« L’une était une Voleuse de livres. L’autre vola le ciel. »

 

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Répond au challenge Baker Street : Les Plans du Bruce-Partington

Ce roman est le premier que je relis pour le plaisir. A part de la relecture en vue des cours, je n’ai jamais pris les temps de reparcourir un livre qui me faisait envie. Je suis de ceux qui fonctionnent en se disant « mais tu as déjà tant de livres à lire, pourquoi en relire un ? ». Mais parfois, l’envie pointe le bout de son nez, elle nous obsède en nous rappelant des bribes de l’histoire…  jusqu’à ce que l’on cède. La Mort est peut-être hantée par les humains ; je pense que pour ma part, je suis hantée par la Voleuse de livres.

Elle lui donna une raison d’écrire ses propres mots, de constater que les mots l’avaient aussi ramenée à la vie.

J’ai détesté les mots et je les ai aimés, et j’espère en avoir fait bon usage.

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Aurélien de Louis Aragon.

L’heure est grave, récolteurs/ses. Après moult lectures en vue de la rentrée qui se sont révélées négatives (cf Le Cid, Les Paravents, l’Oeuvre au Noir), je peux enfin crier haut et fort que j’ai fais une découverte qui m’a tout simplement chamboulée, et qui s’impose sans trop de doutes comme un coup de coeur. Et pour être honnête, ça faisait un bout de temps qu’un roman ne m’avait pas autant secouée, ne m’avait pas fait passer par tant de sentiments. Il y avait eu le mois dernier Contrecoups qui m’avait bien remuée, mais j’étais restée dans une palette à peu près similaire de sentiments, et en y réfléchissant bien… La dernière fois que j’étais passée par un peu tous les sentiments, c’était en juin avec Océan Mer d’Alessandro Baricco. Donc je ne m’attendais absolument pas à revivre ça avec Aurélien, partant sur l’appréhension d’être encore une fois déçue.
Comme on est sur un format de 700 pages écrit tout pititrikiki, vous vous doutez bien que la chronique risque de s’éterniser quelque peu, surtout que je ne sais pas trop comment en parler, tellement c’est… Une grande oeuvre.

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Aragon nous décrit l’histoire d’amour entre Aurélien, jeune lieutenant rentré du front, et Bérénice, provinciale en visite à Paris. La passion qui naîtra de leur rencontre a pour toile de fond le Paris de l’entre-deux-guerres, prétexte à la description d’une nouvelle société surréaliste.

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Contrecoups, de Nathan Filer.

IMG_20170720_145447Découvert en premier sur les étalages d’une librairie, cette couverture tout juste splendide (  On en parle ? une beauté. ♥ ) avait attiré mon attention. J’ai donc bien répondu à la lectrice superficielle qui craque sur le visuel, comme à chaque fois avec les éditions 10/18. Un bref coup d’oeil au résumé, attrapant brièvement le mot « schizophrène ». Juste avec ça, c’était une évidence : il me le fallait. But sad story bro, je n’avais pas d’argent. Alors, vous m’imaginez, arpentant des mois après la seule librairie de ma petite ville campagnarde, qui plus est est anglaise, et d’un coup tomber sur le dos de ce magnifique livre-objet ? Je lui ai fais un gros câlin en mode « j’te lâche plus maintenant ! »

A peu près ça.

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Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Hanté par la mort de son grand frère, lors de vacances à la mer, dix ans auparavant. Hanté par la culpabilité. Hanté par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps : dans le bruissement des feuilles des arbres, dans le crépitement des bougies d’anniversaire, dans le murmure de la marée… Dernier lien qui l’unit au frère disparu pour Matthew ; « hallucinations de commande », disent les médecins.

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Le risque, en succombant subitement, c’était de le lire en anglais. Je suis encore loin d’être bilingue bien que je me débrouille, mais il faut savoir que j’ai peu lu en VO anglais, je crois même que c’était seulement ma troisième tentative. Je pense que ces derniers temps j’avais un peu perdu de ma maîtrise de la langue, mais quand même.. J’ai du lire ce livre face à mon ordi, avec wordreference ouvert. Il faut juste être habitué au niveau de langue familier voire vulgaire, avec beaucoup d’expressions courantes. J’ai pu me faire une jolie ( et grande ) fiche de vocabulaire mais au moins, ce qui est ultra chouette, c’est que l’auteur varie vraiment les mots utilisés, ça apporte quand même beaucoup pour rendre la lecture très agréable. Si j’ai envie de le relire à l’avenir, je pense que j’essaierais de me le procurer en français, parce que je ne suis pas forcément sûre d’avoir tout tout compris tout le temps, that’s the hic.

Sometimes
______________ the 
_____________________ wall 
_______________________________ breaks 
______________________________________________ completely 
It’s then 
___________________________ that
______________ the 
________________________________________ nightmares come. 

Il me faut tout de même reconnaître que m’arrêter fréquemment pour noter les mots qui me manquaient, c’était déroutant, déstabilisant, et que oui, ça m’a un peu perdu. Mais est-ce un bémol ? Que nenni, ça m’a même beaucoup apporté, ça a rajouté de la confusion, chose très pertinente avec un tel récit, parce que découvrir sa personnalité et se positionner dans la tête d’un schizophrène… Hé bien oui, c’est fichtrement confus. D’ailleurs, la construction du roman est assez particulière, j’ai envie de dire embrouillée : la notion du temps est assez complexe, personnellement j’ai eu du mal à situer les époques puisqu’on peut très bien suivre Matthew au moment où il a 19 ans et qu’il est à l’hôpital nous parler de son enfance quand il en avait 6, pour juste après passer de sa vie solitaire dans son appartement. J’étais tellement perdue un moment, à ne plus savoir s’il était encore interné, ou s’il était de retour dans son appartement, que je me suis arrêtée et que je me suis dis « aaah, j’ai l’impression d’être folle ! ».Et j’ai trouvé ça franchement super. L’auteur, par la simple construction du récit, nous embrouille, nous rapproche vaguement de ce qu’une personne souffrant de maladie mentale ressent : confusion incessante, non discernement de la réalité et de l’imaginaire, un certain trouble de l’identité, etc. Et ça, c’est quand même un joli coup de maître, surtout pour un premier roman, alors je fais clap clap Mr Filer.

La relation entre les personnages n’est pas aisée, mais je l’ai trouvé très belle. Elle relate très bien la complication que fait naître la culpabilité de Matthew, les troubles de sa mère qui a recourt à une médication, justement par le rapport mère/fils qui devient très complexe, qui se déchire et qui se renoue. Il y a le message de l’amitié qui est divulgué dans toute sa véracité, à savoir que les relations viennent et repartent, qu’une amitié n’est pas forcément éternelle mais qu’elle a tendance à être temporaire, à être à un moment donné de notre vie et qu’il ne faut pas avoir de regrets par rapport à ça, disons que c’est le cours des choses. J’ai beaucoup aimé le rapport Matthew/Annabelle, qui semble au début insignifiant et qui renaît vers la fin, plein d’entraide par le biais de l’écoute. La plus belle relation est nettement celle de Matthew et sa grand-mère Nanny Noo, à la première mention il ne paye pas de mine, mais durant l’adolescence du protagoniste, leur rapport grandi, devient fort, c’est une belle complicité qui reste néanmoins discrète. C’est vraiment un duo touchant.

Mental illness turns people inwards. That’s what I reckon. It keeps us forever trapped by the pain of our own minds […]. I’m stuck looking inwards. Nearly every thought I have is about me – this whole story has been all about me; the way I felt, what I thought, how I grieved. 

C’est donc avant tout le sujet de la maladie mentale qui m’a attiré vers ce roman, parce que c’est quelque chose qui me touche tout particulièrement et qui me fascine. ( Je vous ferais un On se livre dessus parce que je compte découvrir beaucoup de bouquins sur ce thème, et je pourrais vous parler plus en détails du pourquoi ça me touche et me fascine ! ) Nathan Filer sait de quoi il parle, puisqu’il est infirmier psychiatrique, donc le sujet est bien maîtrisé, pas de doutes à se faire dessus. On pourrait croire à une part autobiographique, que ce soit pour l’autre thème fort, celui du deuil, que celui déjà évoqué, tant le roman est fort. Mais l’auteur affirme qu’il n’a absolument pas vécu cela, et je trouve ça incroyable qu’il réussisse à créer quelque chose avec tant de réalisme, de sincérité. Ayant une santé mentale assez fragile, je me suis beaucoup retrouvée dans l’état de Matthew, sa personnalité, ses sentiments. Même si on ne souffre pas de schizophrénie mais d’une autre maladie mentale, je pense que c’est un état assez commun dans ce cas là, un peu comme si c’était le coeur des diverses maladies. Donc forcément, j’ai été encore plus frappée par ce qui est raconté, me retrouvant énormément dans ce personnage principal, comprenant quasiment tout le temps ce qu’il voulait dire mais n’y parvenant pas forcément, ce qu’il ressentait. Même sa culpabilité et la raison de celle-ci résonnaient avec mon vécu, pour vous dire. C’est un personnage complexe, torturé, qui parfois peut sembler énervant voire détestable pour certains, et je peux concevoir le pourquoi, mais il faut garder en tête – et ce n’est pas une excuse, mais la triste de réalité de ces maladies – que ce n’est en aucun cas de sa faute. J’ai aimé son rapport à l’écriture et au dessin également, ses deux passions, qui sont aussi les miennes, et pour tout deux elles nous servent d’exutoires. Je vais beaucoup chérir le personnage de Matthew Homes, parce qu’il m’a fait me sentir bien moins seule.

