Les bulles : où il est question de nuage, de grand-père, et du Pérou.

Illustration d’Arno Monin.

Tu sais que les titres des articles BD sont toujours un peu énigmatiques avec leurs mots-clés. Il est vrai que, comme à mon habitude, je débarque bien après la guerre : j’ai vu non-stop cette série en deux tomes passer sur la blogo, et maintenant, plus rien. Mais je comprends pourquoi on en a tant parlé, c’est une pépite ! Si je te dis plutôt les mots en indiens, avec « Qinaya » et « achachi », tu replaces un peu mieux ?  ( si le dessin t’avais pas aidé plus haut, sait-on jamais. ) L’autre mot clé, qui est aussi le titre de cette bande dessinée, c’est L’adoption, avec Zidrou au scénario et Arno Monin au dessin.


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Lorsque Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, est adoptée par une famille française, c’est la vie de tous qui est chamboulée. Mais pour Gabriel, ce sera encore plus compliqué : il lui faudra apprendre à devenir grand-père, lui qui n’a jamais pris le temps d’être père. Des premiers contacts un rien distants aux moments partagés, Gabriel et Qinaya vont peu à peu nouer des liens que même le vieux bourru était loin d’imaginer.

 


Ca fait tellement longtemps que je n’ai pas parlé BD que je ne sais même plus comment m’y prendre ! Surtout que j’ai l’impression que tout le monde a tout dit sur ce titre tellement il a ébranlé la bookosphère. Et surtout, en parler sans spoiler est assez complexe, puisque le cliffhanger du tome 1 constitue la raison d’être du tome suivant. Vous m’excuserez donc si l’avis est succin, un peu vide peut-être, et qu’il s’axe tout particulièrement sur le premier tome. Poursuivre la lecture de « Les bulles : où il est question de nuage, de grand-père, et du Pérou. »

Les bulles : et si tout le monde voyait à travers vos propres yeux ?

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C’est à travers un personnage plus ou moins ( moins suite à une moralité plutôt douteuse… ) monsieur tout le monde que peut éventuellement s’opérer une identification pour offrir au lecteur une expérience dérangeante ! Imaginez : ne plus avoir la moindre intimité parce qu’un beau matin, le monde voit par vos pupilles. C’est ce que proposent deux artistes de renommée dans le monde de la BD d’après ce que j’ai pu lire d’eux ( mais qui me sont complètement inconnus en tant que newbie dans le genre ), c’est à dire Lewis Trondheim au scénario, et Matthieu Bonhomme au dessin, à travers leur titre qui sonne comme un syndrome dont le héros serait frappé : Omni-visibilis. 


Omni-visibilis - tome 1 - Omni-Visibilis

Hervé, célibataire, la trentaine maniaque, mène la vie un peu mesquine mais sans histoires d’un employé de bureau lambda. Un matin, il se rend compte que son voisin voit ce que lui, le personnage principal, voit, puis un quidam dans le bus, puis sa mère, à des kilomètres de là… Hervé est devenu une sorte d’open-source à sens unique, un télépathe inversé dans lequel six milliards d’êtres humains lisent à livre ouvert… le cauchemar peut commencer.

 


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Les bulles : Zaï zaï zaï zaï, de Fabcaro.

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Il me faut reconnaître que j’étais très sceptique à l’emprunt de cette BD tout simplement parce que… je n’avais pas envie. Mais alors pourquoi l’avoir empruntée, je vous entends le clamer ! Parce qu’elle était courte et que donc, je me suis dit qu’au pire du pire, je n’avais trop rien à perdre, ça se lirait vite. Je ne sais pas trop pourquoi je n’avais aucune envie de me pencher dessus, peut-être parce que fut un temps elle passait sur tous les blogs, comptes instagram etc. Mais quelle erreur cela aurait été ! Parce que je n’ai jamais autant rit sur une BD, c’est d’un absurde pire que grotesque qui, vous vous en doutez probablement, n’est pas seulement léger mais dénonce la société d’une manière déroutante.

