Bulle du mois

Bulle du mois #6 : navigateurs de l’âme.

La saison estivale ainsi que ses vacances sonne son glas en ce dernier dimanche du mois ! Vous me remercierez de vous miner le moral (hahum) puisque je vous mets bien dans l’ambiance pour la BD d’août qui n’est autre que Psychonautes, d’Alberto Vázquez. Je ne connaissais absolument pas cet ouvrage qui m’a été offert dans des conditions très spéciales, qui je pense, ont jouées sur le fait que je n’ai pas réussis à pleinement aimer, puisque ce cadeau au final m’a fait resurgir de la colère, lié à des souvenirs malheureusement devenus négatifs. C’est très vague et sans doute peu clair pour vous, je suis désolée, mais j’essaie de vous joindre un peu le contexte qui m’a rendu tant mitigée face à cette BD. Mais je suis tout de même assez contente d’avoir pu découvrir cet album malgré la situation, parce que sinon je sais très bien que je ne me serais jamais penchée dessus.

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Dans une île bouleversée par un désastre écologique, l’oisillon Birdboy essaie en vain de voler mais à chaque tentative ratée s’enfonce un peu plus dans son addiction aux psychotropes… Dinky, la souris, ne veut plus se lever du lit pour aller à l’école ; depuis la mort de son père, rien ne semble plus motiver la brillante élève qu’elle était. Dinky n’a qu’une idée en tête : partir ailleurs, laisser derrière elle les paysages desséchés de son île, traverser la mer stérile qui l’entoure, commencer une nouvelle vie, avec Birdboy. Forts de leur amour naissant, réussiront-ils à atteindre enfin le monde meilleur dont ils rêvent ?

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Bulle du mois #4 : vous avez dit absurde ?

IMG_20170429_161735J’espère que votre mois d’avril n’était pas trop tourmenté (si on évince ces élections présidentielles, hein… ) et que de manière globale, vous pouvez le considérer comme positif. Si ce n’est pas le cas, j’espère que le mois suivant vous sera bien plus bénéfique, qu’il vous apportera de belles choses ! Au passage, j’en profite pour m’excuser du TBT de jeudi qui m’a fait fausse route, mais il devrait revenir la semaine suivante. Pour le moment, en ce jour entre deux mois, je vous propose une petite pause avec.. tudadudaduuum.. La bulle du mois ! *ici, chantonnez un jingle sympatoche.*
Petit bourgeon de printemps, le rendez-vous se déploie peu à peu pour que l’on fasse ensemble une découverte BD chaque mois, un genre que je lis encore peu, mais qui pénètre un peu plus dans mes goûts au fur et à mesure que ce rendez-vous à lieu.
Et cette fois-ci, je n’ai cherché aucunes inspirations, aucunes idées (alors que sur Booknode, j’ai un dossier appelé « BD bfm » pour mes emprunts en biblio juste pour ce rdv, mais c’est plus drôle de faire au pif hein ! ) et c’est donc en flânant dans le rayonnage BD de ma bibliothèque que m’est apparu ce titre pour lequel je n’ai pas hésité : De rien, de Geoffroy Monde.

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Bienvenue au formidable spectacle de Geoffroy Monde ! Désopilant metteur en scène, il manipule avec allégresse le ridicule plat et l’idiotie obstinée de notre univers. Préparez-vous à un show absurde et délirant ! De rien, c’est à propos de tout. C’est par le langage de l’absurde que l’on peut le mieux évaluer et mettre en lumière l’écart tragi-comique séparant la nullité de signification du réel de la géniale boursouflure sémantique de notre monde.

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Déjà, ce titre. J’admets que c’est grâce à lui que j’ai empoigné cet ouvrage. Ecrit dans une calligraphie plaisante, avec un léger relief qui attire d’autant plus, il sonne comme une promesse. Celle de remercier l’auteur une fois cette BD lue. Mais aussi cette annonce, cette « mise en garde », si je puis dire : cette BD ne parle de rien de bien précis. Le résumé l’annonce avec justesse, on a là un show tout simplement absurde et délirant, avec cette couverture inspirée du monde circassien. L’auteur, c’est notre Monsieur Loyal qui nous accueille dans son spectacle, cette présence qui se maintien du début à la fin.