I think personalities are hidden in these details, and if you capture them properly, you capture the person. 

Je pourrais encore vous parler de tout un tas de choses sur ce roman, mais il me semble que cette chronique se fait déjà assez longue haha. Il y a bien sûr quelques petits défauts, notamment des fils d’intrigues survolés qui auraient nécessité un peu plus d’approfondissement — je pense notamment à l’Oncle Arnold. Mais c’est un roman qui a su me faire monter les larmes aux yeux ( j’avoue, je les ai refrénés pour éviter qu’elles coulent. ) , donc pas de grande surprise à dire qu’il est imposé comme un coup de coeur. Je pense que c’est un must read sur le sujet des maladies mentales, en tout cas c’est une merveille !

We move in circles, this illness and me. We are electrons orbiting a nucleus. 

 Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Détective Agonisant  

Océan mer, d’Alessandro Baricco.

IMG_20170616_172905Si vous êtes des fervents Récolteurs•ses, ceux•celles de la première heure ou juste des gros chtarbés que j’aime d’amour à avoir épluché tous les articles du blog ( même si vous les avez pas tous regardés, je vous aime d’amour ), vous savez que cet auteur a déjà fait son apparition dans l’une de mes bubulles. Et bien oui l’ami, je l’avais découvert avec son sublime roman Mr Gwyn qui s’est direct imposé comme l’un ( si ce n’est le ! ) de mes romans préférés. Effrayée mais foutrement excitée en même temps, je rêvais de découvrir sa plume à nouveau, et j’ai jeté mon dévolu sur Océan mer. De un, parce que cette chère Ambroisie l’avait lu ainsi que Floavril donc j’étais fortement intriguée, mais aussi parce que par pur hasard, flânant chez Cultura avec le désir de repartir avec un bouquin, j’ai eu envie d’un Baricco et il n’y avait que celui-ci. Mais alors, quelle surprise !

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Au bord de l’océan, à la pension Almayer, «posée sur la corniche ultime du monde». Sept chambres, sept naufragés de la vie qui sont venus là pour prendre congé d’eux-mêmes et tenter de renaître, de recoller les morceaux de leur existence. Un mystérieux habitant dans la septième chambre,d’étranges enfants qui tels des anges gardiens hantent la maison et l’âme de ses hôtes. Tous là, à chercher quelque chose, en équilibre sur l’océan. Il y a bien longtemps de cela, ces destins et d’autres rencontrèrent la mer en revinrent marqués. Ce livre les raconte, parce que en les écoutant, on entend la voie de la mer. Il peut se lire comme un récit à suspens, un poème en prose, un conte philosophique ou un roman d’aventures. Ce qui domine en tout cas, c’est la jubilation de raconter des histoires, à travers une écriture et une technique romanesque sans modèles ni antécédents.

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Je vous annonce la couleur dès le début ? Bien que, ouaiiiis vous vous en doutez, c’pas trop étonnant. Océan mer est un coup de coeur de fou de waouh ! Il faut vous dire que dès ma lecture de Mr Gwyn, l’auteur s’est imposé comme un maître pour moi ( si si, j’exagère à peine ) puisqu’il m’a donné envie de lire toute sa bibliographie. Et c’est une chose que j’espère tenir, sincèrement : lire tous les bouquins de Baricco. Je trouve ça tout simplement fascinant qu’à la lecture d’un seul de ses livres, lors de ma première découverte, qu’une telle volonté soit née et qu’elle se soit renforcée en poursuivant avec un deuxième roman. Si vous avez lu cet auteur et que vous me conseillez un titre en particulier, je suis toute ouïe ! Pour vous donner une idée, dès que je tombe sur une citation venant de lui, notamment sur tumblr, je m’empresse de le rebloguer avec la volonté d’y écrire un « Baricco mon amour ». Ouais, assez effrayant, mais je pense avoir trouvé un de mes auteurs préférés. Quand on aime, on ne compte pas, et je suis dans la démesure lorsqu’il est question littérature !

Tu as des rêves, une chose à toi, intime, mais la vie en fait, elle ne veut pas jouer à ça, et elle te les démonte, un instant, une phrase, et tout se défait. 

Le hic, c’est que vous parler de ce bouquin, c’est terriblement compliqué tant l’intrigue part dans 7 directions diverses ( oui, 7, le nombre de personnages ). Tout semble distinct, indépendant, mais que nenni, tout est interdépendant oui. Les histoires se rejoignent, se mêlent, et en parler devient complexe à cause de sa richesse. De toute manière, je ne saurais vous trouver une trame précise, pour moi il s’agit simplement d’apprentissage de personnages, mais aussi de vie. Ca paraît simple, mais quoi de plus compliqué que la vie ? Ce roman est d’une beauté intense. Les personnages aident à cela, des personnalités diverses donc certaines sont mêlées à une dimension quelque peu fantastique, du farfelu naissent d’eux mais ils nous permettent un voyage tellement riche ! Chacun d’entre eux m’ont semblé touchés par une forte nostalgie, comme un nuage planant au dessus de la pension Almayer. Mais cela ne créait pas obligatoirement une tristesse, juste une atmosphère singulière, et bizarrement j’ai trouvé que c’était ce qui m’avait happé, ce qui caractérisait tant ce roman. Ces remembrances étrangères, dont on ne sait rien mais qui semblent au cours du roman faire partie de nous. C’est étrange et difficile à décrire, parce que c’est la première fois que j’ai eu ce sentiment dans un bouquin : me sentir nostalgique par rapport au passé des personnages alors que je ne le connaissais pas, que je ne le découvrais qu’au fur et à mesure, comme si sans même le savoir tout ces personnages étaient une part de moi. C’était un sentiment magique, et je vous souhaite de pouvoir l’expérimenter ne serait-ce qu’une fois.

— Plasson, mais depuis quand sommes-nous ici, nous ? 
— Depuis toujours, madame. 
— Non, je vous parle sérieusement. 
— Depuis toujours, madame. Sérieusement.

Et je terminerais là-dessus, puisque cela me semble être la puissance d’Alessandro Baricco : son écriture. Un grand chapeau à la traductrice qui a du s’arracher les cheveux pour rendre la beauté de ses mots, de son inventivité, de sa musicalité, c’est réussis avec brio, et si vous avez la chance de lire en italien faites le, je me dis que ce doit être encore plus sublime ! Ici se présente une écriture différente de celle présente dans Mr Gwyn, bien qu’avec des similitudes. Toujours ce langage un peu cru, franc, direct, notamment dans la deuxième partie, le Ventre de la Mer (qui répond par ailleurs au challenge Baker Street !). Sa poésie ne le quitte pas, mais ici, l’auteur joue énormément sur la forme, découd la forme classique du roman : les dialogues sont flous, on ne sait plus qui parle ; les phrases se brisent soudainement pour reprendre en plein milieu de page ; de longues phrases ou bien juste des mots ; … Je ne sais comment vous l’expliquer, mais la mise en page innove, parfois naît l’impression d’être face à un premier jet où l’on testerait de nouvelles choses, où l’on reprendrait une phrase bien plus tard après avoir refermer le carnet dans lequel on écrivait.
Sans parler tout simplement de la rédaction. Je l’ai déjà dis, mais poétique, intensément poétique. C’est un flux, à aucun moment l’écriture n’est figé. Véritable musique, Baricco semble même réussir à transformer les mots en un remue de vagues, et c’est d’une beauté frappante.

Ce livre est tellement spécial que oui, malheureusement il se peut qu’il vous bloque totalement, qu’il vous laisse vagabonder seul sur la plage, ne pouvant entrer dans la pension Almayer. Mais si vous parvenez à être immergé dedans, alors c’est pour un voyage troublant, remuant, mais ô combien fascinant à vivre. Et je pense que pour ma part, il m’a aidé à recoller les morceaux de mon existence, en me sentant moins seule grâce à cette variété de personnages.

Je voulais dire que la vie, je la veux, je ferai n’importe quoi pour l’avoir, toute la vie possible, même si je deviens folle, peu importe, je deviendrai folle tant pis mais la vie je ne veux pas la rater, je la veux, vraiment, même si ça devait faire mal à en mourir, c’est vivre que je veux. J’y arriverai, n’est-ce pas ? 

Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Gloria Scott 

Celle dont j’ai toujours rêvé, de Meredith Russo.

IMG_20170406_113024Et si on revenait sur quelque chose d’un peu plus dans l’actualité littéraire ? Comme je lis principalement au gré de mes envies, je ne m’axe pas vraiment sur les rentrées littéraires ou sur le bouquin qui passe entre la majorité des mains des lecteurs. Sauf que cette fois-ci, j’ai un peu fais le mouton avec un bouquin sorti le 2 février de cette année. Un mois plus tard, il était en ma possession, et encore un mois afin de ne pas le dévorer tout de suite, le voilà à présent lu et adoré ! Je suis bien contente que ce bouquin soit tombé entre mes mains, parce que ce fut une pure merveille, un de mes chouchous. ♥
Je tiens à m’excuser si j’utilise de manière maladroite un mot, vous pouvez bien évidemment me le faire remarquer pour que je le corrige, je ne tiens pas à offenser qui que ce soit.

