétitifs sur cette thématiques, mouairf. C’est vrai que sinon, on peut se dire « ok, un thriller », mais comme là j’avais Ca en tête, ça semble gros en effet : un enfant qui disparaît, retrouvé à moitié dévoré, la Chose, la chasse,l’enquête… Ecoute, je passe mon tour. ^^’
        Et encore faut-il que je m’en souvienne également ! Sauf si je le sors de ma biblio avec un post-it « POUR L’OURSE » bien mis en évidence jusque là.

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      • L'ourse bibliophile

        La conclusion de l’histoire ne ressemble pas à Ça en revanche, mais voilà, tout le long du livre, j’ai bien eu l’impression de lire un remake, donc je n’ai pas partagé l’enthousiasme que ce bouquin a pu susciter même si je lui reconnais des qualités.
        T’embêtes pas, on verra bien ! Je vais essayer de faire travailler ma mémoire ! (Ou je le note dans un coin ? ^^)

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      • recolteusedemots

        Disons qu’au départ tu n’avais pas pour but de lire un remake quoi, si ça avait été « déclaré » ou juste noté qu’il y avait une inspiration de Ca, peut-être que ça serait mieux passé.
        Non t’inquiète, je pense que je devrais le garder dans un coin de ma tête en bazar haha.

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  2. Plouf

    Je sais pas si je le tenterai parce que j’aime pas avoir peeeeur T_T
    Voilà.
    Sinon c’est vrai que l’idée de reprendre un personnage de « conte de fée », de légende de l’enfance pour en faire un méchant est assez chouette !
    Des bisous ♥

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    • recolteusedemots

      Moooh choupette ! Il est pas trop terrifiant franchement (voire pas du tout, m’enfin après c’est toujours relatif à chacun ! Disons plus dérangeant qu’effrayant, c’est pas du King non plus ! )
      Oui c’est l’idée principale qui m’a séduite, prendre un perso a priori tellement inoffensif pour en faire quelque chose de tout nouveau, c’est intelligent !
      Zoubis. ♥

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