Comme à chaque fois que je vous parle BD, ou manga, ou n’importe quel ouvrage graphique, j’entame sur les dessins comme, pour le dire sans fioriture, je suis la grosse chiante de service là-dessus. Ici, j’ai été agréablement surprise, je ne m’attendais pas du tout à ce type de dessin, à cette patte qu’a Geoffroy Monde, ce petit truc – presque rien – mais qui caractérise tellement son univers : il met en valeur les nez, les coloriant en un rose assez vif, et leur octroyant une forme géométrique. Le graphisme est en réalité très doux, aucuns contours, les couleurs délimitent les personnages, et se fondent à merveille dans ce fond blanc. Les traits sont vraiment agréables, et ce qui m’a le plus marqué, c’est surtout ce travail incroyable sur l’ombrage, c’est hyper précis, et c’est assez étonnant parce qu’à première vue, le dessin est plutôt simple, il semble à priori « banal » mais il est très recherché par les nuances de couleurs. D’ailleurs, aparté subite, mais quelqu’un en commentaire (mes excuses, je ne sais plus du tout qui. ><) m’avait parlé du Séducteur de Jan Kjaerstad pour sa couverture, qui oui, est tout à fait sublime, et je viens tout juste de découvrir qu’il s’agissait d’une oeuvre de Geoffroy Monde, donc si cette personne lit ceci, elle est à présent au courant de l’artiste ! (et sinon, je vous suggère un roman, bam!)

Vous parler de cette BD, c’est quand même la grosse galère. Parler de l’absurde c’est toujours quelque chose de compliqué, enfin, personnellement, je ne sais jamais comment gérer la chose. C’est quelque chose de tellement particulier que c’est quitte ou double : soit on aime, soit, juste nah. De mon côté, je suis assez friande de ce registre, on peut aller vers tellement de chose, et selon moi ça mise beaucoup sur l’interprétation. On peut y voir des dénonciations ou pas du tout, c’est vraiment à la guise du lecteur qui peut, soit simplement se taper une bonne barre de rire, soit l’accompagner d’une réflexion en fond. Pour certaines histoires, il est possible d’y avoir une réflexion, pour d’autres, cela me semble un peu plus compliqué. C’est terriblement subjectif, et juste pour vous donner une idée, la première saynète m’a quand même bien frappé, parce que j’y ai vu une critique assez acerbe des personnes, révélant leur côté monstrueux, avec la non assistance à personne en danger, le fait que certains sont « spectateurs » et non « acteurs » quand une personne est en danger, ceux qui disent que « c’est horrible, cette personne ne méritait pas ça » mais qui n’ont rien fait pour essayé d’arrêter ce qui se passait. C’est dur à évoquer sans vous spoiler, et encore une fois, il ne s’agissait là que de mon ressenti, et peut-être qu’il n’était absolument pas question de cela.
Mais c’est le côté intéressant de l’absurde, qui permet une critique bien pointue tout en laissant une marge d’interprétation, différents points de vues. Et tout ça avec la possibilité de se taper une barre sur sa lecture, que demande le peuple !

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Personnellement, j’ai un humour bateau, un peu – beaucoup – naze, et je peux rire d’un peu tout et n’importe quoi, si vous connaissez l’univers d’Arnaud Tsamère, voilà, je me bidonne comme une fifolle dessus. ( de quoi, vous ne connaissez pas le sketch des fruits et légumes ? Aller, c’est cadeau. ) Mais hé, je raffole avant tout d’humour noir. ( Jérémy Ferrari en référence, ses spectacles sont merveilleux ! ) Ici, on est plus dans le premier univers, et pour comparer avec un autre type de BD, on peut retrouver des similitudes d’humour avec la Petite Mort de Davy Mourier. Certains passages de De Rien m’ont laissé de marbre, mais globalement, j’ai quand même  lâché des éclats de rire, ça dépend vraiment de votre genre d’humour quoi.