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Amanda Hardy arrive dans un nouveau lycée. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s’intégrer. Mais malgré sa popularité, un secret l’empêche de s’ouvrir aux autres. Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient à lui faire baisser sa garde. Amanda comprend que pour être heureuse, elle doit se révéler, au risque de tout perdre. Car le secret d’Amanda c’est qu’avant, elle s’appelait Andrew. Celle dont j’ai toujours rêvé est un récit universel et une fantastique histoire d’amour.

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Déjà, on en parle de cette couverture, avec Kira Conley dessus ? Elle est tout bonnement sublime, elle attrape l’oeil, et parfois c’est tout ce dont on a besoin pour être happé vers un roman. Et faut admettre qu’à force de la voir, de la revoir, et de faire waouh stupidement, ben je me suis penchée dessus, et j’ai découvert que ce bouquin s’inscrivait dans le thème LGBT+, et plus particulièrement en exploitant le sujet de la transsexualité.

Meredith Russo, étant elle-même transsexuelle, s’inspire de son propre parcours tout en tournant le tout à la fiction. Elle joint d’ailleurs une note de fin, que ce soit pour les personnes cisgenres ou transgenres, spécifiant que l’histoire d’Amanda n’est qu’une histoire parmi tant d’autres, et qu’elle n’est pas universelle, il ne faut pas la prendre pour exemple puisque beaucoup de personnes n’ont pas vécu la même expérience. Peut-être que pour certain, ce message peut sembler inutile parce qu’évident,  mais ça reste une belle intention de délivrée puisqu’il est aisé de prendre cette histoire comme référence, mais faire cela casserait un peu plus certaines personnes, se sentant peut-être anormales si elles n’ont pas vécu ce qui est ici narré. Elle explique également qu’elle y a associé un aspect un peu caricatural, c’est-à-dire le garçon qui aime les garçons, et qui souhaite devenir une femme, porter jupes et robes, être belles, etc. Ce côté un peu cliché peut en gêné certains mais reste au final assez pertinent, puisqu’il est tout de même plus simple d’introduire un sujet tabou, un sujet encore trop peu traité avec une image plutôt générale pour faciliter la compréhension, pour une première prévention si je puis dire.

En parlant, j’ai repensé à ce que Virginia m’avait dit des semaines plus tôt, que pour être heureux, il suffisait d’accepter qu’on le mérite.

On s’y attend forcément, mais la vie qu’a mené Amanda n’est pas des plus joyeuse, passant par harcèlement, dépression, tentative de suicide, etc. Des thèmes forts, poignants, et l’on peut s’attendre à ce que le roman prenne un tournure mélodramatique, mais que nenni ! Meredith Russo fait un travail très intéressant où elle contrebalance les émotions, et je dirais qu’il y a autant de négatif que de positif, autant d’amour que de dégoût. Elle nous offre un beau mélange de tout ça, pour au final retracer le parcours émotionnel de tout être humain, tout en délivrant de l’espoir : même dans les pires moments, même dans ceux durant des années, on peut parvenir au bonheur. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est la plume de l’auteure-trice qui selon moi, permet une grande fluctuation. Sur ce qui est de la question du langage, Bergson et Nietzsche ont une position philosophique qui met plaît beaucoup, qui est ( grosso modo, faisons simple et essentiel ) que le langage entrave les sentiments, qu’il les fige dans le temps, les accorde à un instant T et qu’en un sens, il les rend faux puisqu’ils ne correspondent pas à cette fluctuation interne que sont les sentiments. Et dans ce roman, il y a ce travail très intéressant qui fige à certaines moments des sentiments, notamment ceux dans sa vie passé, lorsqu’il s’agissait encore d’Andrew, mais malgré tout cela, il y a un certain mélange, Meredith Russo ne fait pas passer qu’un sentiment à chaque fois, mais vraiment un condensé d’émotions, parfois même un flou, mais c’est ce que ressent le personnage principal. Tellement de choses qu’elle ne peut les résumer à un mot, et même lorsqu’elle ne pare pas spécifiquement de sentiments on sent que le personnage en est pourtant traversé. Ici, dans cette plume, les mots ne bloquent rien, n’entravent rien, et le lecteur ressent pleinement.

Je me suis demandé si Bee savait combien ressentir était un privilège, si elle savait combien c’était effrayant, d’être anesthésiée de tout. Qu’on avait l’impression, parfois, d’être enfermée dans une pièce obscure sans porte de sortie. 

Cessons cette aparté philosophique et revenons donc au thème central, la transsexualité. Pour une introduction au sujet, pour un premier intérêt, c’est vraiment le top franchement, c’est une très bonne approche qui est très touchante. L’intérêt d’en avoir fait un bouquin young adult, c’est que c’est souvent vers cette période là, dans l’adolescence, qu’on est le plus perdu, avec énormément de questionnement. Et ce genre de livres sont là pour faire un repère, une sorte de bouée de sauvetage si l’on veut, pour rassurer les jeunes adultes qui peuvent avoir ce genre de remise en question. En faire un livre jeunesse aurait pu être bien aussi, mais c’est encore plus dur à traité pour cette tranche d’âge, donc ça reste une bonne chose d’en faire un YA, puis ça vulgarise ce genre de sujets encore trop méconnus. ( Je dis oui au milieu LGBT+ dans la littérature, voui voui. ) De manière plus générale, on a la question du genre qui est très forte, et je trouve qu’être confronté à un personnage qui fait le choix de changer d’identité de genre – jusqu’à l’opération – nous oblige presque à nous questionner sur notre propre positionnement, ce que l’on pense de notre identité, si l’on est d’accord avec la case qui nous a été associée de naissance suite à nos organes génitaux ou alors si on va plus loin que tout cela. Après, le bémol, c’est qu’on pourrait croire qu’être transgenre ne se résume qu’à changer véritablement de sexe par opération, mais la question est bien plus compliquée, et il peut y avoir des personnes non-binaires. Je ne suis malheureusement pas assez bien placée pour vous en parler, et c’est d’ailleurs pour ça que je fais quelques petites recherches dessus. ( Je sens pointer quelques liens pour le pot-pourri d’avril dit donc ! )

 Qui dit YA, dit aussi adolescence, et deux sentiments forts : l’amitié et l’amour ! Ici, on a les deux fortes émotions liées à l’espoir selon moi, ce qui fait rayonner ce bouquin. Amanda parvient à se lier rapidement à certaines personnes, qui s’avère être de bonnes personnes, ou presque. Les relations se nouent, se resserrent, mais toujours la même question : doit-elle révéler qui elle est vraiment ? La confiance est fondamentale, et le lecteur perçoit se tiraillement. Doit-on tout dire, ou cacher certaines choses ? Doit-on le faire de notre plein gré, attendre qu’il y ait un soucis pour le dévoiler ? Quelqu’un d’extérieur est-il plus à même de dire la vérité à notre place ? Pour les personnes cisgenres, il y a quand même ce fort questionnement à travers toutes les pages du « Et si j’étais à sa place… « , et honnêtement, c’est le flou. On veut se la jouer héroïque et se dire qu’on l’aurait dit dès le début, comme ça on sait à qui faire confiance, mais on sait bien que les choses ne sont pas aussi faciles à mener.

Ce tiraillement se retrouve également du côté des parents qui ne savent pas comment se positionner, et on a la contradiction père/mère qui montre deux points de vue différent, une acceptation à un degré différent qui met plus ou moins de temps à se faire, et par eux aussi, surtout le père, l’importance du regard d’autrui et la réponse aux normes, comme : un garçon ne doit pas pleurer, un garçon doit faire du sport. Disons que le père veut répondre à ces critères pour une vie plus paisible, tranquille, et en un sens maladroit la sécurité de son enfant, et de l’autre la mère, qui parvient à accepter un peu plus facilement, et qui souhaite la liberté et le bonheur de son/sa fils/fille.

— Je veux une vie normale, c’est tout. 
— Et je veux que tu survives à ta dernière année de lycée, a répondu mon père,  la mâchoire serrée. 

Eeeet viiiient l’amouuur, avec un grand A je vous prie ! Parce qu’Amanda rencontre Grant et dès le début on sait que ça va faire bim boum des chocapics, et qu’ils vont s’aimer de tout leur coeur ! Et vous savez quoi ? Ben, moi qui n’aime pas la romance, j’ai adoréééé ! J’ai trouvé ça tellement mignon et tellement vrai et tellement beau, et c’est une romance qui se mange comme un bonbon ! C’est un bonbon ! C’est pas guimauve, vous voyez ? C’est doux, c’est tendre, et on veut vivre la même chose. ( ou on la vit déjà et on a de la chance, donc on sort pas les mouchoirs et le pot de glace en pleurant sur le célibat. ) Souvent, la romance, c’est tellement mielleux et sucré que je n’en peux plus et que j’ai l’image très glamour de « argh, vomir des coeurs en sucre », m’voyez ? Mais là, c’est vraiment chouette et humain, et sincère et… Bref, j’aime. Ca c’est de la bonne romance. J’ai cru que j’allais m’évanouir de colère par contre, lorsque, ding dong !, les hormones d’Amanda se réveillent, et que ça se papouille un peu trop, et que, aaah, mains déplacées.. Maaaais ! Amanda est une adolescente raisonnable. Amanda sait dire stop à ses hormones. Amanda sait dire « ça va trop vite ». Et là, c’est cri de victoire les amis. Là, j’approuve encore plus. ( Mais on sait que c’est trop beau, le copain accepte et n’est pas frustré. On est bien dans de la fiction hein ! – non, je déconne, y’a des hommes bien sur Terre, y’en a qui sont pas obnubilés que par ça, si si je vous jure.. Faut avoir du bol quoi..)