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Un auteur de bande dessinée, alors qu’il fait ses courses, réalise qu’il n’a pas sa carte de fidélité sur lui. La caissière appelle le vigile, mais quand celui-ci arrive, l’auteur le menace et parvient à s’enfuir.
La police est alertée, s’engage alors une traque sans merci, le fugitif traversant la région, en stop, battant la campagne, partagé entre remord et questions existentielles.
Assez vite les médias s’emparent de l’affaire et le pays est en émoi. L’histoire du fugitif est sur toutes les lèvres et divise la société, entre psychose et volonté d’engagement, entre compassion et idées fascisantes. Car finalement on connaît mal l’auteur de BD, il pourrait très bien constituer une menace pour l’ensemble de la société. 

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas du tout été friande du dessin ( mais vous voyez, j’me soigne, j’arrive à lire (plus ou moins n’exagérons rien) ce qui ne m’enchante pas visuellement ! ) Je reconnais qu’il parvient à renforcer un décalage, à mettre en lumière tout le grotesque par une confrontation entre les situations cocasses et ces traits mi simples et réalistes, avec une impression de non-fini. Le style est particulier et plutôt difficile à décrire, mais je vous mettrais quelques planches pour le plaisir de rire et d’avoir un aperçu. Cependant, bien que je suis tatillonne sur les dessins de manière générale, ici je n’ai pas eu de soucis tout simplement parce qu’ils ne sont pas essentiels pour moi. Tout passe plus par les mots que le dessin donc mon attention s’est portée ailleurs.

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Les bulles : Silver Wolf, Blood, Bone, tome 1 de Tatsukazu Konda & Shimeji Yukiyama.

Je n’ai pas l’habitude de vous présenter des mangas sur le blog. A l’exception de Black Butler et d’Ajin, je crois qu’aucun n’est passé sur mes touches de clavier pour en faire un avis construit. Les bulles dominent le blog en ce moment, c’est ce dont j’ai le plus envie de lire ces temps-ci, sans doute pour un côté rapide pas prise de tête, allez savoir. Mais bref, pour le coup, ma faiblesse aura contribué à découvrir un manga vraiment très, très, très prometteur. J’exagère à peine.

Faiblesse ? Quelle est-elle ?

Il m’a suffit d’un bandeau où était inscrit le nom de la grande déesse (oui, rien que ça) première du nom, Hiromu Arakawa ( mangaka du célèbre Fullmetal Alchemist, mais aussi d’Arslan, entre autres. ) qui recommandait ce titre. Je lui fais une confiance aveugle, et je m’en suis bien sûr emparée de suite. (puis il faut reconnaître que la couverture est CANON. Les reflets argents sont à baver.)


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Hans Vahpet, dit « Silverwolf », célèbre chasseur de vampires, est sollicité pour enquêter sur de mystérieuses affaires où les victimes sont désossées. L’occasion pour cet ancien héros de remplir une dernière mission… Cela fait dix ans que les vampires ont été exterminés du monde.Depuis, il coule des jours paisibles en compagnie de Cocowill, une jeune demi-vampire que Hans a recueillie.
Mais aujourd’hui, un autre type de monstre fait son apparition. Cette espèce a la particularité de ne se nourrir que des os humains, laissant de côté les chairs, les organes et le sang. Face au nombre croissant de victimes, la police, complètement dépassée, demande de l’aide à Hans.


Récolteuses et récolteurs, si vous êtes des élèves modèles, par quoi commence le plus fréquemment la Récolteuse lors des chroniques bullesques ? Le graphisme, tout juste ! Poursuivre la lecture de « Les bulles : Silver Wolf, Blood, Bone, tome 1 de Tatsukazu Konda & Shimeji Yukiyama. »

Les bulles : Je suis un enfant qui tue des gens.

La blogosphère m’a présenté cette bande-dessinée (si vous l’avez chroniquée, manifestez-vous, je ne sais plus grâce à qui je l’ai découverte !) dont j’ai gardé le nom précieusement dans un coin de ma tête, intriguée par cette phrase qui me sert de titre, qui était la quatrième de couverture de l’ouvrage, et le « titre » du premier chapitre. Je n’avais pas prévu de la lire de suite, mais en farfouillant dans les boîtes de la bibliothèque, elle m’est arrivée entre les mamines alors que je cherchais tout autre chose… Et je me suis dit qu’après tout, pourquoi pas maintenant. Alors je suis repartie… Avec Un léger bruit dans le moteur. (d’après un roman de Jean-Luc Luciani, le scénario par Gaët’s, et des dessins gribouillés par Jonathan Munoz.)