Pour sûr, Geoffroy Monde ne peut pas convenir à tous, pour certains il se peut que le contenu de son ouvrage ne soit que risible ou trop farfelu. Avant de vous lancer, je vous recommande de zieuter son travail sur son blog et si vous comptez lire De rien, misez plus sur un emprunt en bibliothèque. C’est le genre de BD à lire quand vous souhaitez vous détendre, pour une lecture sans prise de tête, pour quelque chose qui se lit rapidement et qui peut vous amener à sourire.

Bulle du mois #3 : quand la peur domine tout.

IMG_20170326_131535Le mois touche à sa fin, mais c’est aussi en ce dernier dimanche de mars qu’éclot le rendez-vous mensuel : la bulle du mois ! Petit bourgeon de printemps, l’article se déploie peu à peu pour que l’on fasse ensemble une découverte BD, un genre que je lis encore peu, mais qui pénètre un peu plus dans mes goûts au fur et à mesure que ce rendez-vous à lieu. Parce que oui, je suis en train de me prendre d’un amour fou pour ce genre-là, parce que les 3 BD lues pour le moment ont été des merveilles à lire ! Jane, le renard et moi avait été un coup de coeur incroyable, Piano Oriental n’était pas passé loin – mais que voulez-vous, les dessins… -, et celui-ci… Une pépite qui rejoins la première BD, c’est-à-dire : un coup de coeur, mais que dis-je, une coup de foudre même !
Pour cette fois, j’ai délaissé le blog de Charlotte qui est mon inspiration suprême, surtout pour ce genre (je vous vante son blog sans cesse hihi.) et j’ai farfouillé en solitaire sur internet, et, pouf, miracle, illumination, je voulais cet ouvrage mais alors absolument absolument absolument. Le titre m’a frappé, petite angoissée que je suis. (Puis Epiphanie, alors que j’adore la galette des Rois… Oui, oui, j’me tais et je sors loin, juré. >3< ) Et cette couverture, damn, une merveille. Et comment dire que quand on m’a offert l’Épouvantable Peur d’Épiphanie Frayeur, de Séverine Gauthier et Clément Lefèvre, j’étais joie !

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Épiphanie Frayeur est une petite fille qui grandit en même temps – mais moins vite – que sa peur.Ses cheveux sont constamment dressés sur sa tête. Elle a peur de tout, tout le temps. Cette peur – une énorme masse noire qui prend différentes formes – la suit partout, attachée à ses pieds comme son ombre. À l’orée de ses neuf ans, Épiphanie souhaite réussir à la dompter pour ne plus la subir. Au cours de cette quête, elle fait d’étonnantes rencontres – toutes plus loufoques les unes que les autres : un psychiatre, un coiffeur, un chevalier sans peur et sans reproche, un dompteur de fauves, une voyante… Nouera-t-elle de nouveaux liens qui la rendront plus forte ?

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 Je pense que ce qui séduit sans cesse mon coeur de lectrice dans les BD qui tire à priori plus sur le jeunesse, c’est les multiples lectures qu’on peut en faire. Vous pouvez donner cette BD à un enfant de l’âge d’Epiphanie, il sera comblé par les dessins, les couleurs, et l’histoire, et peut-être bien qu’il se dira qu’il ne faut pas tant avoir peur de la peur au final, qu’il faut l’accepter, que c’est humain, etc. Mais quelqu’un de plus âgé aura forcément un point de vue différent, en gardant cette première lecture, mais verra d’autres choses, il verra plus loin. Et c’est vraiment une petite merveille, parce qu’au cours de la lecture, il y a quelques petites références par-ci par-là, et celles que je retiens principalement sont Alice au pays des merveilles et Don Quichotte. Etant une inconditionnelle amoureuse de l’univers de Lewis Carroll, retrouver tant de similitudes dans cette BD m’a charmé au possible, surtout que je ne m’y attendais absolument pas. L’univers graphique rappelle beaucoup le pays imaginaire, avec des forêts plutôt sombres, pleins de petits personnages loufoques, des panneaux dans tous les sens avec des indications qui se contredisent ou qui sont quelques peu inutiles, une traversée dans un chemin parsemé d’objets qui rappelle bien évidemment le terrier du lapin dans lequel tombe Alice, surtout qu’ici Epiphanie est entraînée, comme si elle tombait. Et d’ailleurs, la chute dans ce terrier est représentée dans l’introduction, mais avec le personnage tombant toujours plus profondément dans sa peur. Puis, vous avez un mélange du Chapelier, du Chessire et la Chenille avec le premier personnage rencontré, le guide, qui a une manière assez incongrue de s’exprimer, avec le jeu de question/réponse qui semble au premier abord ne mener à rien. La manière dont cela est traité, et l’exploitation de l’oeuvre de Lewis Carroll est vraiment hyper intéressante, le rapprochement est incroyable. En un sens, cette BD est presque une branche d’Alice pour moi, tant il y a de similitudes.  Je vous ai également parlé de Don Quichotte, qui m’a semblé comme une évidence lorsque notre protagoniste fait la rencontre du Chevalier sans peur. Ne serait-ce que dans le visuel du personnage, on y retrouve l’image classique de ce personnage espagnol, puis ses fonctions. C’était un pur plaisir de parcourir cette BD, et de trouver par-ci par-là des références errant dans les planches, dans le texte. Un bijou.