Mais tout ne peut pas être tout beau, tout pioupiou les p’tits oiseaux, et ils ne peuvent pas restés dans leur petit paradis. Faut bien un couac, à un moment. On se doute qu’il arrive, on sait bien ce que ça va être, et d’un coup, j’ai haïs cette romance et je l’ai détesté, et… J’ai insulté Grant, ouais, faut pas se le cacher. Mais je vous ai dis que cette romance était sincère et humaine, non ? Parce que les personnes le sont vraiment, et même s’ils passent par des moments un peu con, faut oser le dire, ben ils font aussi fonctionner leurs neurones, et ils peuvent se rendre compte que : l’identité de genre, qu’est-ce que c’est, après tout ? Trop rien, et que arrêter une romance sur cette question est d’une stupidité totale, et que l’amour, s’il est vrai, dépasse bien tout cela. Et ça, c’est un beau message.

Celle dont j’ai toujours rêvé est donc un merveilleux livre sur l’adolescence et ses tourments, avec une romance très bien ficelée et bien dosée. Roman parfois dur, avec des mots qui résonnent intensément pour les personnes ayant vécu l’exclusion scolaire, qui se sentent mal dans leur peau (sans être transgenre/transsexuels pour autant ), qui sont passés par des troubles psychiques ou qui les vivent encore, par tout ce qui, en fait, est négatif. Mais cela lui donne une dimension personnelle, on s’approprie l’oeuvre avec notre vécu, et on se rapproche ne serait-ce qu’un zeste de l’état de notre protagoniste. On subit avec elle, on vit avec elle, et on garde en tête que mêmes dans les moments les plus sombres, de belles choses peuvent nous arriver.

Simple, de Marie-Aude Murail.

IMG_20170413_142516Seulement mon deuxième bouquin lu de Marie-Aude Murail ? Et les deux, des coups de cœur ? Hé bien oui, pour le moment, cette auteure/autrice me conquis comme jamais, et quel bonheur d’avoir pu la rencontrer ! En effet, j’ai eu l’occasion de lui parler durant le salon du livre de Limoges, où j’ai justement acheter Simple, et que je me suis fais dédicacé. Marie-Aude Murail est une douce et belle personne, pleine de bienveillance. « Que monsieur Pinpin veille sur toi », m’avait-elle écrit. Et c’est chose faite. Ce roman m’a vraiment apporté soutien et bien-être dans un moment difficile : du baume au coeur !

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Simple dit « oh, oh, vilain mot » quand Kléber, son frère jure et peste. Il dit « j’aime personne, ici » quand il n’aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des playmobil, et les beaud’hommes cachés dans les téléphones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux ans d’âge civil. Trois ans d’âge mental. Kléber, lui est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s’occuper de Simple. Simple a un autre ami que son frère. C’est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l’institution pour débiles où son père a voulu l’enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule. Rien n’est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l’idée d’habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.

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Le talent de Marie-Aude Murail, c’est qu’elle sait prendre des moments de la vie, et les retranscrire avec brio. Oui, elle les embellie mais elle garde une sincérité en retraçant, par moment, certaines immondices. Ici, l’immondice, c’est la stupidité des gens qui catalogue au premier regard, qui distance certaines personnes, qui les mettent à l’écart, et qui les détruisent en les qualifiant de marginaux. Ses romans sont des bouffées d’air frais malgré les thèmes sérieux et violents qu’elle peut prendre. On ne s’attend pas à rire, en découvrant qu’on va suivre les aventures d’un déficient mental et de son frère. On s’attend à lire quelque chose qui tendrait avec rapidité vers le mélo-dramatique.

L’amour, c’est un peu tartignole.

Mais quelle erreur de penser ça ! L’auteure/autrice bourre son roman d’humour, de tendresse, et d’humanité. C’est assez paradoxal puisque de l’autre côté, on a des réactions primaires, des jugements infondés. Le père de Simple et Kléber représente bien ça, lui-même semble dégoûté de son propre fils, comme s’il regrettait sa naissance, et chaque interventions de ce personnages m’ont été une véritable gêne, parce que c’était l’inhumanité dans la tendresse qui naissait dans la collocation. La pire scène de ce roman, celle qui est véritablement triste, est sans aucun doute le moment où Simple s’égare dans Paris. Lui qui est choyé et protégé par son frère se retrouve seul, se doit d’affronter les regards et les paroles externes, c’est un uppercut de méchanceté. Mais ce moment est nécessaire pour ne pas garder une vision idéaliste et bisounours : d’ailleurs, Marie-Aude Murail garde un réalisme dans la collocation même. On voit une évolution chez les personnages, la grande majorité d’entre eux du moins : on passe du stade rebuté, à amusé, puis au moment aimant où ils ont su accepter cette personne telle qu’elle était, dans son entièreté.

Tout est bien dosé : du sérieux quand il en faut, de l’humour pour contrebalancer et aimer les personnages. Ils sont presque tous charmants à leur manière : Simple dans sa candeur et sa naïveté ; Kléber — bien que parfois très énervant et dans des moments égoïstes, mais ça peut se comprendre — protecteur et attentionné ; Aria, touchante avec notre protagoniste, toujours prête à recoudre Mr Pinpin ; Corentin, son frère, un peu perdu mais ça nous attendri ; ou encore Enzo, qui se la joue froid, gros dur, mais qui a un coeur tout tendre, qui est serviable, et qui se sent concerné par les autres. Ces personnages, c’est vraiment la puissance de ce récit. Ils nous immergent, ils sont proches de nous. C’est un cocon, une atmosphère positive, protectrice et chaleureuse qui nous englobe, qui nous berce. C’est une douceur à lire le soir pour terminer de manière agréable une journée, quelque chose de fondant qu’on savoir. On en redemande, et on sait qu’une fois cette histoire terminée, elle restera avec nous, parce qu’elle est devenue une par de nous.

Simple, bien que déficient mental, nous est tellement proche, c’est assez impressionnant. Il nous touche par son honnêteté, sa simplicité, oui, son mordant et les situations cocasses qu’il fait naître. C’est un bout d’homme terriblement attachant, et on aimerait, ne serait-ce qu’une petite heure, passer un petit temps auprès de lui, apprendre à la connaître. Mine de rien, ce personnage m’a paru plus humain que des personnes que j’ai pu côtoyé, parce que lui au moins n’hésitait pas à dire les choses, même si elles étaient parfois crues : il en devient inspirant, pour qu’on apprenne à s’assumer, à arrêter de se cacher derrière moult artifices, derrière des phrases détournées. Parfois, on peut s’identifier à ce personnage, parce qu’à partir du moment où on s’est senti différent, on peut se reconnaître dans certains passages, face à certaines réactions. Et on sait que beaucoup se sont déjà senti à l’écart, alors ce roman toujours beaucoup.

– C’est pas si simple que ça.
– C’est moi, Simple.
– Eh bien, moi, je m’appelle Compliqué.

Ici, l’auteure/autrice nous livre un roman tranche de vie, on partage un bout de chemin avec les protagonistes, le tout étant loin d’être dramatique. Au final, avec Simple, j’ai ris, mais aussi pleuré – un peu beaucoup tant ce roman m’a parlé. Avec ses 206 pages, j’ai ressenti tellement de sentiments, tellement de belles (et un peu moins belles) choses. Ce récit ne laisse pas de marbre, c’est une étoile qui transporte et bouscule, mais ça fait un bien fou.

Monsieur Pinpin ne voulait rien faire comme le commun des humains.

Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Pensionnaire en Traitement 

Bulle du mois #3 : quand la peur domine tout.

IMG_20170326_131535Le mois touche à sa fin, mais c’est aussi en ce dernier dimanche de mars qu’éclot le rendez-vous mensuel : la bulle du mois ! Petit bourgeon de printemps, l’article se déploie peu à peu pour que l’on fasse ensemble une découverte BD, un genre que je lis encore peu, mais qui pénètre un peu plus dans mes goûts au fur et à mesure que ce rendez-vous à lieu. Parce que oui, je suis en train de me prendre d’un amour fou pour ce genre-là, parce que les 3 BD lues pour le moment ont été des merveilles à lire ! Jane, le renard et moi avait été un coup de coeur incroyable, Piano Oriental n’était pas passé loin – mais que voulez-vous, les dessins… -, et celui-ci… Une pépite qui rejoins la première BD, c’est-à-dire : un coup de coeur, mais que dis-je, une coup de foudre même !
Pour cette fois, j’ai délaissé le blog de Charlotte qui est mon inspiration suprême, surtout pour ce genre (je vous vante son blog sans cesse hihi.) et j’ai farfouillé en solitaire sur internet, et, pouf, miracle, illumination, je voulais cet ouvrage mais alors absolument absolument absolument. Le titre m’a frappé, petite angoissée que je suis. (Puis Epiphanie, alors que j’adore la galette des Rois… Oui, oui, j’me tais et je sors loin, juré. >3< ) Et cette couverture, damn, une merveille. Et comment dire que quand on m’a offert l’Épouvantable Peur d’Épiphanie Frayeur, de Séverine Gauthier et Clément Lefèvre, j’étais joie !