 

Dans un village isolé où la moindre voiture qui passe est l’objet d’émerveillement, une série de meurtres horribles est perpétrée. Un récit à la première personne d’un enfant meurtrier.

 

 

 


 

Cette couverture est vraiment sympa : elle attire l’œil, intrigue parce qu’elle surprend, et on a envie d’y plonger. Les phares de la voitures et leur lumière jaune-orangée donnent quelque chose de chaud, qui renforcent l’acier du couteau positionné au centre. Placés in medias res, qu’arrivera-t-il au conducteur de la voiture ? Pas de détours, pas de secrets, on sait qui est ce gosse, ce qu’il fait. Reste juste à savoir jusqu’où il va.

Tout ça à travers ses yeux, ses pensées. Le lecteur est projeté dans le corps d’un meurtrier, d’un enfant meurtrier. Déstabilisant et dérangeant, on est contraints à penser les mêmes choses que lui. On est vraiment amenés à ce point de vue enfantin par un langage très cohérent, qui nous fait grincer des dents puisqu’on a certaines bases grammaticales et qu’on ne se permet pas de dire « je fais qu’est-ce que je veux » par exemple ; par les dessins que l’enfant réalise, comme « journal des meurtres » en un sens ; cet ensemble nous projette à redevenir enfant d’une certaine manière, à devenir ce gamin qui, de fil en aiguille, va nous amener à comprendre sa démarche, et peut-être atténuer son étiquette de meurtrier. De là sort la question majeure de la BD : légitime, ou non ?
En effet, ce village, trou paumé où personne ne passe sauf s’il y a besoin d’un verre d’eau lors d’une chaleur accablante ou quand il y a un léger bruit dans le moteur, c’est un ramassis de gens plus pourris les uns que les autres. Quelques éléments noirs de notre société à l’échelle d’un microcosme. Cette BD fait quand même ressortir la part sombre qui est en nous, et nous amène aux pensées faciles où l’on se dit qu’untel ne mérite pas meilleur sort que celui qui lui est réservé par notre protagoniste. C’est le sentiment étrange que j’ai eu (peut-être la catharsis par la BD, allez savoir) : de devenir complice voire meurtrière en approuvant certains de ses gestes. Entre  viol, profit sur les morts, rancœur qui guide à la vengeance et à un meurtre organisé par la quasi totalité du village… Oui, on en viendrait à comprendre cet enfant au couteau.

La diégèse de cette BD ne porte pas meilleur attribut que pourriture, vraiment. C’est le village de l’immoralité. Faut quand même être accroché.e pour la lire, parce que ce n’est plus tant les crimes qui sont choquants mais la mentalité de ce village qui les amène à de tels actes.
Il n’y a qu’un personnage auquel on est aptes à « s’attacher », ou en tout cas, à ressentir quelque chose pour (quelque chose de positif, j’entends).  Tout simplement parce que malgré tout ce village qui devient victime, l’un ou l’une de ses habitants l’est bien plus que les autres.

Côté dessin, l’emploi des couleurs retranscrit très bien l’atmosphère : c’est sombre, ne tirant pas pour autant sur les gris et les noirs, mais sur le marron. C’est boueux. C’est sale.
Avant même de lire la bande-dessinée, je l’avais feuilletée, et je me suis dit que ça n’allait juste pas le faire parce que je trouvais le trait laid. Mais c’est une adéquation parfaite à l’histoire. Ca vous est déjà arrivé de lire une BD, et de vous dire que ça n’aurait jamais pu être un autre type de dessin ? C’est exactement ce qui se passe ici. Une fois en plein dans la lecture, le dessin se marie tellement à ce qu’il se passe, les traits retranscrivent horreur et méchanceté, c’est très propre aux personnages. Le mélange entre très détaillé et flou/estompé est intéressant. C’est contradictoire et je ne saisis pas bien comment les deux se rejoignent si bien dans cette BD, mais en tout cas c’est une patte qui se singularise des autres types de dessin.