Bijou aussi par son dessin, bien évidemment. Le coup de crayon de Clément Lefèvre est doux, épuré, tellement beau. Je ne sais pas combien de temps j’ai passé sur cette BD, facilement 1 ou 2h, tant je me suis arrêtée sur chaque détail, chaque illu’ alors que pour quoi, une oeuvre de 100 pages, on peut la lire très vite. Mais j’ai passé au peigne fin tous les dessins, en bonne grosse maniaque que je suis de l’illustration, et c’était un régal visuel. Tandis que le scénario semble sombre, les planches elles étaient douces, tendres, et toutes mignonnes, ce qui était surprenant. Par moment, l’ombre d’Epiphanie tenait un côté un peu effrayant, mais en gardant un aspect choupinou. Les couleurs sont d’une délicatesse, elles nous font rentrer dans un univers onirique, quelque chose de féerique presque. Les couleurs sont chaudes, elles réchauffent énormément alors qu’on s’attend à la base à des teintes froides, glaçantes pour la noirceur, la peur. Mais que nenni. Je pense que vous réentendrait parler de Clément Lefèvre, et j’ai déjà une petite idée avec quel ouvrage, un joli conte illustré dont le résumé m’attire très fort.

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On trouve beaucoup d’humour également dans ce récit, que ce soit dans le texte ou dans les illustrations. Dans son parcours, Epiphanie rencontre un tas de personnages, tous drôles à leur manière. La scène avec le coiffeur est légère et drôle, celui qui dit que pas un seul cheveux ne lui a résisté alors qu’ici, il ne parvient à rien. Le chevalier sans peur qui vient à avoir peur. Bref, des personnalités hautes en couleur et totalement délirantes ! Ces personnages apportent une légèreté au thème, des jeux drôles entre eux, et c’est fantastique de trouver un tel condensé dans une si courte oeuvre.

Pourquoi tu fais ça ? Tu prends toujours tellement de place. Je n’arrive plus à respirer. Tu ne me laisses jamais respirer. Tu dois t’en aller. Tu dois me laisser. Tu… tu me fais mal.