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Épiphanie Frayeur est une petite fille qui grandit en même temps – mais moins vite – que sa peur.Ses cheveux sont constamment dressés sur sa tête. Elle a peur de tout, tout le temps. Cette peur – une énorme masse noire qui prend différentes formes – la suit partout, attachée à ses pieds comme son ombre. À l’orée de ses neuf ans, Épiphanie souhaite réussir à la dompter pour ne plus la subir. Au cours de cette quête, elle fait d’étonnantes rencontres – toutes plus loufoques les unes que les autres : un psychiatre, un coiffeur, un chevalier sans peur et sans reproche, un dompteur de fauves, une voyante… Nouera-t-elle de nouveaux liens qui la rendront plus forte ?

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 Je pense que ce qui séduit sans cesse mon coeur de lectrice dans les BD qui tire à priori plus sur le jeunesse, c’est les multiples lectures qu’on peut en faire. Vous pouvez donner cette BD à un enfant de l’âge d’Epiphanie, il sera comblé par les dessins, les couleurs, et l’histoire, et peut-être bien qu’il se dira qu’il ne faut pas tant avoir peur de la peur au final, qu’il faut l’accepter, que c’est humain, etc. Mais quelqu’un de plus âgé aura forcément un point de vue différent, en gardant cette première lecture, mais verra d’autres choses, il verra plus loin. Et c’est vraiment une petite merveille, parce qu’au cours de la lecture, il y a quelques petites références par-ci par-là, et celles que je retiens principalement sont Alice au pays des merveilles et Don Quichotte. Etant une inconditionnelle amoureuse de l’univers de Lewis Carroll, retrouver tant de similitudes dans cette BD m’a charmé au possible, surtout que je ne m’y attendais absolument pas. L’univers graphique rappelle beaucoup le pays imaginaire, avec des forêts plutôt sombres, pleins de petits personnages loufoques, des panneaux dans tous les sens avec des indications qui se contredisent ou qui sont quelques peu inutiles, une traversée dans un chemin parsemé d’objets qui rappelle bien évidemment le terrier du lapin dans lequel tombe Alice, surtout qu’ici Epiphanie est entraînée, comme si elle tombait. Et d’ailleurs, la chute dans ce terrier est représentée dans l’introduction, mais avec le personnage tombant toujours plus profondément dans sa peur. Puis, vous avez un mélange du Chapelier, du Chessire et la Chenille avec le premier personnage rencontré, le guide, qui a une manière assez incongrue de s’exprimer, avec le jeu de question/réponse qui semble au premier abord ne mener à rien. La manière dont cela est traité, et l’exploitation de l’oeuvre de Lewis Carroll est vraiment hyper intéressante, le rapprochement est incroyable. En un sens, cette BD est presque une branche d’Alice pour moi, tant il y a de similitudes.  Je vous ai également parlé de Don Quichotte, qui m’a semblé comme une évidence lorsque notre protagoniste fait la rencontre du Chevalier sans peur. Ne serait-ce que dans le visuel du personnage, on y retrouve l’image classique de ce personnage espagnol, puis ses fonctions. C’était un pur plaisir de parcourir cette BD, et de trouver par-ci par-là des références errant dans les planches, dans le texte. Un bijou.

Bijou aussi par son dessin, bien évidemment. Le coup de crayon de Clément Lefèvre est doux, épuré, tellement beau. Je ne sais pas combien de temps j’ai passé sur cette BD, facilement 1 ou 2h, tant je me suis arrêtée sur chaque détail, chaque illu’ alors que pour quoi, une oeuvre de 100 pages, on peut la lire très vite. Mais j’ai passé au peigne fin tous les dessins, en bonne grosse maniaque que je suis de l’illustration, et c’était un régal visuel. Tandis que le scénario semble sombre, les planches elles étaient douces, tendres, et toutes mignonnes, ce qui était surprenant. Par moment, l’ombre d’Epiphanie tenait un côté un peu effrayant, mais en gardant un aspect choupinou. Les couleurs sont d’une délicatesse, elles nous font rentrer dans un univers onirique, quelque chose de féerique presque. Les couleurs sont chaudes, elles réchauffent énormément alors qu’on s’attend à la base à des teintes froides, glaçantes pour la noirceur, la peur. Mais que nenni. Je pense que vous réentendrait parler de Clément Lefèvre, et j’ai déjà une petite idée avec quel ouvrage, un joli conte illustré dont le résumé m’attire très fort.

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On trouve beaucoup d’humour également dans ce récit, que ce soit dans le texte ou dans les illustrations. Dans son parcours, Epiphanie rencontre un tas de personnages, tous drôles à leur manière. La scène avec le coiffeur est légère et drôle, celui qui dit que pas un seul cheveux ne lui a résisté alors qu’ici, il ne parvient à rien. Le chevalier sans peur qui vient à avoir peur. Bref, des personnalités hautes en couleur et totalement délirantes ! Ces personnages apportent une légèreté au thème, des jeux drôles entre eux, et c’est fantastique de trouver un tel condensé dans une si courte oeuvre.

Pourquoi tu fais ça ? Tu prends toujours tellement de place. Je n’arrive plus à respirer. Tu ne me laisses jamais respirer. Tu dois t’en aller. Tu dois me laisser. Tu… tu me fais mal.

Le message délivré par cette BD est tellement agréable. Dans beaucoup d’ouvrages traitant de la peur, on aurait tendance à trouver des personnages qui veulent se débarrasser de leur peur, mais ici, il est question de la dompter. Comme le montre la citation, au début elle veut juste la quitter, mais peu à peu, son point de vue évolue. Elle apprendre à vivre avec, puisque après tout nous n’avons pas le choix, comme il s’agit d’un sentiment humain avec lequel on ne peut pas rompre tout contact. Réussir à supporter la peur, d’une manière raisonnable, de manière à ce qu’elle n’empiète pas sur nous, sur notre vie, notre état mental. Au final, savoir l’accepter, lui laisser une place, mais minime comparée à tout ce qu’elle peut prendre dans une vie. Comme le dit Epiphanie à sa peur, « tu prends trop de place ». Et pour beaucoup trop de monde, c’est le cas. La peur prend une place démesurée, à un tel point qu’on se définirait presque par elle. J’ai eu le cœur serré au final par cette lecture, parce que je peux dire que oui, je me suis retrouvée dedans, angoissée et stressée, bouffée par ce genre de sentiments négatifs. Et là, voir cette petite perle de huit ans et demi passer dans tout un périple afin d’apprendre à vivre avec ce qui l’a dompte depuis autant d’années, c’est au final inspirant. On y retrouve pleins de peur, différentes et ressemblantes, et c’est beau, mais beau beau beau ! On voit qu’Epiphanie lutte, parce qu’il y a aussi ce problème majeur : l’impression que tout ce qu’elle possède, c’est sa peur. Que c’est la seule chose à être véritablement là pour elle, et qu’au moins, où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse, elle est sûre de posséder quelque chose. A certaines cases, il y a une relation presque tendre avec sa peur, comme si elle était bercée par elle, dans ses bras, protégée. Et à ce moment là, j’y ai vu plus que le thème de la peur, peut-être que je vais trop loin et que voilà, je fais de mauvaises lectures, mais j’y ai vu un rapport à la dépression, qui créait justement cet état. Ce genre de cocon duquel on ne se détache pas, comme si ces sentiments négatifs, bien que nous bouffant de l’intérieur, étaient une valeur sûre, un réconfort, que eux, ils ne nous quitteront pas. Au final, on y retrouve le cercle vicieux de tous les sentiments négatifs qu’on peut éprouver, et de ce fait, cette oeuvre cible un grand nombre. De plus, ce qui est très intéressant, c’est que ce personnage passe d’abord par un psychiatre, qui n’est d’ailleurs pas très efficace. Et pour toutes personnes souffrant d’un quelconque mal psychique, on a tendance à dire, à forcer même parfois pour qu’elle aille voir un psy. Mais ici, on a bien la preuve que même seul, avec de la détermination, on peut s’en sortir. Et c’est fantastique de parvenir à résoudre ses propres problèmes, c’est incroyable de se dire qu’on est apte à aller mieux.

Cette BD délivre du courage, de la volonté. Tout comme le personnage principal, on a envie de s’en débarrasser complètement, mais on se rend compte que ce n’est peut-être pas la bonne solution, et qu’il faut juste réussir à cohabiter. Un coup de coeur, un coup de foudre somptueux, merveilleux, auquel il est très facile de se relater. Un bout de vie à découvrir, et une patte artiste vers laquelle il faut se ruer. Et puis si vous n’êtes pas convaincus, il y a deux belles surprises à la fin, une splendide intervention du docteur Psyche qui nous répertorie quelques phobies, et un jeu de loi bien trouvé !

Annabel, de Kahtleen Winter.