Je n’ai pas grand chose à rajouter sur cette BD, c’est tout simplement un cumulus d’adjectifs du type malsain, violent, ou encore dérangeant. (je n’ai que ce mot à la bouche, mais j’ai vécu la BD comme ça haha, je n’arrive pas à m’en défaire !) Cet ouvrage est plus pour un public averti, mais vous devez vous en douter au vu de ce que j’en ai dit. Je vous la dépeins comme le ramassis d’une humanité perdue, mais il y a un vague espoir à la fin, une sorte de prise de conscience. Ca ne pardonne pas tous les actes commis mais c’est la preuve d’une évolution. C’est avant tout une expérience qu’il faut être prêt.e à vivre, et je ne pensais pas que ce serait possible par le biais d’une  bande-dessinée.

Les bulles : L’Ecorce des choses.

Si j’ai bien un conseil à vous donner, c’est de vous laisser tenter par les présentoirs de vos bibliothèques. J’avais pu découvrir Satanie de cette manière ; cette fois, c’est l’Ecorce des choses de Cécile Bidault. Les couvertures rouges attrapent facilement mon regard semblerait-il (disons que pour les deux, on est sur du rouge intense, facile.), mais surtout ce graphisme doux et mignon, ainsi que son nom poétique.
Si c’est un conseil — ou plutôt un encouragement que je vous donne, c’est bien parce que faire aveuglément confiance aux bibliothécaires peut avoir du bon. On peut tomber sur des petites merveilles, comme c’est le cas ici.


C’est l’histoire d’une petite fille privée de sa voix.

Dans un monde qu’elle perçoit comme un gigantesque aquarium, elle va trouver refuge au pied d’un arbre, lieu de ses rêveries et de ses parties de jeux, mais aussi de sa rencontre avec un petit garçon mystérieux.

Laissez-vous immerger dans le récit d’une petite fille qui tâche de s’affirmer autrement que par la parole…

 

 


Vous le saviez, vous, que la Langue des Signes était interdite pendant un long moment ? Et qu’en 1970, elle l’était encore ? Dès la préface, on est mit dans le bain et on apprend quelque chose, qui pour moi est aberrant, j’ai du mal à concevoir comment et surtout pourquoi on oppresse encore plus des personnes qui déjà n’ont pas la parole, en leur supprimant un moyen d’expression… Poursuivre la lecture de « Les bulles : L’Ecorce des choses. »

Les bulles des mois : deux rapports différents à l’Enfer sous les mêmes plumes.

Elles avaient disparu, mes très chères bulles ! Et pourtant, je les affectionne tout particulièrement. Petite annonce rapidos, c’est qu’elles devraient revenir, et avec un peu plus de régularité que… depuis août, tout simplement parce que j’en ai une envie accrue en ce moment !
Et on reprend ce petit rendez-vous supposé mensuel, qui ici a chevauché fin janvier début février, avec deux ouvrages, tout deux réalisés par Fabien Velhmann au scénario, et Kerascoët pour l’illustration. A savoir que je n’avais jamais lu quoi que ce soit d’eux, juste que pour la première BD que je vous présente, Jolies Ténèbres, j’aimais beaucoup le titre ; et que pour la seconde, Satanie, je l’avais vue sur un présentoir et elle me tentait terriblement, mais j’avais emprunté autre chose ce jour-là. C’était donc un pari assez risqué d’emprunter deux BDs en même temps par ces deux artistes, mais ça m’a au contraire été bénéfique : je n’ai pas été si embarquée par la première, mais j’en avais une autre sous le coude que, quitte à avoir empruntée, autant la lire, et que j’ai adoré.

Prêts pour un article sans doute long, qui vous fait aller dans deux types d’Enfer ?

Jolies Ténèbres.


Dans le palais imaginaire de la presque princesse Aurore, le plafond se met soudain à dégouliner, les murs s’effondrent d’eux-mêmes et tous les invités s’en échappent pour ne pas finir engloutis sous des marées nauséabondes. Parce que la demeure d’Aurore n’est rien d’autre qu’une enfant gisant abandonnée dans les sous-bois, sans que quiconque sache ni comment ni pourquoi elle s’est retrouvée là. Au fil des saisons, la minuscule souveraine se démènera pour faire de son monde un conte de fées comme elle en a toujours rêvé, en compagnie de créatures telles que l’Orgueilleuse, ou l’Aventurière, et bien entendu le Prince m’as-tu-vu. Or, dans cette fable-là, les princesses ne deviennent guère des reines. Et Aurore l’apprendra à ses dépens, lorsqu’il lui faudra prendre de cruelles décisions…


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