Le message délivré par cette BD est tellement agréable. Dans beaucoup d’ouvrages traitant de la peur, on aurait tendance à trouver des personnages qui veulent se débarrasser de leur peur, mais ici, il est question de la dompter. Comme le montre la citation, au début elle veut juste la quitter, mais peu à peu, son point de vue évolue. Elle apprendre à vivre avec, puisque après tout nous n’avons pas le choix, comme il s’agit d’un sentiment humain avec lequel on ne peut pas rompre tout contact. Réussir à supporter la peur, d’une manière raisonnable, de manière à ce qu’elle n’empiète pas sur nous, sur notre vie, notre état mental. Au final, savoir l’accepter, lui laisser une place, mais minime comparée à tout ce qu’elle peut prendre dans une vie. Comme le dit Epiphanie à sa peur, « tu prends trop de place ». Et pour beaucoup trop de monde, c’est le cas. La peur prend une place démesurée, à un tel point qu’on se définirait presque par elle. J’ai eu le cœur serré au final par cette lecture, parce que je peux dire que oui, je me suis retrouvée dedans, angoissée et stressée, bouffée par ce genre de sentiments négatifs. Et là, voir cette petite perle de huit ans et demi passer dans tout un périple afin d’apprendre à vivre avec ce qui l’a dompte depuis autant d’années, c’est au final inspirant. On y retrouve pleins de peur, différentes et ressemblantes, et c’est beau, mais beau beau beau ! On voit qu’Epiphanie lutte, parce qu’il y a aussi ce problème majeur : l’impression que tout ce qu’elle possède, c’est sa peur. Que c’est la seule chose à être véritablement là pour elle, et qu’au moins, où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse, elle est sûre de posséder quelque chose. A certaines cases, il y a une relation presque tendre avec sa peur, comme si elle était bercée par elle, dans ses bras, protégée. Et à ce moment là, j’y ai vu plus que le thème de la peur, peut-être que je vais trop loin et que voilà, je fais de mauvaises lectures, mais j’y ai vu un rapport à la dépression, qui créait justement cet état. Ce genre de cocon duquel on ne se détache pas, comme si ces sentiments négatifs, bien que nous bouffant de l’intérieur, étaient une valeur sûre, un réconfort, que eux, ils ne nous quitteront pas. Au final, on y retrouve le cercle vicieux de tous les sentiments négatifs qu’on peut éprouver, et de ce fait, cette oeuvre cible un grand nombre. De plus, ce qui est très intéressant, c’est que ce personnage passe d’abord par un psychiatre, qui n’est d’ailleurs pas très efficace. Et pour toutes personnes souffrant d’un quelconque mal psychique, on a tendance à dire, à forcer même parfois pour qu’elle aille voir un psy. Mais ici, on a bien la preuve que même seul, avec de la détermination, on peut s’en sortir. Et c’est fantastique de parvenir à résoudre ses propres problèmes, c’est incroyable de se dire qu’on est apte à aller mieux.

Cette BD délivre du courage, de la volonté. Tout comme le personnage principal, on a envie de s’en débarrasser complètement, mais on se rend compte que ce n’est peut-être pas la bonne solution, et qu’il faut juste réussir à cohabiter. Un coup de coeur, un coup de foudre somptueux, merveilleux, auquel il est très facile de se relater. Un bout de vie à découvrir, et une patte artiste vers laquelle il faut se ruer. Et puis si vous n’êtes pas convaincus, il y a deux belles surprises à la fin, une splendide intervention du docteur Psyche qui nous répertorie quelques phobies, et un jeu de loi bien trouvé !

La bulle du mois #2: des airs de piano venu d’Orient ?

 

img_20170122_164946Février touche à sa fin : nous voici déjà au dernier dimanche du mois. Mais petit réconfort, c’est également ce jour là que décide d’éclore un article à bulle ! Car en effet, chaque fin de mois, je vous présente une BD (rarement mangas qui sont susceptibles d’être présents sur le blog sans la nécessité de ce rendez-vous mensuel) afin de vous faire découvrir un genre que je lis pour le moment peu, et ainsi diversifier un peu le contenu des lectures. Et puis, comme je pense à votre wishlist, vous pouvez dès le lendemain vous ruez en librairie pour vous emparer de la bande dessinée que je vous fais découvrir, en espérant que vos porte monnaies me pardonneront haha !
Et pour ce deuxième numéro, je perdure à trouver mes inspirations grâce au blog de Charlotte que je considère presque comme mon Graal littéraire haha. Côté recommandations BD, elle a un pas mal qui sont très divers ! Et aujourd’hui, je me suis laissée tentée par le fameux Piano Oriental de Zeina Abirached, dont j’avais entendu beaucoup de bien.

