Alessandro Baricco, ou le nom que je peux enfin mettre sur l’idée d’auteur préféré.

Début des vacances hivernales, et bien que j’ai plusieurs chroniques à rattraper, c’est ce titre (un peu trop) long que je préfère pianoter sur mon clavier. Rubrique ayant vu le jour par un pur hasard fin Juin, j’avais très envie de vous raconter mon rapport à un nouvel auteur, et croyez moi que j’avais déjà quelques petites idées. Mais c’est de Baricco dont je souhaitais le plus parler. Ce monsieur qui me fascine à un point inimaginable. Beaucoup d’entre vous, en lisant le premier numéro qui était sur Victor Hugo, ont pensé que ce dernier était mon auteur préféré. J’ai songé de même un moment donné, peut-être est-ce celui que je préfère dans les auteurs dits « classiques », mais il n’a pas récolté mon petit cœur de lectrice comme l’a fait Baricco. Il s’est imposé à moi comme le plus beau des hasards. Je pensais presque ne jamais pouvoir deviner ce qui faisait d’un auteur notre chouchou, surtout en voyant certains blogs qu’on associe presque immédiatement à un auteur ( Oui, je pense à toi Ada avec Albert Camus ! ). Pour ma part, je me suis rendue compte que oui, je pouvais affirmer qu’Alessandro Baricco était mon auteur préféré en ayant lu peu de livres de lui, mais à partir du moment où j’ai eu le désir de lire toute sa bibliographie.

 T’es bien beau mon p’tit, mais t’es qui ?


Joli sourire, c’est gratuit !

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Océan mer, d’Alessandro Baricco.

IMG_20170616_172905Si vous êtes des fervents Récolteurs•ses, ceux•celles de la première heure ou juste des gros chtarbés que j’aime d’amour à avoir épluché tous les articles du blog ( même si vous les avez pas tous regardés, je vous aime d’amour ), vous savez que cet auteur a déjà fait son apparition dans l’une de mes bubulles. Et bien oui l’ami, je l’avais découvert avec son sublime roman Mr Gwyn qui s’est direct imposé comme l’un ( si ce n’est le ! ) de mes romans préférés. Effrayée mais foutrement excitée en même temps, je rêvais de découvrir sa plume à nouveau, et j’ai jeté mon dévolu sur Océan mer. De un, parce que cette chère Ambroisie l’avait lu ainsi que Floavril donc j’étais fortement intriguée, mais aussi parce que par pur hasard, flânant chez Cultura avec le désir de repartir avec un bouquin, j’ai eu envie d’un Baricco et il n’y avait que celui-ci. Mais alors, quelle surprise !

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Au bord de l’océan, à la pension Almayer, «posée sur la corniche ultime du monde». Sept chambres, sept naufragés de la vie qui sont venus là pour prendre congé d’eux-mêmes et tenter de renaître, de recoller les morceaux de leur existence. Un mystérieux habitant dans la septième chambre,d’étranges enfants qui tels des anges gardiens hantent la maison et l’âme de ses hôtes. Tous là, à chercher quelque chose, en équilibre sur l’océan. Il y a bien longtemps de cela, ces destins et d’autres rencontrèrent la mer en revinrent marqués. Ce livre les raconte, parce que en les écoutant, on entend la voie de la mer. Il peut se lire comme un récit à suspens, un poème en prose, un conte philosophique ou un roman d’aventures. Ce qui domine en tout cas, c’est la jubilation de raconter des histoires, à travers une écriture et une technique romanesque sans modèles ni antécédents.