IMG_20170316_152533Voulant me rendre à la borne d’emprunt de la bibliothèque pour partir avec quelques ouvrages, mon regard s’est arrêté sur une des étagères sur laquelle trônait ce bouquin. Interpellée par la couverture avec ce jeune homme qui nous regarde, le titre fait résonance avec son visage, avec ce côté androgyne. Et ensuite née l’envie subite de feuilleter le livre, de plonger dans l’histoire, juste grâce à quelques mots sur la quatrième de couverture, et un visage qui reste, même une fois que les paupières sont fermées.

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1968, un bourg côtier du Labrador au Canada. Un enfant naît, ni garçon ni fille. Intersexué. Ils sont trois à partager ce secret : les parents et une voisine de confiance. On décide de faire opérer l’enfant ; ce sera Wayne – le choix du père. Mais dans l’eau trouble de l’adolescence, son moi caché, cette Annabel qui l’accompagne comme une ombre, réapparaît. Et avec elle, la vérité. Un magnifique roman sur la différence et l’identité, porté par une langue poétique où vibrent intimement la Nature et les êtres.

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Rien qu’au lieu de l’histoire, vous l’aurez sans doute compris, mais vous avez là un roman issu de la littérature canadienne. Je crois que je n’avais lu qu’un roman se situant au Canada, Il suffit d’y croire de Laurence Ink (d’une auteure française ayant vécue 15 ans là-bas.), et j’ai retrouvé dans Annabel quelque chose qui m’avait subjuguée dans le roman de Ink, qui m’avait transporté : l’importance de la nature. Le rapport à la faune et à la flore est très agréable, c’est une bouffée d’air, c’est un ailleurs, le roman vous transporte vraiment dans cette contrée du Labrador, le décor se tisse seul dans notre imaginaire. Et ce n’est as de trop, parce que le décor nous délivre vraiment, et oxygène un peu le thème du livre qui n’est simple, et qui bien que non dramatique, peut être durement traité par moment. On sent bien la force libératrice de la nature, que ce soit de notre côté ou de ceux des personnages, comme par exemple Treadway, le père de Wayne.

Les descriptions sont certes nombreuses, elles ne m’ont personnellement pas gênées, elles n’étaient pas lourdes et je les ai lu très facilement grâce à la plume de Kathleen Winter. La traduction est très bonne, homogène, et c’est un régal de pouvoir lire cet écrit. J’ai vraiment apprécié chaque mot, les trouvant d’une grande beauté et d’une justesse folle. Ce qui m’a le plus séduit dans cette écriture, c’est probablement cette capacité de dire, et de ne porter aucuns jugements. L’auteure évoque les faits, nous les racontent, et ne penche pas d’un côté ou de l’autre. Elle reste très objective, peut-être trop pour certains, puisqu’il faut admettre que la dimension psychologique des personnages n’est pas vraiment présentes. Elle reste, si je puis dire, en surface. Il s’agit de ce qui nous est donné de voir, des choses auxquelles on assisterait si on côtoyait les personnages. Alors oui il y a des réflexions et des questionnements intérieurs que mènent les protagonistes, mais c’est vrai que les sentiments restent leurs et ne deviennent pas tellement nôtres. Ca peut frustrer, je l’admets, j’ai notamment lu une chronique négative sur ce roman puisque la lectrice ne s’était pas sentie intime avec les personnages. Mais j’ai aimé ce détachement, ce fait de simplement nous apporter l’histoire et à notre guise de nous attacher ou non, il n’y a rien qui nous en empêche et rien qui nous incite pour. Kathleen Winter expose son sujet, parle de l’hermaphrodisme, et des effets que cela peut avoir dans une vie.

Je n’appellerais pas ça une maladie. J’appellerais ça une différence. Une différence signifie une tout autre manière d’être. Ca pourrait être fantastique. Ca pourrait être d’une incroyable beauté si les gens n’avaient pas si peur. 

C’est le premier roman que j’ai la chance de lire sur l’intersexuation, et j’ai été surprise. Cela aurait vite pu tendre au dramatique, mais non, c’est un mélange de tendresse, d’humanité, et de méchanceté, de monstruosité. Pour une point de vue assez manichéen, on a d’un côté ceux qui acceptent, et ceux qui le refusent catégoriquement. On a un beau message sur la capacité à accepter la différence, à regarder les autres sans porter de jugement justement, à accepter les individus tels qu’ils sont et non tels que l’on voudrait qu’ils soient. Et on peut se poser la question du point de vue des parents : doivent-il avoir des attentes pour leurs enfants, ou accepter tout ce qu’ils font ? Treadway, le père, représente bien cela. Il se fait une image du fils qu’il voudrait avoir, il souhaite le maintenir en quelques sortes dans un carcan, maintenir l’homme du Labrador au final, et refuse a part efféminée de son fils qui ressort sans crier gare. Mais il ne se limite pas à ce qu’il souhaite pour son fils, il évolue, et apprend peu à peu, parfois difficilement, à accepter la personne qu’est son fils — et en même temps, sa fille. Mais l a vie n’étant pas toute rose, il y a des gens butés, qui n’acceptent pas et tristement, n’évoluent pas. Kathleen Winter nous atteste donc de l’atrocité dont peut faire preuve certains humains, leur tendance à la monstruosité, et leur bestialité dans ce genre de cas de figure. Mais ici se pose une question, que l’on retrouve chez Wayne : que doit-on éprouver pour ce genre de personnes ? Un dégoût intense avec une colère noire ? Ou bien doit-on apprendre, là aussi, à accepter ce que l’on a vécu, et à aller de l’avant, ne pas s’arrêter à ce genre de sentiments qui nous rongent ? Doit-on se détester pour ce que l’on a vécu, éprouver alors un dégoût envers nous-même, ou aimer qui l’on est malgré les difficultés vécues ? Bien évidemment que l’on veut répondre, et qu’au fond de nous, on sait qu’il faut garder tête haute, et garder à l’esprit qu’il y aura toujours des personnes négatives face à nous. Mais une fois ce genre de choses vécues, comment se positionner ? Que penser dans la douleur ?

L’humanité prône majoritairement, et le récit nous offre de très belles relations, notamment un triangle de personnages. Le relations Wayne/Thomasina, Wayne/Wally, et Wally/Thomasina sont vraiment magnifiques. Disons que les trois personnalités se rejoignent dans leur manière de penser, et dans leurs souffrances aussi. Wayne vit assez mal sa confusion face à son identité une fois qu’on l’en a informé ; Thomasina, meilleure amie de la mère de Wayne, a perdu son mari et sa fille Annabel, qui vaudra le nom féminin du personnage principal, et Wally, meilleure amie du protagoniste, vit du chant mais subit un accident qui l’empêche de chanter. J’aurais pu parcourir ces presque 500 pages avec seulement ces trois personnages tant je les aimé, tant j’ai aimé les échanges qu’ils ont pu avoir, ce qu’ils se sont permis les uns les autres, ce qu’ils se sont apportés. Mais tout n’est pas axé sur les autres et il y a de fortes part de solitude, et cela n’est pas toujours négatif. D’ailleurs, j’ai trouvé qu’on avait quelque chose qui décomplexait ce qu’on octroie habituellement au mot « solitude », on a tendance à y voir du péjoratif, et ici il y a du mitigé : oui cela peut nous faire du mal, mais aussi nous apporter beaucoup parce que certains êtres humains ont besoin de se retrouver seuls par moments.

Qu’est-ce qui, dans son image corporelle, correspond à ce qu’il est et qu’est-ce qui n’est qu’une construction à laquelle il en est venu à croire ? 

Le roman pose donc la différence, en prenant le thème LGBT(Q+), ou encore MOGII, terme que j’ai découvert il y a peu, et qui est une qualification des « orientations marginalisée, de l’identité du genre et intersexué. », un terme dans lequel toutes les « minorités » sont inclues ! La question du genre se pose bien évidemment, avec la réflexion de ce que c’est d’être un homme ou une femme, s’agit-il seulement d’identifications physiques grâce à des organes ou bien s’agit-il d’une identification mentale, de la manière dont on se sent ? Qu’est-ce qui définit réellement notre genre, des rayons dans des magasins, des pancartes pour distinguer les toilettes des hommes et des femmes ? Les vêtements sont-ils propres à un genre ? Est-ce que la société nous force à nous conformer dans un genre, au final ? Dans ce roman, le protagoniste cherche son identité, se trouve et se perd sans cesse. Il veut être Wayne, et veut aussi être Annabel. Il est confronté à lui-même, souhaite se montrer dans son intégralité, s’accepter et vivre avec tout lui-même, mais être Wayne tue sa part féminine, et être Annabel tue son autre lui. Naturellement suit la question de la sexualité, qui peut se voir interrompue par cette quête identitaire. Oui il y a des références à la sexualité, oui le mot « orgasme » doit être écrit une ou deux fois max, mais très honnêtement, son rapport tant presque vers l’asexualité. Il y avait peu, voire vraiment quasiment pas, de désir sexuel, son désir était plus propre à l’intellect, le tout saupoudré d’une curiosité du corps. Le point de vue est vraiment intéressant, et ce rapport m’a tellement plu ! Si par ailleurs vous avez des romans traitant de l’asexualité, je suis tout à fait preneuse !

Il y a un lotus à l’intérieur de chaque personne, et une autre personne peut en partager l’aura, la fragrance même si ces deux personnes n’ont aucun contact physique. 