 

sans-titre-2Un récit inspiré de la vie de son ancêtre, inventeur d’un nouvel instrument de musique dans le Beyrouth des années 1960. Folle tentative pour rapprocher les traditions musicales d’Orient de d’Occident, ce piano au destin méconnu n’aura vu le jour qu’en un seul exemplaire, juste avant que la guerre civile ne s’abatte sur le Liban. Une métaphore amusante – et touchante – de la rencontre de deux cultures, de deux mondes, qui cohabitent chez Zeina et dans son oeuvre.sans-titre-2

Vous ne le savez pas encore très bien comme il ne s’agit que de la deuxième édition de ce rdv, et qu’avant je n’avais chroniqué qu’un bouquin comportant des illustrations entre ses pages ( le recueil Saltimbanques, pour ce qui ne voient pas de quel livre je parle. ), mais pour faire simple vous pouvez m’associer à la « grosse chiante du graphisme ». Je ne lésine vraiment pas là-dessus, c’est en partie pour ça si je ne suis pas très BD, parce que souvent le trait, le type de dessin ne me plaît pas et si visuellement ( comme c’est minimum 50% de l’oeuvre finale ) ça bloque, que je ne suis pas attirée, je passe ma route bien que l’intérieur peut être génial. Tout simplement parce que je vais être perturbée, stressée par les illu’ ( moi, stressée de la vie, et pour un rien ? Nooooon… ) et que le récit, je vais passer outre pour reprocher la moindre erreur de proportion, des détails qui ne me plaisent pas, etc. Je suis vraiment énervante là-dessus, je vous le confirme. Et j’ai eu très, très peu pour Piano Oriental. Parce que dès la couverture, ce n’est clairement pas le style pour lequel je succombe.
Alors on ne se leurre pas, je ne suis pas soudainement tombée amoureuse pour ce coup de crayon. Je continue, à première vue, à dire que je ne l’aime pas : les traits sont trop épais à mon goût, tout en rondeur, et les personnages me donnent une impression enfantine, surtout le tracé des mains (j’avais dis que j’étais chiiiante, jusqu’au bout des doigts ma parole !) qui me fait penser à la manière dont on peut dessiner quand on est enfant, s’appliquant à dessiner ce qui me rappelle presque le patron d’un gant.. Sans parler de la surcharge d’informations dans les dessins quand j’ai feuilleté la BD, à certaines pages mes petits yeux de bigleuse mourraient sous tous les détails, je ne savais plus où regarder ! Mais le plus surprenant, là-dedans, c’est que Zeina Abirached a établie pour moi un tour de maître  : je n’ai pas été bloquée par les dessins, j’ai réussi étrangement à les apprécier peu à peu, au fur et à mesure des pages, et m’ont tout de même transporté dans l’histoire. Disons que ce style de dessin est effroyablement intéressant pour justement, la richesse de ses détails qui offrent des dessins très riches, les rendant très imaginatifs et inventifs. Le +, c’est que l’auteur installe tout un jeu dans ses dessins, et je pense que c’est justement ce qui m’a permis de ne pas être bloquée puisque certains étaient vraiment surprenants !

Donc, si comme moi vous avez peur par rapport au dessin, je vous conseille tout de même d’essayer, cela peut amener à un bonne surprise ! L’histoire me semble vraiment à découvrir, elle est très délicate et elle aussi riche, avec beaucoup de métaphores et de poésie. La musique est ici la métaphore principale, celle que l’on suit durant toute l’histoire. Par le biais du personnage principal qui lutte afin de créer un piano occidental pouvant jouer les airs d’Orient par un système de quart de ton que le l’instrument original ne reproduit pas et ainsi d’octroyer à l’objet une double culture, l’auteure nous fait un parallèle avec la langue, avec notamment la sonorité comme pont entre les deux puisqu’il s’agit de la musique des mots. Zeina Abirached se trouve perdue entre deux langues, le français et l’arabe, ainsi que leur culture respective ; comme le personnage d’Abdallah, elle lutte pour maîtriser les deux langues avant de pouvoir se les approprier en mélangeant les deux ensemble, avec des intrusions de tic de langage par exemple. L’évolution qu’elle fait est belle à découvrir, et la situation des personnes bilingues par exemple est vue d’une manière très touchante par la complexité de trouver son « chez-soi », de trouver un lieu où se sentir bien entre les deux pays où ils sont tiraillés.