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Je vous annonce la couleur dès le début ? Bien que, ouaiiiis vous vous en doutez, c’pas trop étonnant. Océan mer est un coup de coeur de fou de waouh ! Il faut vous dire que dès ma lecture de Mr Gwyn, l’auteur s’est imposé comme un maître pour moi ( si si, j’exagère à peine ) puisqu’il m’a donné envie de lire toute sa bibliographie. Et c’est une chose que j’espère tenir, sincèrement : lire tous les bouquins de Baricco. Je trouve ça tout simplement fascinant qu’à la lecture d’un seul de ses livres, lors de ma première découverte, qu’une telle volonté soit née et qu’elle se soit renforcée en poursuivant avec un deuxième roman. Si vous avez lu cet auteur et que vous me conseillez un titre en particulier, je suis toute ouïe ! Quand on aime, on ne compte pas, et je suis dans la démesure lorsqu’il est question littérature !

Tu as des rêves, une chose à toi, intime, mais la vie en fait, elle ne veut pas jouer à ça, et elle te les démonte, un instant, une phrase, et tout se défait. 

Le hic, c’est que vous parler de ce bouquin, c’est terriblement compliqué tant l’intrigue part dans 7 directions diverses ( oui, 7, le nombre de personnages ). Tout semble distinct, indépendant, mais que nenni, tout est interdépendant oui. Les histoires se rejoignent, se mêlent, et en parler devient complexe à cause de sa richesse. De toute manière, je ne saurais vous trouver une trame précise, pour moi il s’agit simplement d’apprentissage de personnages, mais aussi de vie. Ca paraît simple, mais quoi de plus compliqué que la vie ? Ce roman est d’une beauté intense. Les personnages aident à cela, des personnalités diverses dont certaines sont mêlées à une dimension quelque peu fantastique, du farfelu naissent d’eux mais ils nous permettent un voyage tellement riche ! Chacun d’entre eux m’ont semblé touchés par une forte nostalgie, comme un nuage planant au dessus de la pension Almayer. Mais cela ne crée pas obligatoirement une tristesse, juste une atmosphère singulière, et bizarrement j’ai trouvé que c’était ce qui m’avait happé, ce qui caractérisait tant ce roman. Ces remembrances étrangères, dont on ne sait rien mais qui semblent au cours du roman faire partie de nous. C’est étrange et difficile à décrire, parce que c’est la première fois que j’ai eu ce sentiment dans un bouquin : me sentir nostalgique par rapport au passé des personnages alors que je ne le connaissais pas, que je ne les découvrais qu’au fur et à mesure, comme si sans même le savoir tout ces personnages étaient une part de moi. C’était un sentiment magique, et je vous souhaite de pouvoir l’expérimenter ne serait-ce qu’une fois.

— Plasson, mais depuis quand sommes-nous ici, nous ? 
— Depuis toujours, madame. 
— Non, je vous parle sérieusement. 
— Depuis toujours, madame. Sérieusement.

Et je terminerai là-dessus, puisque cela me semble être la puissance d’Alessandro Baricco : son écriture. Un grand chapeau à la traductrice qui a du s’arracher les cheveux pour rendre la beauté de ses mots, de son inventivité, de sa musicalité, c’est réussit avec brio, et si vous avez la chance de lire en italien faites le, je me dis que ce doit être encore plus sublime ! Ici se présente une écriture différente de celle présentée dans Mr Gwyn, bien qu’avec des similitudes. Toujours ce langage un peu cru, franc, direct, notamment dans la deuxième partie, le Ventre de la Mer (qui répond par ailleurs au challenge Baker Street !). Sa poésie ne le quitte pas, mais ici, l’auteur joue énormément sur la forme, découd la structure classique du roman : les dialogues sont flous, on ne sait plus qui parle ; les phrases se brisent soudainement pour reprendre en plein milieu de page ; de longues phrases ou bien juste des mots ; … Je ne sais comment vous l’expliquer, mais la mise en page innove, parfois naît l’impression d’être face à un premier jet où l’on testerait de nouvelles choses, où l’on reprendrait une phrase bien plus tard après avoir refermé le carnet dans lequel on écrivait.
Sans parler tout simplement de la rédaction. Je l’ai déjà dit, mais poétique, intensément poétique. C’est un flux, à aucun moment l’écriture n’est figée. Véritable musique, Baricco semble même réussir à transformer les mots en un remue de vagues, et c’est d’une beauté frappante.