Annabel est donc un magnifique livre sur l’acceptation, sur l’humanité avec ses défauts et ses qualités, et de manière globale, sur la différence. Ce roman, c’est un ensemble de pages que j’ai savouré peu à peu, sans aller trop vite de peur de le terminer bien trop tôt, afin d’en faire une part de mon quotidien. J’ai aimé découvrir Wayne, le suivre avec intention, découvrir et apprendre grâce à lui. Et c’est le genre de personnage, tout comme Wally et Thomasina, que j’aimerais rencontré dans ma vie grâce à leur mentalité ouverte, pour le courage dont ils sont dotés. Je ne vous apprends rien en disant clairement que ce fut un coup de coeur, un petit bijou, que je ne peux que vous le recommander tant l’ensemble de ce récit est beau et émouvant à lire.

Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ L’homme à la lèvre tordue. 

Lolita, de Vladimir Nabokov.

img_20170303_154252Lolita, c’est un roman tout particulier, avec lequel j’ai une relation plutôt étrange. Pour dire vrai, fut un temps où je connaissais le titre mais non l’histoire, et j’étais effroyablement attirée vers ce livre, bizarrement je savais qu’il allait me plaire. Après connaissance du synopsis, j’étais un peu rebutée : la pédophilie étant un des sujets qui me met le plus souvent hors de moi. (d’une manière générale, vous pouvez y inclure tous les problèmes liés à la sexualité, avec notamment le viol. Je pense d’ailleurs, dans l’avenir du blog, développé ce thème dans la littérature, reste à voir comment.) Mais, je savais qu’il fallait le lire, et je pressentais le coup de coeur. Et bah… Je ne m’étais pas trompée !

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 » Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta. Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. «  Les égarements d’Humbert Humbert, intellectuel venu de la Vieille Europe, séduit par une nymphette américaine de 12 ans. À sa sortie, ce roman de la perversité a fait scandale. sans-titre-2

Et bam ! Le résumé est en fait un extrait, et pas des moindres : vous débutez le roman comme ça, avec une des citations les plus célèbres de Lolita. Immersion directe, grâce à la renommée de ce passage vous vous sentez en quelque sorte « proche » du récit, directement un flot de sentiments s’empare de vous. C’est beau. Divinement beau. L’écriture de Nobokov est splendide, sérieusement, c’est 500 et quelques pages à s’en damner, passant par un langage intellect à une poésie pure, et à des moments très crus, qui dénotent de la phrase précédente qui a pu vous faire rêver. Vous débutez le roman comme Nabokov le souhaite : vous vous faites berner. Oh oui, c’est beau, il l’aime, sa Lolita. Dieu qu’il l’aime. Ses sentiments sont magnifiques, semblent-il. Par moments, ils le sont. A d’autres, ils ne sont qu’une représentation de l’abject, et on ne peut ressentir qu’un dégoût immense.

Humbert était parfaitement capable de forniquer avec Eve, mais c’était Lilith qu’il rêvait de posséder. 

Cette écriture créé un tour de maître incroyable de l’auteur, qui explique tellement son titre de chef d’oeuvre. Beaucoup pensent qu’il s’agit là du récit même de l’auteur, puisque la narration est à la première personne. Certains se sont arrêtés à cause de cela, ne voyant alors en lui qu’un être infâme. En effet, la narration tend à être confuse, le « je » ne permet plus à certains moment de définir si nous avons Humbert Humbert en face de nous ou alors si ce n’est une autobiographie que nous lisons, puisque à certains moments le narrateur s’adresse directement au lecture.  Comme cela est indiqué dans le dossier de fin, cela n’est que fiction, et Nabokov n’est pas Humbert Humbert. Mais le génie en partie de cette écriture qui créée une ambiance malsaine, c’est dérangeant et oppressant. Impossible d’être indifférent à ce récit. L’écriture immerge, submerge, nous entraîne et nous remue.

L’auteur déclare dans le dossier final que son récit « ne trimbale derrière lui aucune morale »; qu’il, n’y a selon lui que « jubilation esthétique ». Alors certes le dernier point est là, mais ce qui est magique là-dedans, c’est qu’on peut y trouver une sorte de morale. Du moins, une grosse remise en question. Durant tout le roman (je vous préviens, les mots suivants peuvent être considérés comme choquants. Cela ne fait pas de moi une lectrice perverse, nan mais oh.Ne voyez pas dans les mots suivants que je suis pour, je suis totalement neutre sur la question et ne vous propose qu’une piste de réflexion.), je me suis demandée si la pédophilie était « si mal que ça ». Si c’était si ignoble, si inhumain, si choquant, si interdit, etc. Parce que, reprenons la définition même du mot :

  • Attirance sexuelle d’un adulte pour les enfants, filles ou garçons ; relation physique avec un mineur. (En France, la minorité qui, au plan pénal, était auparavant de 15 ans, va désormais jusqu’à 18 ans.)

Si dans les mœurs actuelles, cela est si choquant et infâme pour un chacun, c’est parce qu’on lui associe directement, et qu’en soit, c’est souvent le cas, la notion de viol. Si on regarde les actualités, oui, la pédophilie est souvent ( 90% je dirais, si ce n’est plus, vous m’excuserez pour cette statistique donnée au pif ) synonyme de viol. Mais en soit. Si l’enfant était consentant, est-ce que cela serait aussi dérangeant ? On ne stoppe pas un être humain et ses sentiments, ses pulsions, ses désirs. Cela peut être considéré comme naturel, s’il y a accord de l’autre côté. Après tout, il n’y aurait aucun mal si les deux personnes sont consentantes, seul choquerait la différence d’âge. Si on garde cela en tête, l’oeuvre peut être perçue d’une manière bien différente.

Et après tout, ne retrouvons-nous pas cela dans Lolita ? (En italique suit un éventuel spoil, si vous préférez ne rien risquez, saut au paragraphe suivant ! ) On ne peut pas dire que ce personnage féminin est exempt de tout reproche. Attirante jusqu’à être parfois aguicheuse, Lolita sait qu’elle n’est pas dénuée de charme et en joue. Est-elle maladroite, tout juste impudique, ou plutôt dévergondée pour laisser entrevoir sa culotte, ou encore l’intérieur de ses cuisses, etc. Tandis qu’Humbert Humbert, au début, lors de son séjour chez Charlotte, la mère de Dolorès, puis lorsqu’il est seul avec l’enfant, il essaie tant bien que mal de se contenir. Mais, c’est bien Lo’ qui le fait céder, qui lui grimpe dessus lorsqu’ils dorment à l’hôtel. Elle prend les devants, et notre cher narrateur y voit une invitation. A ce moment précis, et d’autres où elle paraît jouer avec Humbert Humbert, elle semble totalement volontaire, tandis qu’après, à la suite du roman, elle plaide au viol. Alors, que croire au final ?

Mais moi, je préfère tous les jours la pluie, la pluie, la pluie sur le toit de bardeaux pour faire éclore les roses et s’épanouir l’inspiration. 

De là réside tout une complexité chez ce personnage. Caractère sautant de la joie à un renfrognement puissant, elle est difficile à comprendre. C’est sans doute le personnage que j’ai le moins compris, mais cela semble terriblement normal. Humbert Humber brise sa vie, lui hôte toute enfance au final. Alors que comprendre de ce personnage dans une constante souffrance, qui lutte pour s’en sortir, mais qui ne peut au final s’épanouir auprès de cet homme ? Ce qui, éventuellement, pouvait être une acceptation au début n’ait devenu, qu’au fur et à mesure, un cauchemar infini, les abysses de sa jeunesse. Bizarrement, je n’ai pas réussis à avoir une réelle attache avec ce personnage. Dire que je n’ai rien ressenti pour elle serait mentir, mais, je m’attendais à m’attacher plus profondément à elle, à compatir pour ce qu’elle vit. Mais tout cela n’était que très peu, presque superflu, et à certains moments elle m’a plutôt fortement agacé – alors que je comprends totalement son comportement.
Tout simplement parce que, nouvelle magie de l’auteur, on s’accroche plus au narrateur. Il nous place d’avantage de ce côté-ci, en un sens le récit nous rapproche de ce personnage malsain, il nous apparaît presque tendre par moment. La vérité, c’est que ce personnage est très humain, il est extrêmement vraisemblable. Et pour être honnête : ça vous fout un coup, et ça flanque la trouille. Bah oui, parce que vous vous êtes forgés une opinion sur la pédophilie, c’est quelque chose que quasiment tout le monde méprise et d’un coup, bam, vous êtes sensible face à Humbert Humbert. Vous vous dites que ses sentiments sont d’une honnêteté pure, d’une fidélité, d’une puissance. Ca vous charme, vous commencer à apprécier, à aimer ce personnage. Puis la réalité vous happe à nouveau, les sentiments éclatent : non, vous ne pouvez que le détester. Quelqu’un m’a dit que si je relisais le livre plusieurs fois, ce personnage m’apparaîtrait toujours différemment ( au début elle a ressenti justement une tendresse envers lui, et maintenant du dégoût ). J’imagine mon jugement changer et évoluer si je venais à le relire, mais pour dire vrai, rien qu’à la première lecture mes sentiments étaient mitigés. En une seule page, je pouvais passer de l’attachement à un mal-être profond. Je voyais différents visages en un battement de paupières, Humbert Humbert me semblait multiple, divers au possible, et je ne me suis pas lassée pour tenter de l’analyser. A chaque mot, j’avais un être différent devant les yeux qui tisse une manipulation terriblement bien menée.

Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita, Lolita. Typographe, veuillez répéter ce nom jusqu’au bas de la page. 

Pour ce qui est de la structure, nous avons deux parties. La première est nettement celle que j’ai préféré, marquant la rencontre des deux personnages principaux, la mise en place d’un destin, de tout un système. Dans cette partie, je n’ai eu aucune difficulté à m’intégrer, les choses se faisaient petit à petit, on les découvrait peu à peu. Cependant, la seconde partie est en quelque sorte synonyme pour moi de déchéance, sans trop vous en dire plus. Mais voilà, une majeure partie de cette partie est au final une sorte de routine, quelque chose et mis en place, cela perdure, rencontre certes des complications mais au final, les solutions rencontrées restent les mêmes. Du coup, j’y ai perçu une certaine redondance, la surprise dedans tenant réellement grâce au côté policier qui se développe. Mais les deux parties ont leur importance grâces à leurs détails, leurs personnages mêmes secondaires, etc. Tout, chaque parcelle, apparaît comme indispensable à la construction du roman.

La fin m’a fait tout drôle. Je l’ai trouvé d’une étrange sentimentalité. Plus d’honnêteté que je n’avais pu rencontré dans le reste du récit – alors que croyez-moi, à certains moments, il me semblait tellement sincères dans ses sentiments. Mais cette fin masque ce côté malsain que j’ai perçu d’une manière saisissante lors de la dernière partie. Lors des dernières pages, lors des derniers instants avec Dolores, Humbert Humbert ne paraît plus pour un être bestial, dénué de toute affection, de toute humanité, dénué de sens moral. Ses actes lui apparaissent comme un coup en plein visage, une culpabilité éclate en lui, et son amour s’empreint de son être une dernière fois. Il nous livre des sentiments, et les derniers mots du roman m’ont vraiment paru comme ceux d’une personne aimante. Comme ceux d’un père.

Telle est la seule immortalité que toi et moi puissions partager, ma Lolita. 

Une certaine tristesse s’est emparée de moi à l’idée de refermer ce roman, de quitter ces personnages malgré le fond tout simplement horripilant. Mais mes certitudes furent remises en question, et je suis passée par de nombreux états. Sans compter le nombre de références littéraires dont cette fiction est éprise, c’est tout juste bluffant, et par cette culture, cette intelligence que l’on ne peut pas nier au personnage, le lecteur a une certain difficulté à lui coller l’étiquette de pédophile. J’imagine que cela est sans grande nécessité de mettre les mots « coup de coeur » sur le roman de Nabokov tant ce livre fut un chef d’oeuvre pour moi. Le genre de roman qui aura marqué ma mémoire et ma vie de lectrice, et que  je relirais sans aucuns doutes.

Et je la dévorais des yeux, et je savais aussi clairement que je sais que je dois mourir que je l’aimais plus que tout ce que j’avais vu ou imaginé sur terre, ou espérais trouver ailleurs. 

La bulle du mois #1 : condensé de Jane Eyre, de renard et d’adolescence ?

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Afin de diversifier le contenu du blog, et pour vous faire découvrir de nouveaux ouvrages ( et pour le coup, pour m’en faire découvrir aussi. ) je vous propose ce petit rendez-vous mensuel dans lequel je vous partage une découverte « à bulle » (en accord avec le thème du blog non ?), c’est-à-dire BD, manga, ou comic — enfin pour le dernier, je doute, mais qui sait, peut-être que je me lancerais dans les comics un jour. Le jour de parution sera le dernier dimanche du mois, ne me demandez pas trop pourquoi. Le dimanche est la journée détente, ce qui signifie lecture, et donc, pourquoi pas un autre format qu’un roman ?
Le fait est que je ne suis pas vraiment BD, et qu’en prime, ça coûte bonbon faut se l’admettre. Du coup, je me suis dis que chaque mois, j’allais emprunter ne serait-ce qu’une BD à la bibliothèque pour vous partager un genre que je ne connais pas assez. Il est fort possible que certains mois je vous présente un manga, que ce soit par coup de coeur, par envie de mettre en lumière certains trop peu connus, ou éventuellement si je n’ai pas emprunté ma BD mensuelle. J’avoue que le blog de U Lost Control me donne énormément envie de m’aventurer dans ce genre de lecture, et je lui ai d’ailleurs fait confiance pour le premier numéro de cette rubrique en choisissant Jane, le Renard et Moi, d’Isabelle Arsenault et Fanny Britt.

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Montréal, dans les années 80. La jeune Hélène est le canard boiteux de son établissement. Mise à l’écart, sujette aux moqueries et aux insultes, elle se réfugie dans la lecture de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Elle s’identifie à l’héroïne tout en se dévalorisant, persuadée d’être “une saucisse de Toulouse”, “un bébé truie” ou “un coussin à fourchettes”. Et le pire est à venir. Une semaine en camp de vacances avec les 40 élèves de cinquième, prêts à la martyriser. Mais deux rencontres vont illuminer son quotidien.

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Jane, le renard et moi est une magnifique bande-dessinée sur le harcèlement scolaire, qui est le thème principal de l’ouvrage — mais pas le seul ! C’est un sujet que j’aime voir traité dans la littérature tout simplement parce que c’est le genre de thème qui me parle. Ce n’est pas le genre de sujet agréable à lire, mais ici, ce n’est pas mélodramatique, ce n’est pas négatif: beaucoup d’espoir nous est délivré dans cette lecture d’une grande finesse. L’autre thème principal selon moi est l’éloge de la littérature au travers de l’oeuvre de Charlotte Brontë, qui nous est donc montrée comme un refuge, une porte de sortie pour fuir la réalité, une évasion pour nous sauver. J’adore les ouvrages où il y a des éloges à la littérature. Et j’adore Jane Eyre qui est un de mes romans préférés. Alors croyez-moi : j’étais conquise.

Moi, c’est mon coeur qui s’est arrêté. Et qui attend. N’importe quoi. Les secours. Du renfort. La fin du monde avec un peu de chance. 

Les changements d’atmosphère créés en passant du quotidien au roman sont vraiment agréables. Le thème du harcèlement scolaire est lourd bien qu’il soit traité d’une manière très délicate, mais c’est quelque chose qui peut vite devenir étouffant. Le lecteur s’échappe, tout comme Hélène, dans la découverte de Jane Eyre, et c’est une bulle d’air qui nous fait oublier les moments durs de l’adolescente. J’ai énormément aimé les parallèles avec le roman, l’identification par ce classique est très intéressante. En effet, cette approche montre que ce qu’on définit comme classique en le vénérant presque ( aka quand on te dit que c’est la « vraie littérature », m’voyez l’absurdité ? ), et qui du coup en rebute plus d’un, est totalement accessible même pour les plus jeunes puisque que notre protagoniste a 12 ans. Cela casse l’image « difficile » toujours accordée à ce genre. La trame du roman de Charlotte Brontë est suivi dans la BD, il s’agit de la même ligne conductrice : une vie difficile remplie d’insultes, amenant à un déni de soi, mais un épanouissement, un accès au bonheur qui surgit après le pire. Ce roman permet justement à Hélène de ne pas se sentir seule, puisque le personnage de Jane Eyre a également vécu de dures épreuves, mais elle a réussi à s’en sortir : il s’agit de l’espoir auquel le personnage de cette BD s’accroche de toutes ses forces.
Le seul bémol que je peux mentionné, c’est que le roman est résumé dans les grandes lignes, mais du début à la fin : il n’y a donc plus de surprises si on veut découvrir ce roman après lecture puisque les éléments majeurs sont dévoilés. Mais cet ouvrage britannique reste à découvrir pour sa beauté. Cette BD donne d’ailleurs envie de se replonger dans l’histoire !

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Les dessins sont « particuliers », j’ai vu plusieurs avis négatifs suite au graphisme. Personnellement, je les ai trouvé tout doux et tendres, ils sont très agréables à regarder, notamment les doubles pages de forêt où figure parfois Hélène, isolée de son quotidien. Je les ai trouvé d’une grande délicatesse et j’ai aimé suivre cette histoire avec ce type de graphisme. Les planches sont principalement en noir et blanc, bien que la couleur vienne progressivement vers la fin et pointe déjà le bout de son nez lors des passages sur Jane Eyre, les moments de bonheur où notre adolescente s’évade par la lecture. Ce qui a surtout gêné certains lecteurs est cet effet un peu « journal ». En effet, l’emplissage est quelque peu grossier. Pas mal fait, loin de là, mais grossier parce qu’il y a des zones vides. De plus, on peut voir quelques traces sous certains mots, comme s’il s’agissait de traces de gomme. Et justement, j’ai eu l’impression qu’il s’agissait du journal d’Hélène, où elle dessinerait et raconterait son quotidien, ce qui permet de rapprocher le lecteur. Ce parti-pris frustrera les personnes qui veulent une propreté impeccable aux dessins, mais pour ma part j’ai été séduite par cette simplicité, ce côté doodle (qu’on aurait tendance à traduire par « gribouillis », mais le terme anglais me semble plus évocateur.)

Je suis trop assourdie par mon coeur qui tambourine. 

Vous l’aurez sans doute compris, mais il s’agit d’un merveilleux coup de coeur, et je vous recommande vivement de plonger dedans.

Bien à vous,
La Récolteuse.