Je tricote depuis l’enfance une langue faite de deux fils fragiles et précieux. 

Si vous aimez les oeuvres parlant de musique, et faisant éloge aux mots, alors jetez-vous dessus sans hésitation ! Pour cet aspect là, j’ai adoré cet ouvrage, qui d’ailleurs n’est pas dans un point de vue idéalisé. Cette bande-dessinée rend merveilleusement compte de la complexité de ces deux domaines, et pour les mots, de leur côté un peu traître parfois. Tout est véracité et non enjolivé. Le bémol que je tire de cet ouvrage, cependant, c’est qu’on peut-être aisément perdu entre les personnages : la narration se fait à la première personne, et on ne sait pas forcément qui parle. On peut donc croire qu’il s’agit de l’auteur alors que quelques planches plus loin, on se rend compte qu’il s’agissait de son ancêtre.

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En bref, cette BD aurait pu être un coup de coeur en dehors du point négatif juste cité, et des dessins que je n’ai su apprécié qu’au fur et à mesure, et une fois l’ouvrage refermé, où je suis revenue avec mon point de vue de départ : le fait que ce n’est pas vraiment mon type de dessin ! Je suis du coup perplexe sur les autres oeuvres de l’auteure, et je pense que s’il n’y aurait pas eu tout ces jeux au sein de l’histoire, je n’aurais pas pu plonger dans l’histoire. Mais dans tous les cas, je vous en fais une très vive recommandation, l’intérieur recèle de trésors !

La bulle du mois #1 : condensé de Jane Eyre, de renard et d’adolescence ?

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Afin de diversifier le contenu du blog, et pour vous faire découvrir de nouveaux ouvrages ( et pour le coup, pour m’en faire découvrir aussi. ) je vous propose ce petit rendez-vous mensuel dans lequel je vous partage une découverte « à bulle » (en accord avec le thème du blog non ?), c’est-à-dire BD, manga, ou comic — enfin pour le dernier, je doute, mais qui sait, peut-être que je me lancerais dans les comics un jour. Le jour de parution sera le dernier dimanche du mois, ne me demandez pas trop pourquoi. Le dimanche est la journée détente, ce qui signifie lecture, et donc, pourquoi pas un autre format qu’un roman ?
Le fait est que je ne suis pas vraiment BD, et qu’en prime, ça coûte bonbon faut se l’admettre. Du coup, je me suis dis que chaque mois, j’allais emprunter ne serait-ce qu’une BD à la bibliothèque pour vous partager un genre que je ne connais pas assez. Il est fort possible que certains mois je vous présente un manga, que ce soit par coup de coeur, par envie de mettre en lumière certains trop peu connus, ou éventuellement si je n’ai pas emprunté ma BD mensuelle. J’avoue que le blog de U Lost Control me donne énormément envie de m’aventurer dans ce genre de lecture, et je lui ai d’ailleurs fait confiance pour le premier numéro de cette rubrique en choisissant Jane, le Renard et Moi, d’Isabelle Arsenault et Fanny Britt.

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Montréal, dans les années 80. La jeune Hélène est le canard boiteux de son établissement. Mise à l’écart, sujette aux moqueries et aux insultes, elle se réfugie dans la lecture de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Elle s’identifie à l’héroïne tout en se dévalorisant, persuadée d’être “une saucisse de Toulouse”, “un bébé truie” ou “un coussin à fourchettes”. Et le pire est à venir. Une semaine en camp de vacances avec les 40 élèves de cinquième, prêts à la martyriser. Mais deux rencontres vont illuminer son quotidien.