Ce livre est tellement spécial que oui, malheureusement il se peut qu’il vous bloque totalement, qu’il vous laisse vagabonder seul sur la plage, ne pouvant entrer dans la pension Almayer. Mais si vous parvenez à être immergé.e dedans, alors c’est pour un voyage troublant, remuant, mais ô combien fascinant à vivre. Et je pense que pour ma part, il m’a aidé à recoller les morceaux de mon existence, en me sentant moins seule grâce à cette variété de personnages.

Je voulais dire que la vie, je la veux, je ferai n’importe quoi pour l’avoir, toute la vie possible, même si je deviens folle, peu importe, je deviendrai folle tant pis mais la vie je ne veux pas la rater, je la veux, vraiment, même si ça devait faire mal à en mourir, c’est vivre que je veux. J’y arriverai, n’est-ce pas ? 

Challenge : Les Irréguliers de Baker Street ∴ Le Gloria Scott 

Mr Gwyn, d’Alessandro Baricco.

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J’ai pas mal flâné sur le blog de U Lost Control, fascinée par ses chroniques merveilleuses et si bien écrites. C’est grâce à elle que j’ai découvert Alessandro Baricco, auteur italien, avec Mr Gwyn qui a été une totale révélation et qui me faisait énormément envie pour découvrir cet auteur. Prêts à découvrir Jasper Gwyn, écrivain surprenant ?

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Romancier britannique dans la fleur de l’âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus, la dernière étant: écrire un roman.
Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu’il appelle l’écrivain, il comprend que ça n’en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé.
Simplement, il ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Au terme d’une année sabbatique, il a trouvé: il veut réaliser des portraits, à la façon d’un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions.
Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l’ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C’est le début d’une expérience hors norme qui mettra l’écrivain repenti à rude épreuve.

Qu’est-ce qu’un artiste? s’interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant. Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s’il nous livre la clé du mystère Gwyn, l’issue sera naturellement inattendue. sans-titre-2

Un jour, je me suis aperçu que plus rien ne m’importait, et que tout me blessait mortellement. 

Vous vous retrouvez dans ce roman où vous faites la rencontre de Jasper Gwyn, auteur britannique à succès, qui décide de rédiger un article pour The Guardian. Envieux de renouveau, de se mettre au pied du mur et d’être confronté à de nouvelles situations, il rédige la liste des 52 choses qu’il ne veut plus faire, dont la dernière est : écrire un roman. Là, vous riez doucement. Vous vous êtes lancés dans cette lecture, pensant suivre un auteur, et au final, il ne veut plus écrire ? A quoi va mener ce roman alors ?
A toute une réalité, et surtout, une nécessité. Celle de l’écriture, et du processus de création.
Vous vous retrouvez éventuellement là-dedans. Si vous avez déjà goûté à l’écriture, il y a des jours où vous avez l’envie irrépressible d’y retourner. En tout cas, cette lecture est de celle qui vous donne envie de prendre une feuille et un stylo pour rédiger le flux de vos pensées, et donner vie à des univers secrets.

Parlons donc écriture, pour le moment, celle d’Alessandro Baricco. Il faut que je vous avoue un secret… Au début, je n’aimais pas, et je trouvais quelque chose d’insultant dans sa manière d’écrire. Je vous explique. Le point de vue est omniscient, mais forcément, s’axe sur les pensées de Mr Gwyn. Omniscient, le narrateur sait tout, bref, je ne vous refait pas vos cours de français, mais cela explique pourquoi nous savons la vision qu’à ce personnage sur un autre. Notre protagoniste fait la connaissance de Rebecca, assistante d’édition, une femme plutôt ronde. Et là, on découvre les pensées de Jasper Gwyn, comme quoi la manière élégante dont Rebecca s’habille « limitait les dégâts », ou encore des choses comme « à cause de corpulence », « la manière qu’ont les gros de se mouvoir. » Et là, c’était juste : non ! Dégradant et dérangeant, je me suis dis que ce personnage était une ordure fermée d’esprit, un mec hautain comme pas deux, et je n’appréciais absolument pas sa manière de penser. Mais au final, croyez-moi, j’adore le personnage de Mr Gwyn. Certes, ces mots sont désormais teintés d’une connotation péjorative parce que dans notre société, « gros » n’est jamais utilisé de manière neutre, mais de façon insultante. Or, en apprenant à découvrir le personnage, j’ai su n’y voir d’une description, une constatation. Non, elle n’est pas grosse de manière insultante, elle est grosse tout simplement parce qu’elle a des formes. L’auteur nous confronte a une réalité, il ne cherche pas d’euphémisme, il rend les mots neutres, pose les choses telles qu’elles sont. De plus, sachez qu’il ne s’agit là que d’un avis temporaire, Jasper Gwyn étoffe sa pensée, et trouve justement que ces rondeurs font la beauté de Rebecca. Au final, l’écriture de cet auteur italien se fait très minutieuse, comme on l’imagine chez son personnage, et parvient à créer tout un fond magique à son oeuvre.

Jasper Gwyn m’a enseigné que nous ne sommes pas des personnages mais des histoires.

Ce personnage principal est une petite pépite, contrairement à l’image que j’en ai eu au début. C’est un être très intriguant qu’au final, on ne connaîtra jamais complètement. Il entretient un certain mystère autour de lui qui n’est franchement pas désagréable et rajoute à la poésie et à la magie de ce roman. Il m’a fortement touché, en partie parce que je me suis retrouvée en lui pour son goût à la solitude, mais surtout, son goût à disparaître par moment, qui me semble d’une grande justesse. Il disparaît et revient sans crier gare, il mène sa vie comme bon lui semble. J’aime son audace, et cette sorte de dégoût pour les situations fixées, constantes, cette volonté de nouveau, de surprise. Le fait qu’il mette tout en l’air, qu’il se confronte à lui-même est dans un sens séduisant. Au final, c’est un moyen de partir à sa propre recherche, et de réaliser un rêve plein d’humanité.

L’idée qu’il était en train de dilapider toutes ses économies au hasard d’un métier dont il ne savait même pas s’il existait plaisait à Jasper Gwyn. Il voulait d’une certaine manière se retrouver au pied du mur parce qu’il sentait que c’était le seul moyen d’avoir une chance de trouver, en lui-même, ce qu’il cherchait.

Les autres personnages, surtout Rebecca et Tom sont tout aussi agréables, de merveilleuses relations se tissent au cours de ce livre. Ces relations caractérisent un des mots majeurs qui selon moi, définissent ce roman : humanité.

Car oui, tout est très humain. L’écriture des portraits est d’une beauté, d’une délicatesse et d’une poésie intense. Il y a une merveilleuse éloge au processus de création, moment qui peut être solitaire, mais qui ici se fait grâce à autrui, le tout avec un regard bienveillant de l’homme sur les autres. Peut-être que la création des portraits peut sembler rébarbative car après tout, cella se fait sur une vingtaine de jours, avec une simple observation de la personne dans l’espace qu’a créé Jasper Gwyn, sans aucune parole, juste une bande son en fond. Et pourtant, croyez-moi qu’il y a nombreux échanges, juste par le regard, et juste par la participation à ce projet a priori totalement fou.

 Je ne sais que trop vous dire de plus, outre de vous lancer dans cette lecture. Ce livre est dorénavant l’un de mes préférés, une merveille inattendue, un petit trésor caché. L’atelier s’imagine très bien, et chaque portrait est une de ses lumières, dont Jasper Gwyn, rêvées, réalisées par ce vieil homme qui met un univers entier dans ses ampoules : des étoiles accessibles afin d’émerveiller un chacun.

Bien à vous,
La Récolteuse.