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Jane, le renard et moi est une magnifique bande-dessinée sur le harcèlement scolaire, qui est le thème principal de l’ouvrage — mais pas le seul ! C’est un sujet que j’aime voir traité dans la littérature tout simplement parce que c’est le genre de thème qui me parle. Ce n’est pas le genre de sujet agréable à lire, mais ici, ce n’est pas mélodramatique, ce n’est pas négatif: beaucoup d’espoir nous est délivré dans cette lecture d’une grande finesse. L’autre thème principal selon moi est l’éloge de la littérature au travers de l’oeuvre de Charlotte Brontë, qui nous est donc montrée comme un refuge, une porte de sortie pour fuir la réalité, une évasion pour nous sauver. J’adore les ouvrages où il y a des éloges à la littérature. Et j’adore Jane Eyre qui est un de mes romans préférés. Alors croyez-moi : j’étais conquise.

Moi, c’est mon coeur qui s’est arrêté. Et qui attend. N’importe quoi. Les secours. Du renfort. La fin du monde avec un peu de chance. 

Les changements d’atmosphère créés en passant du quotidien au roman sont vraiment agréables. Le thème du harcèlement scolaire est lourd bien qu’il soit traité d’une manière très délicate, mais c’est quelque chose qui peut vite devenir étouffant. Le lecteur s’échappe, tout comme Hélène, dans la découverte de Jane Eyre, et c’est une bulle d’air qui nous fait oublier les moments durs de l’adolescente. J’ai énormément aimé les parallèles avec le roman, l’identification par ce classique est très intéressante. En effet, cette approche montre que ce qu’on définit comme classique en le vénérant presque ( aka quand on te dit que c’est la « vraie littérature », m’voyez l’absurdité ? ), et qui du coup en rebute plus d’un, est totalement accessible même pour les plus jeunes puisque que notre protagoniste a 12 ans. Cela casse l’image « difficile » toujours accordée à ce genre. La trame du roman de Charlotte Brontë est suivi dans la BD, il s’agit de la même ligne conductrice : une vie difficile remplie d’insultes, amenant à un déni de soi, mais un épanouissement, un accès au bonheur qui surgit après le pire. Ce roman permet justement à Hélène de ne pas se sentir seule, puisque le personnage de Jane Eyre a également vécu de dures épreuves, mais elle a réussi à s’en sortir : il s’agit de l’espoir auquel le personnage de cette BD s’accroche de toutes ses forces.
Le seul bémol que je peux mentionné, c’est que le roman est résumé dans les grandes lignes, mais du début à la fin : il n’y a donc plus de surprises si on veut découvrir ce roman après lecture puisque les éléments majeurs sont dévoilés. Mais cet ouvrage britannique reste à découvrir pour sa beauté. Cette BD donne d’ailleurs envie de se replonger dans l’histoire !

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Les dessins sont « particuliers », j’ai vu plusieurs avis négatifs suite au graphisme. Personnellement, je les ai trouvé tout doux et tendres, ils sont très agréables à regarder, notamment les doubles pages de forêt où figure parfois Hélène, isolée de son quotidien. Je les ai trouvé d’une grande délicatesse et j’ai aimé suivre cette histoire avec ce type de graphisme. Les planches sont principalement en noir et blanc, bien que la couleur vienne progressivement vers la fin et pointe déjà le bout de son nez lors des passages sur Jane Eyre, les moments de bonheur où notre adolescente s’évade par la lecture. Ce qui a surtout gêné certains lecteurs est cet effet un peu « journal ». En effet, l’emplissage est quelque peu grossier. Pas mal fait, loin de là, mais grossier parce qu’il y a des zones vides. De plus, on peut voir quelques traces sous certains mots, comme s’il s’agissait de traces de gomme. Et justement, j’ai eu l’impression qu’il s’agissait du journal d’Hélène, où elle dessinerait et raconterait son quotidien, ce qui permet de rapprocher le lecteur. Ce parti-pris frustrera les personnes qui veulent une propreté impeccable aux dessins, mais pour ma part j’ai été séduite par cette simplicité, ce côté doodle (qu’on aurait tendance à traduire par « gribouillis », mais le terme anglais me semble plus évocateur.)

Je suis trop assourdie par mon coeur qui tambourine. 

Vous l’aurez sans doute compris, mais il s’agit d’un merveilleux coup de coeur, et je vous recommande vivement de plonger dedans.

Bien à vous,
La Récolteuse.